Quand le Sénat et Rachida Dati font de la ségrégation journalistique…

par 5commentaires No tags 0

 

C’est un pavé dans la mare, une torpille dans le champs de la liberté d’expression. Le tout est passé presque inaperçu. Si ce joli lièvre n’avait été soulevé par David Dufreigne, du site Média part…En effet, un sénateur sans étiquette, du nom de Jean-Louis Masson, a déposé au Sénat, le 4 novembre dernier, une proposition de loi visant à faire passer le délai de prescription des infractions pour diffamation ou injure, prévu par la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, de trois mois à un an, lorsque ces infractions ont été commises par l’intermédiaire d’un service de communication en ligne.
 
Ainsi visés, tous les sites d’information non adossés à des groupes de presse, (Média part, Rue 89, Bakchich info, @rrêt sur images…) et donc soupçonnés de dispenser une info sujette à caution, fragile, non vérifiée et susceptible d’être diffamatoire…Haro !
 Visée, également, par ce texte, la blogosphère, où officient pourtant quantités de journalistes, disposant naturellement d’une carte de presse, on ne peut plus valide, et d’états de services honorables.
 
 
Inutile de dire que ce projet de texte qui consisterait sans le dire à jeter l’opprobre sur une partie de la profession, avec l’objectif, illusoire, de tenir à bout de gaffe celles et ceux qui pratiquent le métier de journaliste uniquement sur la toile, est à la fois archaïque et scandaleux.
 
0DHTCAAWW6FTCAF6CCXZCAYFAKWECAV7UCZSCASCT9HFCAW26W9LCAQZN55KCAO4IHNWCAWZXHHACAC7YVCECANHQX1ICA0MVHE3CANW6NF0CADFEO8KCAQCN2V0CAQANHSJCA1C0QX9CA7BMHJSCATDWTDW.jpgLe pire dans cette affaire, c’est que Rachida Dati a cru bon soutenir cette initiative. S’adressant, ce même 4 novembre, aux sénateurs, la ministre a abondé dans le même sens.
Verbatim : « La commission, après un fructueux débat, a considéré que la ligne de partage devait être légèrement différente. Elle propose que seules les publications de presse légalement déclarées restent soumises au court délai de prescription, lorsque leurs articles sont également mis en ligne.
La distinction est justifiée par les obligations déontologiques propres aux journalistes, qui les conduisent à faire preuve de davantage de prudence dans leurs publications. Le Gouvernement soutiendra cette précision, empreinte d’une grande sagesse.
 
II est également ouvert à une extension de cette exception en faveur de la presse audiovisuelle. Ainsi, tous les messages diffusés par des médias professionnels continueraient à bénéficier du régime actuel de prescription courte, même lorsqu’ils sont repris sur Internet."
 
Des « médias professionnels » ! Elle est bien bonne! Où placer le curseur ? Comment séparer le bon grain de l’ivraie? Les bons journalistes d’un coté, ayant pignon sur rue, car abrités par Le Figaro, France Inter ou L’Express. Et les mauvais, de l’autre, qui traîneraient sur la toile? Les grands médias, à ma gauche, la piétaille d’Internet, à ma droite? Pour les uns, en cas de dérapage, trois mois ferme, pour les autres, douze mois pile !

A l’heure de la mondialisation, de la globalisation, de l’info,  cette distinction, cette forme de discrimination professionnelle, n’est pas sérieuse. Tout cela n’est que bêtise.

 Ci-joint l’édito de David Dufreigne, (Médiapart), sur la question,

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5 Comments
  • Laurent
    novembre 20, 2008

    Quel est le problème ? La différence entre le net et la presse « historique » ? Soit, mettons tout le monde à la même enseigne, alors ! Une prescription au bout de 12 mois pour tous, ok.
    Et si ça pose encore problème, la question devient alors : de quoi les journalistes ont-ils peur?
    Les journalistes sont défendus et -heureusement- protégés depuis fort longtemps par la liberté d’expression et les différents jugements et jurisprudences de nos tribunaux : à moins d’être trop mauvais, de déraper trop souvent, de chercher le sensationnalisme à tout prix, en mettant sa déontologie au placard, un nombre de mois plus important pour la prescription des infractions pour diffamation ou injure ne doit poser de problème à aucun journaliste, qu’il soit un professionnel du net, un blogueur ou un journaliste de presse écrite, parlée ou télévisée. Mais je suis dans ce cas partisan d’un traitement équivalent pour tous, et l’augmentation du délai ne me semble pas irraisonnable au vu de la multiplication et de la segmentation des sources et des organes d’information.

  • Dylan
    novembre 20, 2008

    Renaud Revel devrait regarder la vidéo postée afin d’y recopier correctement le nom du journaliste cité : David DUFRESNE. Celui-ci ne devrait d’ailleurs pas être inconnu d’un « specialiste médias » : ex Libération, ex I-Télé, polémiste de « On refait le monde » sur RTL, invité régulier du dinner de Pascale Clark sur Canal+…

  • Babe
    novembre 20, 2008

    Vous avez égaré vos lunettes Mr. Revel,nous çà va on arrive à lire avec une police correcte, si encore cela évitait les fautes d’orthographe, même pas!
    Quand à votre scoop sur Rachida Dati je trouve çà d’un ridicule……digne du blog de Morandini, ah oui j’oubliais c’est votre « pote ».
    Quand à Rachida Dati, oubliez là un peu, tout le monde s’en portera mieux, elle est suffisamment et honteusement attaquée par ses pairs depuis quelque temps ce n’est pas la peine d’en rajouter! C’est une femme courageuse, qui fait les réformes annoncées pendant la campagne de Nicolas Sarkozy, elle ne mérite pas ces attaques!

  • Renaud Revel
    novembre 21, 2008

    Que vous soyez en désaccord avec l’Express, c’est une chose que j’accepte, mais que vous preniez ce ton sentencieux est un peu crispant. On peut se faire l’avocat de Rachida Dati sans pour autant être à ce point agressif. Quant à l’information à laquelle vous faites allusion, elle est signée de mes camarades du service politique et non de ma pome ( avec un seul m). Bonne journée.

  • Reno Revelle
    novembre 23, 2008

    Amusant votre phôte dans le nom de l’auteur. C’est bien Dufresne, et non Dufreigne. Un peu de rigueur que diable!