Lendemain de sarko-show

par 8commentaires No tags 0

 Un décor insolemment luxueux, (au point que l’Elysée s’est cru obligé de signaler que la table, spécialement réalisée pour l’occasion, et qui a coûté un « œil », resterait au Château) ; un Nicolas Sarkozy empesé, tout en tensions, esquivant les questions, éludant les problèmes..Et une scénographie d’ensemble maladroite, qui a vu Patrick Poivre d’Arvor et David Pujadas campés en pythies de la profession, dressés sur un imaginaire trè-pied, face à leurs trois confrères transformés en seconds couteaux : des croquants face à l’aristocratie du métier…

 
On ne peut pas dire que l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, dont on nous disait qu’elle serait un modèle d’innovation, dans la mesure où on avait souhaité renouveler profondément le casting, ait été vraiment une réussite. Il était frappant de voire à quel point l’exercice semblait avoir inhiber ceux-là même qui sur d’autres plateaux de télés se montrent, en général, infiniment plus pugnaces, caustiques, corrosifs. Est-ce le décorum élyséen ou la personnalité d’un Nicolas Sarkozy gonflé à l’EPO et pianotant tranquillement sa partition, qui avaient anesthésié PPDA et David Pujadas ?
 
 Le premier, qui connaît mieux que quiconque, dans la profession, le chef de l’Etat, semblait ailleurs : peu enclin par nature à aller ferrailler avec les hommes politiques, « Poivre » donnait l’impression d’avoir décidé, d’emblée, de jeter l’éponge face à celui qui a une case de trop. Un Sarkozy qui, faute de combattants à sa « pogne », semblait, au fil des minutes, trouver apaisement et assurance: « il doit avoir un bon accordeur de nerfs », écrivit un jour Jean Cau, à propos de Giscard…
 
Bronzé comme jamais, on aurait bien vu, du coup, pour un peu, PPDA commander une anisette et laisser son voisin de table aller seul faire le job. S’était-il promis en arrivant sur le plateau d’être un brin insolent ? Ou savait-il, en vieux routier, que, chauffé à blanc par ses équipes, Sarkozy ne ferait pas le cadeau d’un round à quinconce, ce soir là ? Donc, rien chez PPDA. Séduction disparue, présence envolée, voix morte : du bel alambic n’est sortie que quelques gouttes.
 
Quant au second, David Pujadas, justement, il n’était pas non plus dans ses grands jours: le gourdin de ses interventions, d’ordinaire si ciselées, avait une allure caoutchouteuse. Ecrasées sous une magnifique couche de vernis, ses questions ne faisaient qu’effleurer le plexus d’un Sarko au regard madré. Et dont le disque dur recrachait, à jets continus, des données à attraper le tournis. Vous l’auriez interrogé, hier soir, sur les graminacées, je pense que Nicolas Sarkozy aurait pu nous déballer un polycopié sur le sujet ! 
On sentait du coup chez Pujadas un zeste d’agacement et des orages sous son crane. Sarko lui rapait les nerfs. Et le regard de David semblait dire : mais par quel bout vais-je donc pouvoir attraper Goliath?
 
Et puis, les snipers tant attendus ont été convoqués : on allait enfin avoir de la vaisselle brisée. Un déluge de fer et de feu. On allait voire les tables renversées. Et l’on fut très vite dégrisé. Le premier d’entre eux, la journaliste de France 3, Véronique Auger, fit l’effet d’un taurillon lâché dans un enclos, à l’aube d’une manade. L’œil philosophe, Nicolas Sarkozy l’écouta poliment lui caqueter dans les oreilles des questions mal arrimées (et à n’en plus finir) sur le prix du gaz. Les quelques banderilles décochées par la dame lui firent l’effet de piqûres de moustiques. Bref, embarqué dans un toboggan de mots, « Sarko » ne fit qu’une bouchée de ma consœur. Laquelle avec beaucoup de courage tenta, pourtant, de ramener le chef de l’Etat à l’essentiel: le pouvoir d’achat. L’œil sur ses fiches, ce dernier avait déjà pris la poudre d’escampette : il se chauffait intérieurement les muscles, en vu du round qui l’attendait avec « battling » Calvi.
 
Rude tache. Régulièrement encensé, ce journaliste parmi les plus brillants de sa génération était condamné à la performance. A ne rien lâcher. On le vit s’avancer, dans son beau costume du dimanche, vers le plateau, comme un paysan vers le champs de foire, jaugeant le bestiau, après avoir humer, une heure durant, les herbages environnants. Dans sa gibecière, des questions longuement travaillées, comme vieillies en fûts de chêne.
 
Mais Yves Calvi, d’ordinaire si véloce, sembla très vite aux travaux forcés, quand l’Autre paraissait, à l’inverse, marcher sur l’eau. Calvi eut beau mettre et remettre sur le métier ses questions, sur tous les tons -familier, polémique rase-mottes, en piqué, en mitraillage-, rien n’y fit. Il sera tout même parvenu à arracher à Sarkozy quelques unes des rares réponses claires de la soirée: sur l’école et les sans-papiers. Rien que pour cela, on lui tire la révérence.
 
