Bakchich au bord du gouffre: faut-il pleurer ou s’en réjouir?

par 16commentaires 0

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La logique, et une posture très politiquement correcte, voudraient que l’on s’apitoie ce matin sur le dépôt de bilan annoncé du site d’information Bakchich. Il faudrait qu’au nom du pluralisme de l’information et de la nécessaire diversité des opinions dans notre beau pays, nous entonnions tous, ici, une longue plainte pour regretter amèrement cette sortie de route. Bref, il faudrait que nous nous insurgions sur l’impossibilité qu’il y a à faire dignement dans ce pays son métier de journaliste, au motif que les médias ne seraient qu’aux mains des puissants et du pouvoir de l’argent. Mais je ne peux pas.

La mise en liquidation programmé de ce site, quasi pionnier sur la Toile, est certes bien triste pour l’équipe qui s’est lancée dans cette aventure, mais elle était écrite d’avance. Trop d’accusations infondées, trop de monde cloués au pilori, trop de confrères désignés sans appel à la vindicte et de personnalités de tous horizons hachées menu…ce journalisme «bœuf-carotte» a très vite fait oublier, au fil des mois, que Bakchich était aussi à l’origine de quelques très jolis scoops. Et que les journalistes qui composent sa rédaction ne sont pas parmi les plus mauvais. Le premier d’entre eux, Nicolas Beau, son directeur, fut un excellent enquêteur au Canard Enchaîné et  un reporter pugnace, qui s’est démené sans compter pour sortir Bakchich de l’ornière, tirant les sonnettes afin de trouver appuis et financements.

Mais cela n’a pas suffit. Le journalisme de guillotine a cela de détestable qu’il finit toujours par écœurer même les lecteurs les plus assidus. On va m’accuser, c’est inévitable, de n’être pas objectif dans cette affaire. Car l’honnêteté veut que je me dois de rappeler que Bakchich m’a un jour inscrit à son tableau de chasse. Ce site a publié, en effet, il y a deux ans, l’intégralité d’un procès verbal d’audition à la Brigade Financière, où j’eu l’honneur d’être longuement entendu, dans le cadre de ce que l’on a appelé, « L’affaire Francelet», du nom  d’un journaliste ami auquel s’intéressait à l’époque le juge Philippe Courroye, qui lui fit la chasse. Trois heures d’une audition courtoise, mais austère: un souvenir exotique qui s’acheva sur le trottoir de la rue des Rentiers  avec une poignée de main d’un commissaire, à l’évidence pas mécontent d’avoir eu à asticoter un « journaleux » .

Mais telle ne fut pas ma surprise de découvrir dans Bakchich, quelques jours plus tard, la transcription, méthodique et détestable, des écoutes téléphoniques de Marc Francelet et donc de mes conversations avec ce dernier: soit plusieurs dizaines d’heures d’enregistrements, anecdotiques et sans intérêt pour l’enquête, réalisés par la fameuse Brigade, qui s’empressa de faire circuler ces documents dans plusieurs rédactions, (belles pratiques républicaines). Y compris à L’Express, où l’un de mes confrères fut le récipiendaire.
Méthodes de basse police d’un côté, recyclage nauséabond de PV d’auditions et d’écoutes, de l’autre, tout cela m’avait choqué. Et je l’ai écrit en son temps. Mais bonne pâte, je vous l’assure, j’avais vite fait le deuil de cet épisode, convaincu depuis longtemps que dans ce beau et joli métier, la confraternité est une chimère et que, concurrence d’Internet oblige, l’époque est aux snipers et au journalisme d’égout. Je vous raconterai prochainement les pratiques tout aussi délicates et confraternelles d’un autre journal: Marianne…

J’ai donc continué à lire Bakchich, convaincu que l’avenir de ce site passerait par une alliance avec d’autre sites d’infos, tel que Rue 89, qui envisage pour sa part l’équilibre financier à court terme, ce qui est une bonne nouvelle: cela n’a pas été le cas. Le dépôt de bilan du projet piloté par Nicolas Beau va donc permettre d’apurer les comptes et va sans doute donner à ce dernier quelques mois de répit: au mieux, afin de rebondir, au pire, pour mettre cette-fois-ci définitivement la clé sous la porte, une fois le site liquidé.
Seuls un profond lifting de Bakchich et de  sérieux amendements quant à ses pratiques journalistiques, pourraient éventuellement le sauver du naufrage. Très sincèrement et sans ironie aucune, je souhaite à Nicolas  Beau et à son équipe d’y parvenir
 

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16 Comments
  • jean Meyran
    novembre 5, 2009

    J’imagine mal comment on peut se réjouir (et s’en vanter) de l’éventualité de la disparition d’un (tout) petit organe de presse mené par des journalistes de renom…

    Que l’on aime ou déteste le contenu (chacun ses goûts, chacun son prisme de lecture), le pluralisme en prend un coup.

