Qui doit payer les cagnottes? La chronique de Philippe Gavi.

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C’est lundi et Gavi a décidé d’évoquer la question du financement de France Télévisions vue de Bruxelles. Une question clé en cette rentrére sur laquelle nous reviendrons, car quelque chose me dit que cela va chauffer….. 

Je lis dans Le Monde: « La suppression de la publicité à la télévision publique française en examen à Bruxelles ». « La Commission européenne se demande si la compensation de 450 millions d’euros promise par l’État ne crée pas une distorsion de concurrence ». Les services de Nelly Kroes, la commissaire chargée de la concurrence, ne peuvent que s’interroger sur l’ « étrange » disposition qui consiste à taxer les opérateurs de téléphonie et autres fournisseurs d’accès Internet afin de financer la manne providentielle. La révolution numérique a fait converger les secteurs des télécommunications et de l’audiovisuel: aujourd’hui, ils sont en concurrence.

La taxe sur le surcroît de pub des chaînes privées n’est pas mentionnée parmi les « différents doutes » que la commision Barroso voudrait lever. Est-ce à dire que Nicolas Sarkozy n’envisage plus ce mode opératoire, les recettes de TF1 et de M6, en baisse, n’ayant pas clairement bénéficié de l’ « aubaine »?
Bruxelles veut « s’assurer que les aides accordées à France Télévisions ne couvrent que les seuls surcoûts générés par les différentes missions de service public sans subventionner au passage des activités « commerciales », comme l’achat de séries ou de droits sportifs ». Cette exigence est jugée « cruciale » par TF1 et M6. Bonjour le lobby, c’est de bonne guerre, mais quel culot! Un programme n’est pas un chapelet qui s’égrène, c’est un tout, un ensemble de rendez-vous enchaînés. Là-dedans, le « commercial » représente ce qui touche au grand public, à la masse des téléspectateurs, à leurs envies. 
 


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Tout ce qui relève de la distraction, du télé appeal, est à comptabiliser dans une colonne « commercial »: aussi bien les cagnottes de Questions pour un champion (qui peuvent monter à 50.000 euros), les gains des candidats des jeux de France , le salaire de Patrick Sabatier, le recours à des stars dopant l’audience (et la part de marché) de « Fort Boyard, etc..
Si seule la redevance devait financer ces dépenses, ça ne changerait rien au problème, sinon qu’il faudrait l’augmenter, et les opérateurs privés crieraient un peu plus à la concurrence déloyale, à l’abus de l’argent des contribuables.
On peut imaginer que les chaînes publiques « généralistes », France 2 et 3, renoncent à diffuser les programmes grand public que sont les séries et le sport. Mais alors, adieu grand public, adieu toute ambition.
Est-ce vraiment à la Commission de se mêler de programmation? La finalité de l’Europe est-elle d’ériger la libre concurrence en dogme, contre l’État providentiel? Qu’elle soit un droit à défendre, c’est une évidence, mais in fine, ce qui importe, ce qui donne un sens à l’Europe comme à toute loi, c’est la bonne santé d’une société, c’est l’intérêt public, c’est le bonheur des concitoyens. Que je sache, la privatisation des renseignements téléphoniques n’a rien amené aux consommateurs. Pousser trop loin la logique concurrentielle peut aussi aboutir à un appauvrissement général des opérateurs, au détriment de la qualité du contenu.
A la raison d’État fait équilibre aujourd’hui la raison publique. PG
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