Carolis-Paolini: le match

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Le sénat a été le théâtre d’une passe d’armes musclée, mardi dernier, entre les PDG de TF1 et de France Télévisions, Nonce Paolini et Patrick de Carolis. Invités par la Commission des affaires culturelles  à s’exprimer sur la question de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques , les deux hommes se sont livrés à une série d’échanges vifs, dont je vous livre quelques extraits: un verbatim strictement reproduit, ce qui explique le caractère décousu de certains des passages.  

Le journaliste Patrick de Carolis a été élu PDG de France Télévisions le 06 juillet 2005.(Photo : AFP)

Patrick de Carolis : « On va parler de chiffres. Je pars du budget 2008 voté par mon conseil d’administration, et que dit le budget 2008 ? Il dit : « Pour l’audiovisuel public français, FRANCE TELEVISIONS, le groupe, c’est à peu près 3 milliards d’euros : 1,945 milliard qui vient de la redevance et puis un chiffre d’affaires de ressources propres venant de la publicité, du parrainage, de l’ordre de 850 millions d’euros. Pas 500 ! Pas 600 ! Pas 700 ! Huit cent cinquante millions d’euros ! Qui proviennent de la publicité, parrainages et de diverses activités de la régie. 
A cela s’ajoutent à peu près 200 millions d’euros de ressources propres elles aussi venant de la diversification, que ce soit les droits dérivés de nos programmes ou que ce soit des placements financiers pour de… Je vous dis : 200 millions d’euros. Huit cent cinquante, 200 millions, cela fait 1,050 milliard. Voilà aujourd’hui, si nous prenons cette décision, si cette décision est suivie d’effets, à la fin de l’année, il faut 850 millions, plus 200 millions de diversifications. Voilà le calcul. Alors je sais que des chiffres circulent, que s’ils circulent, c’est parce que mes concurrents ont tout intérêt à les faire circuler……Je sens que sur ma gauche, cela bouge un peu.

Nonce Paolini, nouveau pape de TF1

Nonce PAOLINI

Non, pas du tout…

Patrick de CAROLIS

 Non ? Ah bon d’accord…

Nonce PAOLINI

Nous avons probablement là une chance certaine de modifier les règles du jeu, de relancer peut-être la création française et de donner au secteur audiovisuel privé, comme au secteur public, les moyens de se développer avec des financements qui leurs sont propres et qui, du coup, devraient être adaptés à leur mission. Evidemment, on peut débattre beaucoup sur les chiffres. Je voudrais simplement attirer l’attention sur le fait que, entre un chiffre objectif de – j’ai noté – 850 millions et un chiffre réalisé, il y a forcément des écarts – je sais de quoi je parle – entre les objectifs que s’est fixée la régie publicitaire en 2007 et les chiffres qu’elle a atteints, nous ne sommes pas tout à fait exactement sur la même ligne. Dire, « c’est 850 millions », cela n’a pas de sens. Je pense que ce qu’il faut regarder, c’est les recettes du passé du service public, est-ce que, en 2007, on n’était pas plutôt autour de 700 millions, plutôt que de 850 ? Est-ce que, en 2006, on était dans des chiffres approchant celui-là ? C’est vraiment cela qu’il faut regarder ! Regardons le passé ; j’aurais tendance à dire que quand je vois le marché publicitaire de ce début d’année, je ne suis pas sûr que les 850 millions du service public puissent être considérés comme acquis.

Et pourquoi je dis cela ? Ce n’est pas simplement pour manifester un goût excessif pour la polémique, mais je pense qu’il est extraordinairement important de se poser la question de ce milliard imaginaire ou réel. . J’ajoute à cela que finalement, la vraie question qui est posée, c’est à la fois une question de gestion – et on sait qu’un rapport d’Inspection des finances a fait quelques remarques à ce sujet – mais c’est aussi une question qui est fondatrice, à mon avis, sur la réforme qu’on va faire, c’est qu’elle va être la mission du service public et dans sa politique de programme, jusqu’où doit-il aller trop loin – par exemple, sur les droits sportifs – ou sur telle ou telle acquisition de séries US ou de films américains. Donc c’est vraiment une question centrale que de savoir ce que le service public veut faire de sa mission, ce que les Pouvoirs publics entendent faire de sa mission, et à partir de là, on peut parler du financement publicitaire qu’il faudrait compenser.

Patrick de Carolis
Ce qui me frappe et je pense que c’est un lapsus, dans la bouche de Nonce PAOLINI, c’est qu’il imagine le futur de FRANCE TELEVISIONS, le futur service public comme il imagine ses programmes de nuit ! Financés comme il finance ses programmes de nuit ! Vous voyez un petit peu que si on laisse faire, en tout cas, si le privé imagine et peint le service public de demain, vous voyez ce que cela donnera.