    En matière de presse, le Marché n’est pas tout, même s’il fait la loi. Et souvenez-vous que l’Express ne tient pas une forme olympique. Que direz-vous le jour (le plus tard possible, chuis abonné 😉 où un blogueur lambda payerait l’apéro sur la disparition de votre hebdo ?

    Enfin, pourrait-on m’expliquer pourquoi la presse « satirique » Canard, Charlie, Siné, Bak sortent tous le mercredi ? En décalant une parution au week-end, on pourrait donner envie aux lecteurs du Canard, par exemple, d’en lire un deuxième, non ?

  • zoebarnabe
    novembre 5, 2009

    c’est très dommage, j’aimais bien lire ce journal même s’il y avait a boire et a manger ! et puis quelques bons reportages.Bien sur, ce n’était pas un journal comme l’express, journal bobo, sans scoop, journal sans vagues !

  • D'art la di l'art dada
    novembre 5, 2009

     » Où j’eu l’honneur.. »
    Et pourquoi pas  » Où jus l’honneur  » ? Tant qu’à faire des fautes d’orthographe,
    faites preuve d’un peu de fantaisie !

  • inconnu
    novembre 5, 2009

    Vous réglez quel compte ? Celui lié à votre égo de journaleux ? Francelet est un voyou et publier des écoutes téléphoniques le démontrant s’appelle faire son travail

  • inconnu
    novembre 5, 2009

    Le comble de l’ironie !les journalistes de l’express font la leçon et se prennent pour intelligentsia du pays !

    quand Barbier la vitrine de l’Express passe son temps à lustrer les bottines de sarkozy c’est à pleurer de rire de lire ce billet salissant des journalistes faisant leur travail sans se soucier du pouvoir !

    En espérant une solution pour bakchich et surtout pas qu’ils mettent la clef sur la porte, nous avons besoin d’eux dans ce paysage de journaleux français des plus pathétiques !

  • spacejo
    novembre 5, 2009

    On peut dauber sur Marianne et Bakchich, ces journaux valent infiniment mieux que l’info formatée des quotidiens : vous ouvrez l’un vous avez lu tous les autres ! Mais visiblement, la VRAI différence n’est pas du goût de tous. Quand aux méthodes, navré mais il faudra me prouver qu’elles diffèrent dans Marianne, le canard, Bakchich et le reste de la presse…

  • inconnu
    novembre 5, 2009

    Monsieur Reviel

    Pourquoi ne pas avoir mis en lien les écoutes téléphoniques de Marc Francelet, pour laisser les lecteurs se faire une idée du rôle de cet individu et de « ses amis journalistes » ??

    Comment peut-on reprocher à ses confrères de diffuser un pv, des écoutes ?

    les pv ou les écoutes policières qui font partie de la substance de leur travail d’investigation et qui leur servent de preuves.

    Quelle mauvaise foi ! vous faites un beau manipulateur !

    L’affaire Francelet à mis à jour les affaires de corruption et d’orientation dans l’opinion publique de certaines rédaction où des voyous achètent leurs articles, par le biais de leurs copains journalistes ça fait tâche hein Monsieur Reviel
    Vous n’avez pas dû vous remettre d’une blessure d’amour propre, vous avez tellement rigide et fier de vous, qu’on peut facilement psychanalyser votre réaction.

    Pour les lecteurs ne connaissant pas l’affaire Francelet ci-joint un lien plus « étoffé « que le pauvre lien mis en ligne d’un article écrit par Renaud Reviel deux mois après l’incarcération de Marc Francelet…

    « Autre bonne connaissance de Francelet, Michèle Marchand. Grande prêtresse de la photo people en poste à Voici, cette bonne dame a récemment fait la connaissance de la juge d’instruction Dominique de Tallancé. Sans doute hermétique à l’art, la magistrate la soupçonne, ainsi qu’Axel Ganz, l’ancien patron de l’hebdo people, d’avoir mis en place une caisse noire. Et a mis les deux compères en examen.

    Miracle du réseau Francelet, sitôt l’affaire médiatisée, Michèle Marchand disparaît. L’Express, sous la plume de Renaud Revel, publie un écho sur Internet où seule la mise en examen de Ganz est relatée et, en ricochet, saborde l’enquête en route au Point sur le sujet, au grand dam de nombre de journalistes de la rédaction. Un subtil coup de domino. »

  • Martin
    novembre 5, 2009

    « Je vous raconterai prochainement les pratiques tout aussi délicates et confraternelles d’un autre journal: Marianne. »

    Vous n’avez pas un petit papier sur les pratiques de l’Express ??…

  • MDR
    novembre 5, 2009

    Renaud Reviel ou l’hôpital qui se moque de la charité !!!!

    Il va nous révéler les pratiques indélicates et confraternelles des autres, nous dit-il de son ton précieux ..

