Obama à la loupe.

par 0 , , , 0

1270-Lech.jpgL’Express a publié la semaine dernière un bon entretien avec le politologue et sondeur de l’institut Ipsos, Jean-Marc Lech, entretien qui portait sur l’Etat de la France et des français, ainsi que sur la relation qu’entretiennent nos concitoyens avec la politique. Dans le cadre de cet entretien, réalisé par Eric Mandonnet et moi-même, Jean-Marc Lech revenait également sur la communication de Barack Obama qu’il analysait. Un lecteur a souhaité réagir et nous a adressé cette lettre: une contribution sévère, mais par endroits pertinente, notamment à propos de la com’ d’Obama.

"Votre interview du co-président d’IPSOS, Jean-Marc Lech, dans l’Express du 11 juin 2009, intitulé « Les Français ne respectent plus l’autorité » pourrait susciter de nombreux commentaires sur les prémisses du raisonnement de M. Lech (par exemple : quand la liberté choix est assimilée par un raccourci simplificateur à de l’infidélité, quelque chose pèche à la base même de l’analyse ; ou encore, quand on parle du respect de l’autorité sans parler de l’exercice arbitraire de l’autorité dans une société où les contre-pouvoirs fonctionnent mal.. etc,) mais je tiens au minimum à rétablir les faits concernant ce qu’il dit au sujet de Barack Obama quand il affirme que ce dernier ne dit jamais « «je » mais toujours « nous » dans ses discours, histoire de nous faire croire que LUI, Barack Obama, a bien compris qu’il fallait faire de la politique « avec » les gens et pas « pour » les gens…

Tom Bevan, directeur exécutif de « Realclearpolitics » , site de référence de notoriété sur la politique américaine, a, dans un éditorial du 12 juin dernier, analysé les discours d’Obama et son mode de communication. Contrairement à ce qu’affirme M. Lech, il est frappant de constater à quel point les interventions de Barack Obama sont souvent articulées autour de son vécu personnel (il perçoit de toute évidence le caractère exceptionnel de son histoire personnelle comme un atout).

Obama.jpg Il en résulte des discours ponctués de nombreux « je ». On relève, par exemple,   68  références à soi dans son récent discours du Caire ( je, moi, mon ou le mien).  Comparée à d’autres leaders politique, cette propension au pronom personnel à la première personne du singulier est singulièrement accentuée : dix références à soi pour Barack Obama, à l’occasion des manifestations anniversaires du  débarquement du 6 juin, contre deux pour Gordon Brown et une pour Stephen Harper dans leurs discours respectifs.  Et si vous pensez que Monsieur Lech ne voulait faire référence qu’à la manière selon laquelle Barack Obama s’adresse au peuple américain et pas à ses discours à l’étranger, alors notez ceci : dans son adresse à son pays sur la sécurité nationale,  le 21 mai 2009, le Président Obama a utilisé le mode personnel  147 fois.

 
Etonné qu’une « erreur »  de cette nature puisse être faite par un professionnel qui de toute évidence  pèse lourd dans la formation de l’opinion publique, j’ai voulu en savoir plus et, dans ma recherche, ai retrouvé une interview de Monsieur Lech par le Nouvel Economiste  (numéro 1270 du 10 au 16 septembre 2004)  dans laquelle il se targuait fièrement de ne pas se servir d’un ordinateur, de ne pas parler l’Anglais et de toutes ses erreurs. « Il s’est trompé. Il se trompe. Il se trompera » , commente le Nouvel Economiste. M. Lech affirme aussi dans cette interview ‘’ Après, je continuerai à faire ce que je fais, c’est-à-dire rien.  Je suis un intellectuel…’’
 
Le problème, voyez vous, c’est qu’on finit ainsi par essayer de faire avaler n’importe quoi aux pauvres gens, ceux qui « font » , eux, éventuellement se servent d’un ordinateur et parlent l’Anglais : mais pardon, j’oubliais,  ils font partie de la «  valetaille des non intellectuels » alors tant pis pour eux…n’est ce pas ?
 
On est bien loin ici du respect « pour les gens » mais bien plus près du marchand qui nous vend n’importe quelle salade. Probablement que la théorie de la politique « avec les gens »  développée par M. Lech dans l’interview de l’Express est alimentée par quelque nostalgie pour ses idéaux autogestionnaires de jeunesse,  dommage qu’il n’en ai pas retenu l’éthique…"
0
0 Comments