Sniper

par 7commentaires No tags 0

 

 Thierry Gilardi

 

La télé peut tuer…On jurerait, parfois, vu de l’extérieur, que le monde du petit écran est un univers fait d’ivresses et de pacotilles. C’est oublié la part maudite de cette planète factice où il ne fait pas bon faire relâche et tourner le dos à son voisin de plateau.

La vie à la télé est faite de montagnes russes et de carambolages douloureux. De bonheurs furtifs et d’angoisses profondes. Un univers où l’altruisme est un vilain mot et la confraternité une vue de l’esprit.

La vie à la télé est faite de chausses-trappes et de coups bas, un monde en carton pâte où les promesses s’évanouissent comme neige au soleil et où les fidélités ne sont  que  leurres.

 

Jean Drucker

 

 

Mais c’est d’abord une machine à broyer les individus…Je me souviens de longues conversations que j’avais avec l’ancien PDG de M6, Jean Drucker, le frère de Michel Drucker. Cet homme laissait filer un sourire ironique quand nous abordions le monde qui l’entourait. Fauché, en avril 2003, par une crise cardiaque, cet énarque, doté d’une intelligence au laser et d’un cœur en or,  jaugeait avec une infinie finesse et une pointe de cruauté les gens de l’audiovisuel, dont il moquait les lâchetés et les bassesses. Une jungle qui avait fini par l’user, lui aussi, malgré sa volonté de se détacher au quotidien d’un univers qui l’avait grignoté, puis laminé,  au fil des ans, bien  malgré lui.

Thierry Gilardi a sans doute, lui aussi, été victime de ces mœurs. Ce garçon tout d’un bloc s’était bâti une carrière à la force du poignet. Il lui avait fallu franchir les obstacles à la hache et briser les herses pour se faire un nom et une carrière. Son passage à Canal+, où il avait été brillant, fut aussi un long parcours du combattant. Et son départ pour TF1 un challenge pas simple à relever. L’homme était solide, le journaliste entier et talentueux. Mais on lui fit peu de cadeau.

Et je voue avoir été quelque peu étonné d’entendre sur les antennes les éloges que lui sont tressées aujourd’hui par certains de ses anciens compagnons de route, des snipers qui n’eurent de cesse de lui scier les pattes de son vivant, avec le désir de l’envoyer dans les bas-cotés.   

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7 Comments
  • mo
    mars 26, 2008

    Enfin, vous êtes le seul dans ce flot d’hommages, à faire l’observation, assez juste, je crois, que c’est un métier de fous.

  • François
    mars 26, 2008

    La logique de votre billet m’échappe un peu… Les moeurs de la télé provoquent des crises cardiaques. Pour Thierry Gilardi comme Jean Drucker, il ne s’agirait donc pas de morts naturelles, mais d’assassinats déguisés ? Si vous vouliez simplement dire que la télévision est un milieu de salauds et d’hypocrites (et je veux bien vous croire sur ce point), vous auriez pu nous épargner ces remarques douteuses et vous contenter du dernier paragraphe.

  • Chelot
    mars 26, 2008

    Je comprends votre propos Renaud. On vieillit probablement plus vite à la télévision qu’ailleurs. Thierry était quelqu’un d’anxieux. Il est certain que son arrivée à TF1, depuis l’extérieur, a été mal perçue par certains de la maison qui pensaient pouvoir « faire le job ». Néanmoins, c’est vrai qu’il a su s’installer et faire taire rapidement de nombreuses critiques. Même si il avait beaucoup d’amis dans la profession, je trouve, comme vous, un peu irréel ce concert de louanges. Surtout quand une de ces louanges émane d’un dénommé Charles Bietry, l’homme qui, après s’être embrouillé avec Gilardi, a déclaré à plusieurs reprises dans des réunions privées qu’il « allait s’occuper de la suite de sa carrière ». Bietry détestait Gilardi. Pourquoi s’est-il exprimé dans ce jour si triste. Pourquoi est-on allé recueillir son témoignage ?

  • MIchael
    mars 27, 2008

    Le commentaire de Max Guazzini en début d’émission de Denisot en disait long hier soir.  » Je suis mal à l’aise, je ne sais pas ce que je fais ici »…..LA disparition tragique de Thierry Gilardi est injuste mais c’est malheureusement la vie. Fauché en pleine force de l’âge, c’est dure à accepter. Il méritait un hommage même si il était un peu exagéré. Mais bon…..

  • Bulle
    mars 28, 2008

    J’ai donc bien fait d’éteindre la télé quand j’ai entendu que Denisot faisait une émission spéciale Gilardi. A l’idée que l’on tende un miroir à plus d’un narcissique pour qui la mort de Gilardi devient un bon miroir… j’ai préféré penser aux siens.

  • la taupe
    mars 28, 2008

    …mais Gilardi non plus n’était pas un tendre. Les hommages ne le racontent pas. Ce sont des omélies de curé, celle qui n e retiennent que le bon. Ce n’est certainement pas du journalisme. Reste que c’est la mort d’un homme trop jeune

  • showshoes
    avril 1, 2008

    Il est en effet fait troublant de remarquer que ceux qui sont aux commandes de la télé (présentateur pour T.Gilardi ou directeur pour Jean Drucker) meurent d’une crise cardiaque, quand les créateurs de cette dite télé, les scénaristes se suicident…