Le choc des images sans le poids des mots.

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Twitter, Facebook, Youtube, sont-ils en train de devenir, en lieu et place de CNN ou de la BBC, les premiers vecteurs d’informations sur la crise iranienne? On peut le penser. Car si la contestation de l’opposition hostile à la clique du président Ahmadinejad s’exprime sur la toile, c’est non seulement parce que ce pays est l’objet depuis le début du conflit d’un terrible verrouillage médiatique, mais aussi en raison de l’existence en Iran, ( un pays où 60% de la population a moins de 30 ans), d’une armée de blogueurs _ 700 000 aficionados ont été recensés au bas mot en Iran.

Le recours au web, devenu la principale source d’information du moment dans cette région du monde, est à la fois formidable et inquiétant. Formidable, parce qu’elle permet à la planète de pénétrer dans cette cité interdite qu’est devenu le régime iranien. Formidable, également, parce qu’il aura suffit de quelques témoignages balancés clandestinement sur la toile pour que les verrous sautent et pour que la communauté internationale dénonce, sous le poids et l’émotion des opinions mondiales, un régime qui espérait le huis-clos. Mais il y a aussi de quoi s’inquiéter face à cet amoncellement d’images et de témoignages qui déboulent pêle-mêle sur la toile. Qu’en penser ? Quel crédit leur apporter ? Quels enseignements en tirer ? Y a t-il au-delà des bilans humains invérifiables et de l’émotion planétaire qu’ils suscitent, des risques de manipulation de l’opinion?

Etonnante situation paradoxale qui voit des milliers d’images et de témoignages inonder depuis quelques jours Internet, sans que nous ne sachions répondre à une seule et simple question: combien de morts en Iran ? Espace de liberté, défit à la censure et royaume de la mani’p…C’est ainsi qu’Internet demeure le lieu de toutes les controverses. Et qu’il n’y a pas mieux qu’une bonne vieille dépêche à l’ancienne de l’AFP ou de Reuter pour légitimer une information, valider un bilan et éclairer l’opinion, sans que la suspicion s’instille dans notre esprit.

Ainsi de ces images de Neda Soltani, une jeune iranienne devenue en l’espace de quelques heures l’icône de tout un peuple et le symbole d’une révolte réprimée. Cette vidéo (difficile) qui a fait le tour du globe fait ainsi déjà l’objet de débats sur Internet, où beaucoup s’interrogent sur son authenticité: mise en scène macabre ou tragédie? Au-delà de la question sur sa véracité, (qu’il semble difficile pourtant de mettre en doute) et de l’utilisation de ces images, c’est toute la logique d’Internet qui est posée.

On voudrait, en effet, que quelques lignes écrites par un journaliste de métier, témoin de la scène, viennent légender cette vidéo pour que celle-ci, dûment estampillé par le correspondant d’une grande agence de presse ou d’une chaîne de télévision ayant pignon sur rue, prenne une valeur informative indiscutable. Mais il faudra se contenter de la simple diffusion de ces images brutes. Le choc des photos, sans le poids des mots.      

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