Nonce PAOLINI

… Je pense que, dans la vision qu’a Patrick de Carolis de la gestion de sa chaîne, il y aurait beaucoup à dire, y compris sur les programmes de nuit.

 

(S’ensuit une intervention du PDG de M6, Nicolas de Tavernost, également entendu ce jour là, par le Sénat.)

Nicolas de Tavernost

" Premièrement, la publicité, c’est une contrainte, ce n’est pas un avantage. J’aimerais que l’on prenne cela en compte. Comme l’a dit, très justement Nonce Paolini, nous commençons, nous chaînes privées,  l’année à zéro…Je ne sais pas quelles seront mes dépenses de programmes en 2008, parce qu’elles sont fonction de mes recettes. Et mes recettes publicitaires sont aléatoires. … 

Je vais vous donner quelques exemples parce que je crois qu’il faut être précis. Moi, je trouve que c’est assez facile de faire de l’humour sur les programmes de nuit ! Je dis simplement que, aujourd’hui, moi je me suis battu pour tenter d’avoir également la finale de l’Open d’Australie de tennis. Ma seule recette, moi, c’est la publicité, j’ai regardé si je pouvais mettre des écrans publicitaires, combien cela coûtait, etc. Je n’avais pas assez d’argent, le service public est plus riche que nous et a pu se payer cette finale un samedi matin, un dimanche matin pardon, que j’ai regardée, très bien commentée d’ailleurs. Les images sont les mêmes, puisqu’elles sont produites en Australie, donc on ne peut pas dire que ce soit des images « service public » ! Et moi, j’étais un peu ennuyé sur le service public, je me suis dis : « Au moins, je n’aurai pas de publicité ! »… Eh bien non, j’ai eu de la publicité, et puis j’ai eu des interruptions de jeux. 

Et donc, dans cet exemple, je ne vois pas en quoi cela coûte au service public – si ce n’est d’avoir une régie pour insérer les pubs – cela coûte, quel est le coût supplémentaire de transmission sans publicité, de la finale de l’Open d’Australie, par rapport à une chaîne privée qui aurait mis de la publicité. Le coût de remplacement est zéro ; je dirais même que c’est un avantage que le service public aura, dans la nouvelle réforme si elle est à voter par le président de la République. 

Je pourrais multiplier les exemples. Je vais donner encore un petit conseil à Patrick, en souvenir de nos bons moments ensemble ; j’entends dire – nous, on est responsable de rien ! – j’entends dire qu’il conserverait le parrainage. Moi, d’ailleurs, j’ai dit « je ne vois pas pourquoi », mais enfin, il conserverait le parrainage, ce n’est pas à moi d’en décider. Il aura l’occasion de mettre beaucoup d’autopromotions pour ses programmes. Vous savez qu’on est dans une telle confusion des genres, aujourd’hui – et c’est le grand mérite de cette réforme, c’est de donner des règles claires – aujourd’hui, Patrick DE CAROLIS a le droit de faire de l’autopromotion pour FRANCE 2, FRANCE 3, FRANCE 4, FRANCE 5 que je n’ai aucun droit de faire de l’autopromotion pour cette excellente chaîne qui s’appelle PARIS PREMIERE, et qui pourtant, appartient au même groupe. 

La deuxième observation que je fais, c’est que cette réforme que souhaite le président de la République, elle a deux objectifs. Elle a un objectif qui est de clarifier les positions, de clarifier les missions – et cela, il appartiendra aux parlementaires et au gouvernement de le décider quelles sont les missions du service public, quelles sont les missions commerciales, nous avons aussi des cahiers des charges – il n’y a, d’ailleurs, pas une bonne télévision publique et une mauvaise télévision privée, il y a des bonnes émissions dans les deux chaînes, dans les deux groupes, et si on est un petit peu… Disons susceptibles, sur cette espèce de remarque qu’il y aurait une bonne télévision publique pour tous et que nous, on ferait une télévision pour un très petit nombre… Avec Nonce, on se bat toute la journée pour essayer de plaire au plus grand nombre. Nous sommes soumis à référendum tous les soirs, et si le public n’est pas satisfait, hier nous avons mis un programme quasiment de service public, sur « Les chirurgiens de l’espoir », c’est un programme de Gilles de MAISTRE, très ambitieux, vous ne le reverrez plus en première partie de soirée parce que c’est un programme qui n’a pas rencontré son public. Et pourtant, c’était un programme avec forte ambition. 

