Sanctuaire France: la chronique de Philippe Gavi

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Chaque lundi,Philippe Gavi aborde un sujet de son choix.

Je ne sais pas qui a inventé l’expression, mais  parler de sanctuariser les établissements scolaires me semble étrange et inquiétant. Je suis étonné que les médias, le personnel politique et l’opinion aient adopté ce vocabulaire religieux tout à fait excessif sans se poser de questions.
A s’en référer aux définitions données par le Petit Larousse, je suppose que par sanctuaire, Sarkozy n’entend pas désigner « la partie secrète du temple de Jérusalem », ni « l’endroit de l’église où est le maître-autel » ni « un édifice consacré aux cérémonies religieuses », ni « ce qu’il y a de plus intime, exemple  le sanctuaire de mon cœur». Il ne nous reste plus, au figuré, que « asile sacré et inviolable ». Cette définition convient fort bien aux éléphants, gorilles et autres espèces protégées dans des réserves et parcs naturels, mais pas du tout à l’école. L’école n’est pas un asile, et une intrusion étrangère n’est pas un viol. Quant au sacré, qu’on le laisse à Dieu.
J’ajoute que si on prend au mot le discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy, il faut aussi sanctuariser les caves, les couloirs, les cours, la rue, le métro, le train, tout espace public et finalement faire de la France un sanctuaire national, asile sacré et inviolable.
 
Moi aussi, j’ai à cœur la sécurité de nos enfants et des enseignants. Mais plutôt que de sortir la grosse artillerie, pourquoi ne pas adapter les mesures à prendre à chaque situation, établissement par établissement ? Pourquoi ne pas mobiliser pour ce faire en AG et en commissions l’ensemble des parties prenantes locales, enseignants, pions, élèves, parents, policiers, et élus du coin ? Pourquoi ne pas faire réaliser au préalable un audit sécuritaire par une équipe coiffée par un enquêteur. Ce n’est pas compliqué, et ce sera beaucoup plus efficace.
 
france-tele.jpgLe même principe de réalisme, de précaution et d’efficacité aurait dû s’appliquer à l’audiovisuel public. Là aussi, concernant le financement, Sarkozy, résolument obsédé par le sacré, a voulu sanctuariser les chaînes publiques. Et il est parti d’hypothèses simplistes qui sont en train de tourner au vinaigre.
 
En supprimant la pub sur les chaînes publiques, Sarkozy, accusait l’opposition, voulait faire un cadeau à son ami Martin. Si telle était sa seule intention, ce qui n’est pas évident, c’est raté. Je lis que par rapport au premier semestre 2008, la pub a chuté de 27 %.pour TF1, et de 11% pour M6. Imaginer que les acheteurs d’espace et agences média fonctionnent selon le principe des vases communicants est bien mal connaitre la profession. Pas un n’a envisagé de reporter mécaniquement sur TF1 et M6 les spots qui ne pouvaient plus être diffusés après 20H sur France 2 et 3. Ce que les publicitaires cherchent, ce n’est pas du bourrage d’écrans, mais le meilleur rapport qualité influence prix en fonction de la cible visée. Tout naturellement, avec l’émergence de la TNT et d’Internet, les budgets de pub ont été redéployés. D’autres formes de communication et de marketing que le spot classique sont aussi mises en œuvre. 
Si bien que le dispositif sarkoziste qui prévoyait que les chaînes privées seraient taxées sur leur surcroit de pub, ne tient plus debout. L’Etat devra compenser intégralement le manque à gagner de la télévision publique. PG
 
 
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2 Comments
  • Jean Meyran
    juin 1, 2009

    Le terme sanctuarisation vient, en l’occurrence, de la doctrine nucléaire française qui remonte à De Gaulle consistant à déclencher le feu nucléaire dès attaque du territoire (variante maximale de « tu vas voir ta gueule à la récré »).

    Comme souvent le terme au départ assez solennel s’agissant de notre sol, s’est galvaudé. A titre personnel, j’ai sanctuarisé ma cave à vins, c’est dire…

    Bonjour chez vous

  • Gros Bill
    juin 2, 2009

    « Philippe Gavi écrit : »L’Etat devra compenser intégralement le manque à gagner des télévisions publiques ». Et si le but non avoué de la réforme c’était çà . Il ne reste plus maintenant qu’a décréter que France Télévisions coûte trop cher et imposer un plan social . Bête comme chou .