Il était une fois…

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Il a passé aujourd’hui les 75 ans et il rode toujours dans le paysage de la presse française, dont il demeure une icône, à jamais. Daniel Filipacchi, que l’on pensait retiré sur ses terres, épris d’art contemporain et de jolies femmes, garde un oeil pas si  lointain sur l’empire qu’il développa, au milieu des années soixantes et dont Match fut le vaisseau amiral.

 

La semaine dernière, encore, il déjeunait avec Didier Quillot (l’homme fort de Lagardère Active) et Thierry Ardisson, le fondateur du magazine Entrevue, dont le groupe Filipacchi fut l’actionnaire. Les deux hommes ont écouté celui dont la parole reste d’évangile. «Daniel » leur a dit ce qu’il pensait de l’évolution de la presse magazine et de celle de Match, en particulier, distillant des avis avec la précision de l’apothicaire.

 

Il courre mille anecdotes, plus savoureuses les unes que les autres sur le compte de ce personnage hors du commun, dont on mesurera l’ampleur du talent à l’heure de sa disparition.

L’une d’elles m’a été raconté aujourd’hui même par l’un de ceux qui le côtoyèrent à Match, il y a trente ans. Le journaliste qui m’en a fait le récit purgeait, à l’époque, trois mois de prison « pour une bricole », (un petit délit financier). Ors durant sa détention, l’homme fait la connaissance d’un détenu régulièrement passé à tabac par ses voisins de cellule: il s’agissait de ce bourreau à l’origine d’un fait-divers resté célèbre en France, baptisé par la presse, à l’époque, « L’enfant du placard ».

 

Ce déséquilibré avait séquestré, des années durant, dans un réduit sordide, un enfant qui avait grandi à l’état d’animal, au point que sa morphologie en avait atrocement transformée. Mon interlocuteur me raconte, que durant sa détention, il avait su gagner la confiance de cet homme, confessé peu à peu, au point de pouvoir récupérer de nombreux documents, (photos et lettres) et amasser  moult détails.

 

Filiopacchi et son compère, Frank Ténot

 

Une fois dehors, il s’était rendu dare-dare à Match où il avait vendu son histoire pour une somme colossale à l’époque: 500 000 francs. Apprenant la nouvelle,  Filipacchi convoqua le garçon et lui passa un savon mémorable: le propriétaire et patron de Match était simplement furieux à l’idée que les journalistes de Match puissent apprendre que ce magazine était capable de telles largesses pour un article, aussi bon fut-il.

 

« Daniel » demanda donc à l’auteur de ce scoop de déchirer sur le champs le chèque qu’on venait de lui faire. Et c’est ensuite qu’il prit son propre chéquier et un stylo. Et qu’il lui signa un autre règlement, de 200 000 francs, celui-ci.

 Mais avant de se quitter, Filipacchi donna rendez-vous à son journaliste dans un petit café qui jouxtait les bureaux de Match. Afin de lui remettre, discrètement, 200 000 autres francs, en petites coupures, glissées dans du papier journal. Le tout dans un grand sourire : « C’est du bon boulot ».

 

L’anecdote est véridique et elle me ravit. Car elle témoigne d’une époque bénite, et pas si lointaine, où l’information était une quête, le journalisme un lieu d’excès, de passions et d’engouements et les journaux une scène pittoresque peuplée de figures non moins baroques. Dont Filipacchi demeure le dernier exemple vivant.    

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