Donc il n’y a pas une mauvaise télévision publique, et une bonne télévision privée ou l’inverse. J’ajoute qu’il y a, en ce moment, la bataille technologique, non seulement la TNT, la TVHD – nous allons la lancer dans le 2ème semestre de cette année – la télévision sur les mobiles, la multiplication de l’offre, l’ensemble du système nécessite des moyens importants. Et aujourd’hui, on voit bien que si on veut que la création se développe, que les programmes trouvent… Il faut aller chercher de l’argent en dehors du système. C’est la raison pour laquelle nous sommes évidemment très réservés sur une taxe sur la publicité télévisée. J’ajoute qu’on voit des analyses qui me paraissent extraordinairement fausses. Nous, notre estimation, c’est que la publicité qui n’ira pas – et peut-être que l’UDA pourra nous éclairer sur ce point – la publicité qui n’ira pas, qui n’irait plus sur FRANCE TELEVISIONS – je rappelle qu’il n’y a que 1,3 % d’investissements publicitaires exclusifs à FRANCE TELEVISIONS, elles sont toutes réparties sur les autres chaînes – cette publicité qui n’ira plus sur FRANCE TELEVISIONS, nous estimons qu’elle se reportera de l’ordre de 50 à 60 % sur l’ensemble des chaînes de télévision –TNT,  chaînes historiques – et qu’une partie ira sur d’autres médias – radios, journaux, affichages, Internet–.Voilà..
 
C’est  la raison pour laquelle il ne faut pas, non plus, donner les chiffres dans lesquels l’intégralité se reporterait sur la télévision. Nous sommes dans un marché qui est aujourd’hui difficile, très bataillé, très concurrencé, et c’est la raison pour laquelle je crois que 1/ il faut revenir à des règles simples : l’argent public pour la télévision publique, la recette publicitaire pour l’ensemble des services privés, et enfin bien voir que la télévision vit une crise de financement et que cette crise de financement peut être, heureusement, solutionnée par cette réforme courageuse qui a été annoncée par le président de la République.

Patrick DE CAROLIS

Si Nicolas continue, on va tous sortir nos mouchoirs et on va pleurer ! … Et on va pleurer sur la situation du service privé. Moi, je constate une chose, c’est quand même, à un moment donné, 350 millions si on ne les a pas sur le service public, ils iront quand même à la télévision et les dernières études qui sont sur le bureau de Madame la Ministre de la Culture montrent bien que c’est entre 65 et près de 80 % qui iront sur les chaînes historiques. 
Moi, ce que je veux simplement dire, c’est que c’est normal que le privé gagne de l’argent et c’est normal qu’il fasse la télévision qu’il fait, et moi je n’ai aucun reproche à faire à cela. Simplement, ce que j’essaie de dire, c’est qu’il ne faut pas que les uns et les autres profitent de cette situation pour, en plus, affaiblir le service public, et imaginer une télévision de service public qui soit sans ambitions, qui soit sans audience et qui soit sans le sou. nous sommes le premier soutien à la création française et que si demain, le service public n’a pas les moyens, c’est tout un tissu de producteurs, c’est tout un secteur audiovisuel qui sera affaibli. 

Voilà ce que nous défendons. Nous défendons l’idée du service public et nous défendons aussi la création française. . La redevance en France, c’est 116 euros. Sur les 116 euros, il y a 80 euros qui vont à FRANCE TELEVISIONS, 80 euros. Trois cent soixante-cinq jours par an, cela fait 22 centimes d’euro par jour et par foyer. Pas par téléspectateur, pas par citoyen ! Par foyer. Vingt-deux centimes d’euro, c’est le prix moyen d’un texto. Vingt-deux centimes d’euro. Mais attention, ne nous leurrons pas. Si on devait remplacer le manque à gagner publicitaire et ses conséquences par uniquement de la redevance, c’est 80 euros supplémentaires qu’il faudrait pour avoir le même niveau ; donc passer de 116 à plus 80, voyez ce que cela fait, cela fait 196 euros à peu près. Donc il ne s’agit pas d’un euro ou deux, ou de quelques euros par mois !

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2 Comments
  • gachem
    février 8, 2008

    Vous pouvez voir l’entretetien sur la chaine http://www.publicsenat.fr

    Très intéressant la question de la publicité. Cela encourage à réfléchir à de nouveaux modes de financement. On est tellement enfermés dans des shémas qu’on s’imagine qu’il n’y a pas d’alternatives. Mais c’est clairement faux. Là encore le web pourrait jouer un très grand rôle. Imaginons une TV publique du type joost! Ce serait formidable. Il faut relever les défis technologiques. S’il la télé publique est en avance sur les autres, elle séduira les télé- ou web- spectateurs qui ne refuseront pas de payer.
    Les chaines publiques ne devraient rien s’interdire en matière de stratégie. Ce qui change fondamentalement c’est le contenu des programmes et la qualité qui devrait être de très haut niveau.

  • Sueblimely
    avril 6, 2008

    I’m sure all guys who write comments are teens or even younger. If you are older, than shame on you!