Et c’est Vincent Hervouët qui acheva le bal. Sans doute la période la plus intéressante de cette anesthésiante séance. Tel un chat, griffes rentrées dans le manchon de sa fourrure, l’excellent journaliste de LCI a permis à Sarkozy d’être sans doute meilleur dans cette dernière partie, quand fut abordée l’actualité étrangère. Comme si Sarko avait peut-être trouvé en Hervouët un sparring partner plus en verve. Et sans doute, également, parce qu’il se sait bien plus à son aise, ces temps-ci, sur le terrain de l’international. Une parcelle qu’il a soigneusement clôturé et où il est plus difficile pour ses interlocuteurs d’aller braconner.
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8 Comments
  • leleu
    avril 25, 2008

    nul archi nul et pas du tout convaincant :

  • toto
    avril 25, 2008

    Concernant votre article, j’ai lu le titre ainsi que
    le premier paragraphe. Face a tant de moderation et d’arguments si solides, j’ai ete bluffe comme a chaque fois que j’ecoute ou lis des propos anti sarkozyste. J’ai ensuite aperçu votre photo et constater un physique relativement ingrat. J’en ai donc conclu que l’absence de rapports sexuels dans votre vie est a l’origine de cet anti-sarkozysme primaire. Mais apres tout ce n’est pas grave, cela ne regarde que vous, et puis nous ne sommes que deux a avoir lu la moitie de cette page de merde.
    A bon entendeur, bonnes masturbations.

  • lilewawa
    avril 25, 2008

    j’ai suivi hier soir, cet exercice difficile et j’ai ete attere par l’ineptie et la contradiction des questions posees par une troupe d’ahuris mediateux, baveurs de micros et chieurs d’ecritures a leurs heures ; bref les fossoyeurs de la france depuis 20 ans. les questions se succedaient, toutes plus contradictoires les unes que les autres, tantot demandant de renforcer l’etat et les fonctionnaires, en oubliant qui paie, et en oubliant que lorsqu’il y a moins d’eleves, il y a moins besoin de professeurs, tantot demandant au president d’agir comme un roi en oubliant qu’on est en democratie, et cerise sur le gateau, il faudrait parler aux terroristes de la planetes et tourner ses fesses comme les gauchos caviar l’ont fait sur les recommandations et sous la pressions des mediateux.
    Alors messieurs les journaleux, commencez par vous remmettre en cause, vous qui etes les assassins de la france et des francais, les champions de la desinformation, les minables responsables de la mediocratie ambiante, et demandez vous si un jour, les francais ne vont pas en avoir assez, et ne vont pas aller vous jeter par les fenetres de vos superluxueux bureaux, assis dans vos confortables fauteuils de nantis.

  • Florada
    avril 26, 2008

    En voilà une volée de bois vert. Non, tous les journalistes ne sont pas des nantis (loin s’en faut) mais là, avouez, M. Revel, vous y allez quand même fort. Je les ai trouvé plutôt combattifs, moi, les journaleux… bien que j’ai vu de la peur dans le regard de David Pujadas. Mais vous savez, le problème, c’est que si Sarkozy veut répondre à côté, il le fait, c’est tout. Et c’était le cas ce soir-là. Il voulait faire passer SON message, et nos confrères n’ont pu que constater les dégâts. Mais les accabler, tous, de la sorte, cela ne vous honore pas. Un peu moins de dogmatisme et un peu de modération ne vous feraient pas de mal…

  • bégé
    avril 26, 2008

    Vous décernez un satisfecit à Calvi concernant notamment sa question sur les sans papiers. Manque de pot Sarko a répondu à côté en parlant de naturalisation alors qu’il s’agit en l’occurence de régularisation. Calvi, « l’un des grands journaliste de sa génération », n’a pas relevé.
    Il fera peut-être mieux la prochaine fois.

  • quid
    avril 28, 2008

    haha tres bon style, j’ai pris bcp plus d’interet à lire votre article qu’à assister à la présentation en question

    merci

  • colette
    avril 28, 2008

    je suis une inconditionnelle de vos articles, et ce matin, je suis servie….les commentaires sur les journalistes (yves calvi que j’apprécie spécialement) sont savoureux. Merci, ma journée commence bien!!!

  • jean-mamhoud
    avril 29, 2008

    ben dis-donc, t’es rigolo mon toto:
    « de l’absence de rapports sexuels dans votre vie est à l’origine de cet anti-sarkozysme primaire »

    ah, c’est beau comme du nadine morano!

    cher renaud, heureusement qu’on a cette bande de joyeux trolls pour rigoler un peu.

    à part ça, on aimerait en savoir plus sur ce fameux décor à 280 000 euros…
    on sait que ce pauvre Sarko a vraiment la folie des grandeurs mais à ce tarif c’est bien au-delà du bling-bling!

    vous qui êtes dans le secret, qui a décidé de claquer un fric pareil pour l’occasion, france 2, tf1 ou l’élysée?
    ou peut-être est-ce sponsorisé par lagardère ou bernard arnault mais au moment où nous bassine avec les caisses vides de l’état, une telle somme claquée pour une heure et demi de plans serrés et vues sur les moustiques du parc est totalement choquante et obscène.

    et dire que ce pauvre gaymard s’était fait dézinguer pour quelques pauvres 31400 euros de travaux dans son appartement de fonction! quel ringard!
    franchement, il n’y a pas à l’élysée un salon de 250m2 sympas pour recevoir tout ce petit monde? comment on faisait avant?

    et d’abord il est passé où tout ce fric? j’imagine que les superbes lustres font partie des meubles alors 280 000 euros pour une table et une rangée de strapontins, ça fait quand même un peu cher. ah d’accord, le chateau va garder la table…sans doute pour poser sa collec’ de stylos.

    gageons que pour le prix, les décorateurs sont passés rafraîchir quelque boudoir privé de la face de poisson-lune ou relooker l’appart’ que la mère chirac s’était déjà fait retaper aux frais de l’état…

    décidément, cette présidence n’en finit pas d’ajouter la honte au ridicule

    keep on watchin’