"Petits suicides entre amis"

 
 
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Le quotidien Le Monde a publié dans son édition datée du 8 octobre un article rarement vu sous la plume d’un publicitaire. Titré « Petits suicides entre amis », cette contribution est signée du directeur général d’Havas France, Laurent Habib. Or le propos iconoclaste de ce ponte du monde de la pub est de rappeler les journalistes et les annonceurs à plus d’éthique et de responsabilité. « La crise incite la presse et la publicité, écrit-il, à de dangereux mélanges des genres. Il est urgent d’y remédier ensemble ».

En tirant la sonnette d’alarme, Laurent Habib braque le projecteur sur des risques de dérives dangereuses qui voient certaines rédactions fouler allègrement aux pieds les règles les plus élémentaires du métier: publiscopies déguisées en articles de fond, publi-reportages à peine maquillés, articles de complaisance destinés à des annonceurs peu scrupuleux, tout y est. L’auteur rapporte ainsi l’exemple d’un cahier spécial encarté récemment dans un grand quotidien français, dont il ne cite pas le nom : « Quatre pages d’articles signés, portant la mention Spécial voyage vert, dont un étonnant reportage où une journaliste embarquée décrit heure par heure l’expérience d’un « voyage écologiquement responsable » entre Paris et Londres . Tout, de la pagination à la titraille, en passant par la police du texte, laisse croire qu’il s’agit de contenu rédactionnel indépendant et propre au journal ».

presse-esg-219x300.jpgCes pratiques en lisière du métier risquent fort de se multiplier. Sous les effets de la crise économique, qui saigne à blanc quotidiens et magazines, les grands annonceurs ont beau jeu d’exiger toujours plus des journaux en difficulté. Et la frontière peut se révéler parfois bien ténue entre ce qui relève du journalisme et du publi-rédactionnel. Le danger ? Tout simplement, une perte définitive de crédibilité et la mort assurée pour un titre de presse qui se risquerait à capituler devant des annonceurs, au nom de sa survie économique.

Le risque est d’autant plus grand que soumises à la pression de leurs directions, qui menaçent de geler les salaires et de compresser les effectifs, en invoquant le Tsunami qui frappe les médias, les sociétés de journalistes ont parfois de plus en plus tendance à fermer les yeux sur des pratiques litigieuses. « Chacun comprendra qu’en sauvant la presse on sauve la démocratie. Mais l’on sauve aussi notre économie, car les marques ont plus que jamais besoin d’une presse forte, légitime et indépendante pour trouver leur public ». Ce n’est pas l’ancienne figure du Monde, Hubert Beuve-Méry, qui signe ces quelques lignes, mais l’auteur de l’article. Q’un publicitaire décide de mettre les pieds dans le plat de la sorte méritait d’être en tous les cas signalé.               
 

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3 Comments
  • moi (...et les choses)
    octobre 9, 2009

    Le publi-rédactionnel déguisé n’est pas apparu avec la crise, mais il paraît que celle-ci a amplifié cette pratique. C’est important que des gens comme Laurent Habib prennent position publiquement.

    De manière plus générale, les bonnes agences conseillent leurs clients d’avoir un discours cohérent et responsable, respectueux (de l’intelligence) de leur public. Mais en regardant ce qui se passe, pas uniquement du côté des entreprises, le message est loin d’être compris.

  • Krustymas
    octobre 9, 2009

    Monsieur Revel à ce sujet il faudrait que vous vous penchiez sur le cas DirectSoir : pas un journal mais un véritable prospectus publicitaire quotidien au service de Direct8 et de Bolloré en général, présenté comme si l’info était traitée en toute objectivité et que des dizaines de milliers de personnes lisent chaque soir. Bref, un scandale ! Merci d’avance

  • Jeremy
    octobre 12, 2009

    D’accord avec Krusty : qu’on crie haut et fort que ce truc est un véritable torchon bourré de dossiers publi-rédactionnels, une honte.