  • Renaud Revel
    novembre 5, 2009

    Je n’ai pas mis le lien car tout cela n’a auncun intérêt. Et quiconque peut aller sur Internet et retrouver ces papiers sans le moindre problème: Francelet-Revel-Bakchich, c’est tout simple. Ce que je conteste de la manière la plus vive, en revanche, cher monsieur, c’est de jeter en pature le nom de quelqu’un et qui plus est d’un confrère, sans passer un coup de fil, sans vérifier une info, sans prendre la peine d’interroger les gens que l’on met en cause. Je vous trouve bien définitif vous aussi pour accuser comme vous le faites Francelet, Revel ou un autre: vous me connaissez? Vous le connaissez? Vous êtes flic, magistrat? Vous connaissez si bien l’affaire Francelet pour mettre en cause à votre tour et de manière aussi caricaturale quelqu’un sur le compte duquel on a lu tout et son contraire?
    Vous iriez donc écrire sur mon compte avec la même sévérité, sans m’entendre et sans vous interroger une seule seconde quant à la pertinence de vos allégations? Ce type de journalisme a fait les beaux jours de la presse dans les années 30. C’est détestable. Il m’est arrivé de me tromper dans des papiers, mais je n’ai jamais tenté de démolir quelqu’un en allant fouiller dans les poubelles des commissariats de police ou dans les bureaux d’un juge d’instruction pour en exhumant des pseudos révélations.
    Pour le reste, je ne souhaite pas la mort de Bakchich, et j’espère que son équipe trouvera une solution pour poursuivre. Mais n’attendez pas de moi que j’applaudisse des deux mains quand un journal s’emploie à donner des leçons de journalisme à des confrères qu’il execute allègrement. Quant à Nicolas Beau, nous nous sommes parlés et je publierai demain un entretien avec lui.

  • Renaud Revel
    novembre 5, 2009

    Lisez la notule précédente….Et évitez moi vos leçons de déontologie à deux balles.

  • Renaud Revel
    novembre 5, 2009

    Vouds confondez tout. Les critiques ou les attaques sur le fond et les idées. Et la chasse à l’homme. Navré, mais je suis pas et Barbier non plus de la deuxième espèce. Et je ne vous souhaite pas d’être un jour la cible des chiens de meute de ce métier.

  • Renaud Revel
    novembre 5, 2009

    Vous m’avez mal lu et je viens d’avoir une longue discussion avec Nicolas Beau à ce sujet: je n’ai jamais dit que je souhaitai la mort de ce site, mais je conteste de la manière la plus radicale cette forme de journalisme de dénonciation: cela m’inquiète que vous adhériez à des pratiques journalistiques qui relèvent de méthodes détestables. Et c’est d’autant plus dommage que la version papier imaginée par Nicolas Beau avait une toute autre tenue que sa version web. Oui Bakchich doit vivre!

  • inconnu
    novembre 5, 2009

    Journalisme de dénonciation, année 1930 ?

    Alors les révélations deviennent de la dénonciation , si il s’agit de parler des magouilles du monde journalistiques ???

    http://www.bakchich.info/Marc-Francelet-et-l-encule-de-juge,00985.html

    Non seulement vous avez subi un grave traumatisme de votre égo suite à cette affaire de corruption et d’orientation de l’information au sein des bonnes rédactions, mais en plus vous êtes traumatisé par l’époque de Pétain tout en soutenant à l’Express une politique mené par sarkozy, qui s’inspire sur certains points de pratiques de cette époque.

    « Vous connaissez si bien l’affaire Francelet pour mettre en cause à votre tour et de manière aussi caricaturale quelqu’un sur le compte duquel on a lu tout et son contraire? »

    Je ne connais pas parfaitement cette affaire, ni ce Francelet

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Francelet

    mais je sais lire, et j’ai lu les écoutes qui ne demande aucune interprétation !

    Je vous accorde qu’un journaliste aurait dû vous interroger avant de publier, mais dans ces affaires tout le monde sait mentir!

    Quant à Barbier il représente l’entité pour laquelle vous travailler, et il est « l’un « des responsables avec tous ces journalistes de Cour, qui participe à la mise à mort de indépendance de la presse !

    http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/medias/20091105.OBS6973/cri_dalarme_des_journalistes_sur_leur_situation.html

  • flo1966
    novembre 9, 2009

    Je ne vais pas aller jusqu’à m’en réjouir mais pas loin. Et pour une fois je partage pleinement l’avis de RR (mais pas pour les memes raisons*)sous couvert de journalisme d’investigation, bakchich fait du journalisme d’égout, du trash avec des techniques de voyous.
    Un de moins. Au tour de Rue89….

    *Parce qu’il n’est pas loin de faire pareil, le coté trash en moins mais avec un gros plus dans le genre donneur de leçons.

  • Wilma Jackett
    janvier 10, 2011

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