La belle leçon du New York Times

par 9commentaires No tags 0

 
 
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Le Monde daté de ce jour publie une très belle enquête, signée de la journaliste Annick Cojean, sur la situation difficile que rencontre le quotidien Américain le New York Times, que l’on sait durement frappé par la crise. On peut y lire, notamment, que ce prestigieux journal a eu le courage de publier dans ses colonnes un long portrait (au vitriol) de son nouveau propriétaire, un industriel mexicain du nom de Carlos Slim.
 
«Enquête fouillée, anecdotes cinglantes, style, humour…» l’auteur de ce portrait, rapporte Cojean, n’a pas fait dans la dentelle, passant au laminoir l’homme d’affaires en question: étrillé avec talent, Carlos Slim n‘en sort pas grandi.
 
 
ges.jpgLa profession, aux Etats-Unis, n’a pas manqué de saluer le courage avec lequel le New York Times a décidé de portraiturer de la sorte et en toute franchise, leur nouvel homme fort. Une belle leçon d’indépendance qui a de quoi décontenancer de ce côté-ci de l’Atlantique, où l’on imagine assez mal, en ces temps de disette (et pas seulement), les journalistes de la presse écrite ou de l’audiovisuel, passer au crible leurs propriétaires respectifs: Martin Bouygues par les journalistes de TF1, Serge Dassault par ceux du Figaro, Arnaud Lagardère par les reporters d’Europe 1 ou encore, Rik De Nolf, le propriétaire de l’Express, par quelques plumes du magazine auquel je collabore…
 
Et je ne jette la pierre à personne. Car combien de fois m’est-il arrivé de retenir ma plume. Non pas par crainte de je ne sais quelles représailles, mais par lassitude, je le confesse…Il est parfois assez usant de ferrailler avec des patrons de médias au tempérament de bouledogue. Je me souviens avoir été un jour convoqué, c’est le mot, par l’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, pour un article qui avait déplu. L’entretien fut volcanique, l’avoinée insupportable et les propos de ce patron, avec lequel je me suis souvent affronté, inqualifiables: la sanction fut immédiate, je n’ai pu mettre les pieds à TF1 durant deux ans…

Personne ne le dit assez, mais il n’est pas un univers, une rubrique, plus difficile à « couvrir » que celui des médias. Un monde moins léger qu’il n’y parait, plus abrupt qu’on ne le pense. Un univers fait d’ego dilatés, de réputations souvent usurpées, où souvent tout n’est que faux-semblants, manipulations, intimidations et rapports de force. Patrons et saltimbanques forment ainsi un cénacle d’une grande complexité où les mœurs peuvent être d’une rare violence. J’avoue qu’évoluer, carapaçonné, sur ce ring ne me déplait pas… 

Mais la crise qui secoue, depuis la fin de l’été, les entreprises de médias risque de tendre un peu plus encore le climat et d’exacerber les tensions. Elle peut aussi et cela serait sans doute un bien, de ramener à une certaine forme de réalité des patrons qui avaient sans doute perdu le sens de la mesure et de la raison. A l’image d’un Jean-Marie Messier, l’ancien PDG déchu de Vivendi.       

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9 Comments
  • Roger Cageot
    mars 2, 2009

    « mais il n’est pas un univers, une rubrique, plus difficile à « couvrir » que celui des médias »

    C’est sûr que reporter de guerre ou journaliste enquêtant sur les milieux politico-financier, à côté, c’est de la gnognotte !!!

    C’est vrai que 2 ans sans pouvoir mettre les pieds à TF1 – whouah la vache ! Dur…

  • Roger Cageot
    mars 2, 2009

    Oops : « politico-financierS » – v’l’a t’y pas qu’ému par tant de courage, je fais mon Revel !

  • chris
    mars 2, 2009

    1/C’est étonnant de trouver fantastique l’indépendance d’un média.
    2/C’est troublant d’apprendre qu’un journaliste se présente à une convocation d’un patron de média suite à un article.
    3/Dans tout les boulots les journées sont pleines de lassitude. Il faut souvent ferrailler avec son patron aussi. Mais malheureusement à votre différence il ne faut pas baisser la cadence, sinon on perd le job. Visiblement plus un journaliste baisse les bras plus son job est stable.
    C’est bien ce que j’avais l’impression.

  • Pem
    mars 2, 2009

    L’article est dans le monde daté de Mardi 3 mars 2009

  • Cesca
    mars 3, 2009

    Juste sur la forme, Monsieur Revel :
    « Carapaçonné » NON, mais CAPAraçonné.
    Ma maîtresse de CM1 (j’ai 66 ans) précisait que, bien sûr, la carapace(de l’espagnol « carapacho ») protègeait très efficacement…certains insectes, mais que pour le cheval et par extension l’homme, le caparaçon(de l’espagnol « caparacho », c-à-d grosse cape) suffit bien.

    Mon plaisir à lire ( ou écouter) les journalistes est trop fréquemment gâché par des coquilles, des fautes de grammaire et/ou d’orthographe, des liaisons « mal-t-à propos », des approximations, voire de grossières erreurs de langue.

  • bulle
    mars 3, 2009

    Facile d’ironiser… Bel aveu au contraire sur une profession où les principes de base de la profession, comme une égalité de traitement pour tous, ne peuvent être respectées à moins de perdre son emploi.

  • Tayou
    mars 3, 2009

    « Personne ne le dit assez, mais il n’est pas un univers, une rubrique, plus difficile à « couvrir » que celui des médias »
    Faut-il vraiment commenter cette phrase qui a failli me faire m’étouffer ??? OK, pas facile d’avoir ses interlocuteurs, on peut se voir griller ses entrées, etc., mais comme pour tous les journalistes. Pour moi, votre job n’est pas plus dur que celui de journaliste de sport, vu la difficulté croissante à approcher les athlètes…
    Souvent, dans le genre de rubrique comme la votre, on reste au chaud, on écoute les émissions radio et TV, on passe des coups de fil, on va à des déjeuners (je n’invente pas, je lis vos posts)… Y’a plus dur non ? Demandez donc à Florence Aubenas et à toutes celles et ceux qui couvrent les conflits.

  • Geneviève
    mars 3, 2009

    Je lis souvent votre blog – je suis une ancienne journaliste de la presse écrite. Je trouve, ce matin, qu’un commentaire s’impose. Votre post est courageux et très juste. Prétendre que les journalistes se plaignent pour rien, qu’ils seraient trop paresseux ou opportunistes pour faire leur boulot… c’est nier la difficulté d’exercice de ce métier dans un univers de la presse et de l’information où il n’est pas suffisamment respecté. Parce qu’ils sont visibles, on croit les journalistes seuls responsables de certaines dérives. Qui a observé la vie en entreprise (en dehors des rédactions), sait à quel point les journalistes font généralement la preuve d’un esprit d’indépendance que l’on retrouve vraiment très, très peu ailleurs ! Cela n’excuse pas tout, bien sûr, mais tout de même.
    PS : je n’aime pas les fautes d’orthographes, mais ces « réglements de compte orthographiques » permanent dans les commentaires sont tout aussi agaçants. Il est facile de critiquer la forme… pour mieux faire oublier le fond !? La critique sous-jacente « tous pourris, tous incultes, tous nuls » (car plus jeunes, issus de certains milieux, etc.) est insupportable.

  • D.Durand
    mars 3, 2009

    Ce qui aurait été courageux, cela aurait été de réaliser le meme article, mais portant sur les journalistes du journal.

    Mais là, on peut rever, je croix…