Hortefeux dérape: communiquer, c'est réfléchir.

30 ans qu’il sillonne les villes, les campagnes et les marchés ; 30 ans  de serrages de mains, d’embrassades de retraités et de visites de crèches ; 30 années d’un long et fastidieux apprentissage pour parvenir au pinacle et s’installer, place Beauvau, dans le siège baquet de celui dont il est l’ami et le fidèle sherpa, Nicolas Sarkozy.

Et patatras. Il aura suffit d’une seule petite phrase balancée avec désinvolture pour que Brice Hortefeux scie la branche sur laquelle il venait à peine de s’installer. Cet épisode, qui risque de coûter cher au tout frais ministre de l’Intérieur, qui se voyait en piste pour Matignon, est sidérant en bien des aspects. Révérence face au monarque Sarkozy, prudence face à la presse tenue bride courte, maniement de la langue de bois, communication au rabais, verrouillée et cadenassée…. Convaincu qu’une carrière politique se construit prudemment et à petits pas, Brice Hortefeux s’était balisé un itinéraire sans encombres. Entouré, cornaqué, conseillé, staffé, briffé quotidiennement, la vie de ce responsable politique semblait contrôlée au millimètre : pas une sortie de route, pas un mot de trop. Même sur le plateau de Zone Interdite, la semaine dernière, le très erratique Hortefeux n&rsquoavait pas bronché face au tir nourri de Melissa Theuriau qui ne sera pas parvenue à le déstabiliser.       

 
Et ce même Hortefeux qui vient joyeusement s’immoler devant une armée de photographes et une forêt de micros ! On voit bien à travers cette jolie boulette que la communication est rarement pensée par nos élites politiques. Car au delà des artifices  et des mises en scène à deux balles, (se référer à la dernière sortie publique de Nicolas Sarkozy, dans une usine du nord de la France), nos hommes politiques n’ont à l’évidence pas pris la mesure de la révolution qui s’est opérée dans l’univers de la communication. Et encore moins de la vitesse, nouveau piège des politiques, avec laquelle l’information se propage  et s’amplifie: diffusées sur la Toile  à 15 heures, les images de Brice Hortefeux faisaient une heure plus tard les choux gras des radios, à 19 heures les commentaires du Grand Journal de Michel Denisot, sur Canal+, et à 20 heures l’évènement de la journée dans les JT. Tandis que l’on sonnait le tocsin au ministère de l’Intérieur, qu’Eric Woerth se contorsionnait sur le plateau de Denisot et que Fillon réagissait de manière inaudible, la France se gondolait.

La vitesse, véritable alliée du citoyen, car elle permet de mieux informer, de critiquer et d’émanciper, est devenue un danger pour la classe politique. Condamnée à la lenteur, celle-ci n’a pas pris la mesure des bouleversements : Internet reste un gadget avec lequel s’amusent et bricolent des responsables politiques, qui vantent à tue-tête la démocratie numérique d’Obama, mais dont les techniques de communication datent des années 60. Nicolas Sarkozy est à ce titre assez révélateur de ce grand écart. C’est le même homme qui pousse les feux, durant la présidentielle, pour que son équipe de campagne lui bâtisse un site et une web-télé high tech, et qui dégoupille dans le même temps, devant une forêt de caméras, sa fameuse phrase du « Kärcher »! Modernité, ici, cécité,  archaïsme  et dérapages à l’ancienne, là : en cela Hortefeux est à bonne école
 

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10 Comments
  • flo1966
    septembre 11, 2009

    Et beau cadeau pour le PS. Pendant qu’ils braillent comme des porcs à l’abattoir, on leur parle pas des bourrages d’urnes style république bananière.

    Politique c’est un métier. « Brice tout luisant » devrait savoir que:
    1. En tant que politique il n’a pas droit à l’humour.
    2. Il a désormais une caméra qui le suit 24/24

  • Jean Meyran
    septembre 11, 2009

    C’est loin d’être le premier dérapage de Brice devant les caméras…

    Avec Fadela, avec des blacks, avec Azzouz, il nous avait déjà gratifié de son fond raciste modèle « bourrin de fin de banquet »

    Bonjour chez vous

  • HECTOR VIGO
    septembre 11, 2009

    C’est ça, accusons maintenant la téchnologie !

    On n’a pas eu tant d’ égard envers Mélissa Theuriau, livrée à un véritable lynchage médiatique.

  • HECTOR VIGO
    septembre 11, 2009

    Celà dit, les commentaires du socialiste Valls ne valent guère mieux. La gauche ferait mieux de balayer devant sa porte.

  • HECTOR VIGO
    septembre 11, 2009

    On peut comprendre le sentiment d’iniquité de Mr Girot de Langlade, préfet mis à la retraire d’office pour avoir tenu des propos tout aussi indélicats, sinon moins, que ceux de Brice Hortefeux.

  • Marc'o
    septembre 11, 2009

    En effet, les propos de Manuel Vals, représentant du PS, étaient, eux, sans équivoque !

  • Jean Meyran
    septembre 11, 2009

    La différence entre les deux dérapages, c’est qu’il y en a un qui est ministre de la République (et de la Police qui plus est).

    Faudra pas après demander aux flics de se comporter différemment de leur propre patron.

  • HECTOR VIGO
    septembre 11, 2009

    À Jean Meyran: Observation judicieuse. Celà ne va pas améliorer les relations entre la police et les jeunes des cités.

  • shoes
    avril 23, 2011

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  • c'estdit
    septembre 17, 2011

    L’Université d’été du parti politique qui dirige la France n’est pas un lieu public et les débats qui s’y sont déroulés ne sont pas publics.C’est-à-dire que les journalistes y étaient interdits,personna non grata et la liberté d’information prohibée?C’est un raisonnement assez piquant pour ne pas dire cocasse.Quant à M.Hortefeux il n’est pas un personnage public!Le Ministre de l’intérieur n’est pas un personnage public!Tout cela est aux limites du grotesque.Sauf à considérer que la libération de la parole discriminatoire et l’incitation à la discrimination raciale sont tolérables dans un pays qui repose sur une constitution approuvée par une majorité de Français au moyen du suffrage universel.