Obama et les J.O : ne parlez pas d'humiliation. Par Philippe Gavi

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Rio de Janeiro accueillera donc les J.O. d’été en 2016. La lecture des journaux du week-end me laisse perplexe. La symbiose, en une même dramaturgie médiatique, du langage sportif et de l’analyse politique, brouille toutes perspectives.
Le Monde a choisi de couvrir l’événement en page « Sport ». L’article de son correspondant à New York est titré « La défaite de Chicago signe le premier échec d’Obama ».  Il commence par des guillemets : « UNE « HUMILIATION » ! ». Telle a été la réaction à chaud de Bruce Levin, sur la chaîne sport ESPN. Le JDD a titré « Lula fait triompher Rio » en page « International », mais là encore, dans un commentaire intitulé «Humiliation pour Obama », signé F.C, le vocabulaire est tiré du foot et du rugby, guerrier.
Se sentir humilié, au sens originel du mot, est un sentiment fort, douloureux, générateur de conflits, souvent de guerre, pour prendre sa revanche, relever l’honneur. Est-ce bien là le ressenti de l’opinion américaine?
Peut-être que Bruce Levin est la voix des Américains, comme l’a été Thierry Roland chez les Français. Mais, je ne crois pas un instant qu’il se soit senti le moins du monde humilié ; dans sa bouche, c’est juste une formule de commentateur sportif. Si les journalistes, les peuples, et leurs dirigeants se sentaient réellement humiliés par ce genre d’échec et de déception, ce serait grave, inquiétant. Le champ politique n’est pas un plateau télévisé, ni une arène sportive, même s’il y a des analogies.

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Alors parler d’un échec d’Obama sur un plan politique, et d’humiliation, me semble un raccourci pernicieux. Certes ses adversaires républicains n’ont pas manqué de le clouer au pilori. Mais objectivement, si on garde la tête froide, on voit mal comment la majorité des 95 membres du CIO appelés à voter aurait pu préférer Chicago à Rio de Janeiro, et, à travers la cité carioca et le flamboyant Lula, à tout le continent (et marché) sud américain. Rio fait quand même plus rêver que Chicago. Je me demande bien de quelles informations disposaient les commentateurs qui avaient donné Chicago comme largement favorite ? Sa candidature n’a même pas survécu au premier tour.
En toute logique, le roi d’Espagne, représentant Madrid, ou le Premier Ministre japonais, pour Tokyo, ont subi le même échec que leur collègue américain ; pour autant, personne ne les accable et je ne lis pas que les Espagnols et les Japonais se sont sentis humiliés. Le  commentaire d’Obama, à son retour de Copenhague, est frappé de bon sens : ainsi va le sport, on peut « très bien jouer et ne pas gagner ».

Le sport a quand même du bon. Seules aujourd’hui les grandes messes sportives mondiales égayent le futur. Aucun autre rendez-vous n’est aussi attendu, aucun autre événement  n’est prévu et daté à si long terme : pensez donc, en 2016, votre nouveau né aura sept ans ! Sinon, quand nous autres terriens consultons nos calendriers du futur, il n’y a pas de quoi se réjouir, le suspense est négatif: réchauffement climatique, pénurie de matières énergétiques, disparitions des espèces. Là, c’est la nature humiliée qui prend sa revanche.
Philippe Gavi
 

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3 Comments
  • lindien ...
    octobre 5, 2009

    Si Obama s’est déplacé ,c’est qu’il comptait bien
    par sa seule présence faire pencher la balance en
    faveur de Chicago ;sinon à quoi bon …
    L’argûment : ben oui ,toujours le même :quel symbole
    d’accorder les JO à une ville US alors que le premier
    noir vient d’accéder à la présidence .
    A défaut d’une humiliation c’est au moins un échec ;
    comme le fût celui de Chirac et Delanoé il y a 4 ans.

  • annegc1
    octobre 5, 2009

    Que les anti-Obama n’auraient-ils pas dit s’il ne s’était pas déplacé à Copenhague… Il ne s’agit ni d’une défaîte personnelle, ni d’une humiliation. Mais la défaîte d’une ville dont la majorité des habitants ne voulaient pas des JO.
    Ensuite je m’étonne de voir que Madrid ait pu être présente au dernier tour de vote. Faut-il croire que cette ville avait des chances de l’emporter quand bien même l’Europe a depuis 2000 organisé rien de moins que deux olympiades? Si elle avait été choisie, cela aurait fait trois fois sur cinq. le véritable scandale est bien là et dévoile quand même assez que tout est loin d’être aujourd’hui encore très clair au pays du CIO…
    si l’organisation des JO peut apporter aux habitants de Rio des infrastructures dont ils ont besoin depuis des années, tant mieux… mais curieusement, je doute que cela soit si bénéfique pour ses habitants… dommage!

  • Damien Allard
    octobre 6, 2009

    Il s’agit clairement d’une humiliation pour Barack Hussein Obama. Il suffit de lire la presse etrangere pour le voir. La presses Francaise restant incapable de la moindre objectivite. Signe un Francais habitant aux US.