A l’assaut du mammouth

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Les dirigeants de France Télévisions doivent s’attendre à des lendemains qui risquent de secouer leur entreprise, et de haut en bas.

Filtrent, en effet, des travaux de la commission Copé toute une série de pistes destinées à moderniser, de fond en comble, cette grande maison, si peu habituée à être secouée de la sorte. L’une des idées, reprise par l’Elysée, est de mettre France Télévisions à l’heure de ses deux rivales, M6 et TF1. Les 49 filiales qui composent l’entreprise, comme autant de petits satellites, devraient être réunies dans deux structures distinctes: l’une chargée des contenus des différentes antennes, l’autre des recettes. Les programmes d’un côté, le tiroir-caisse de l’autre. Objectif ? Rationaliser les coûts et dégager d’autres sources de recettes. Ces deux structures pourraient ainsi voire le jour, dés janvier 2009.

Car si les diversifications (merchandising, édition, marketing, internet…) rentrent pour 26% dans le chiffre d’affaires d’un groupe comme la BBC, en Grande-Bretagne, et pour près de 50% dans ceux de TF1 et de M6, elles ne pèsent aujourd’hui que 6% dans le budget de France Télévisions ! Une aberration qu’entend corriger la commission Copé, en obligeant France Télévisions à se réformer profondément sur ce plan. Et c’est à la régie publicitaire du groupe publique qu’incombera la tache d’aller au charbon.
La suppression partielle de la pub, (entre 20 heures et 22 heures, selon les derniers schémas), et les solutions destinées à compenser la perte de recettes ( 550 millions d’euros), sont une autre question. Personne ne sait encore où l’Etat envisage aller chercher l’argent qui manque. Une piste (soufflée par les communistes) semble avoir, néanmoins, retenue l’attention de la commission: il s’agirait d’adosser la redevance télé, non plus à la taxe d’habitation, mais au revenu des foyers.

Le niveau de l’augmentation de la dite redevance, (augmentation qui n’est pas totalement exclue), varierait, ainsi, en fonction des revenus de ce même foyer. Les cadres supérieurs s’acquitteraient d’une redevance supérieure à celle imposée à des foyers aux revenus plus modestes. Peu populaire auprès des cadres, on peut le prédire, il n’est pas sûre que cette idée  soit retenue par Sarkozy… Pour le reste, les différentes pistes évoquant, un jour, une ponction financière sur le trafic Internet, un autre jour sur les bénéfices des opérateurs de téléphonie mobile, semblent avoir sérieusement du plomb dans l’aile.

Dégraisser le mammouth ! C’est l’autre aspect de la réforme de France Télés. Avec 11 000 personnes, le groupe publique a des allures de pachyderme. Mais Patrick  de Carolis voit s’éloigner le spectre d’une crise sociale, avec la fonte naturelle des effectifs qui touche son entreprise.
A l’instar de la fonction publique, France Télévisions dispose d’un très lourd contingent de salariés approchants l’age de la retraite. 700 d’entre eux ont déjà quitté France Télévisions, en 2007. Et 600 à 800  autres la quitteront chaque année, et ce jusqu’en 2014. De quoi re-muscler l’entreprise qui se met ainsi à l’abri d’un éventuel clash social.

Ajoutez à cela d‘autres sources d’économies possibles: dans les coûts de production, notamment. L’explosion de la TNT et l’émergence d’une kyrielle de chaînes « low-cost » (Direct 8, W9, NRJ 12, TMC…) s’est traduit par un abaissement non négligeable du prix de production des émissions de télévision depuis quelques mois. Ce dont a profité, au passage, une chaîne comme France 2, qui a renégocié à la baisse certains de ses contrats. 
 

On le voit donc: pas à pas, la nouvelle architecture de l’entreprise pilotée par Carolis se dessine doucement, en coulisses, le tout au fil de l’assemblage d’un meccano complexe où le parlement aura le dernier mot. D’autant que c’est Jean-François Copé  qui sera le rapporteur de ce projet de loi, à l’Assemblée. Fait rare, en effet, c’est le patron des députés de l’UMP, au Palais Bourbon, qui ira défendre sa copie devant ses pairs.

Mais que fera l’Elysée ? Nicolas Sarkozy, qui n’a pas une grande sympathie pour le député-maire de Meaux, ne sera t-il pas tenté de lui mettre l’épée dans les reins, à l’heure de vérité, afin qu’il durcisse sa loi ? Et quid de Patrick de Carolis : dos au mur, le PDG de France Télévisions, qui a pris beaucoup de coups ces deniers mois, n’aura pas d’autres choix que de franchir son pont d’Arcole. Et d’exécuter, sans états d’âme, l’énorme réforme qui s’annonce et sur laquelle le parlement aura apposé son sceau? Sauf à ce qu’il se démette. L’un de ses fidèles me confiait ,ce jour, qu’une telle éventualité n’était aucunement à l’ordre du jour. Et que Carolis resterait sur le pont.       
 

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1 Comment
  • Lacombe pierre
    avril 24, 2008

    Monsieur,
    N’ayant pas le plaisir de vous entendre depuis mardi, je vous adresse ces quelques lignes pour vous faire part de mon étonnement. Que vous ne puissiez venir participer en direct à notre débat sur les quotidiens gratuits, je peux le comprendre. Nous sommes tous tributaires d’emplois du temps chargés et d’impératifs de dernières minutes. En revanche, j’apprécie moyennement que vous ne preniez pas la peine de vous excuser.
    Bonne fin de journée.
    Pierre Lacombe
    France 3 « On refait Paris » 18H40