« Buzzes » toujours, tu m’interesses…

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Le témoignage d’Anyss Arbib, jeune Français d’origine marocaine victime de violences policières après le match Égypte-Algérie, mercredi dernier, alimente la Toile depuis quelques jours, après avoir fait la Une de Libération, en début de semaine. Cet étudiant de Science Po a raconté sur sa page Facebook comment un CRS l’a aspergé de gaz lacrymogènes et l’a gratifié d’un "Dégage, sale Arabe !" Choqué, l’étudiant a fait le tour de quelques rédactions et un saut sur le plateau du Grand Journal de  Michel Denisot, qui a joué les caisses de résonances.

Mais il aura fallu qu’Internet s’empare de ce témoignage pour ce qui n’était alors jusqu’ici que le récit tristement banal d’un acte de racisme ordinaire, prenne d’un seul coup une dimension toute politique. Et s’invite bruyamment et contre toute attente dans le débat, cadenassé par Eric Besson et l’UMP, sur l’identité française. Au point que, dernière étape, Fadela Amara, la secrétaire d’Etat à la Ville, s’est crue obligée de demander «l’ouverture d’une enquête.

Je reviens sur cet épisode car il illustre de manière assez spectaculaire la mutation qui s’opère dans les modes de fabrication d’une information devenue soluble dans l’immédiateté. Tout ce qui permet aux internautes d’intervenir dans le cours de l’actualité vient donc rompre la monotonie et l’uniformité. La hiérarchisation de l’info s’en trouve chamboulée, la moindre anecdote devient événement : Internet bouleverse les rites, les codes et les règles du métier et s’impose comme le rédacteur en chef d’une rédaction fantôme composée d’une armée de journalistes-citoyens.

Au delà de son caractère assez jouissif – il assez revigorant de voir en effet la stupeur des politiques, comme des institutions, dépassés et pris au piège dans les filets d’Internet – se pose la question du difficile positionnement des médias traditionnels. Comment ignorer une information, qu’ils n’auraient  pas traitée selon leurs critères de choix, quand celle-ci se met à  «buzzer» et à enflammer les compteurs sur la Toile? Internet est une invitation à changer de lunettes et à ne plus voir la société à travers le seul prisme d’une profession enfermée dans ses tours d’ivoire et dont on critique souvent les réflexes mimétiques. Ce sont les conditions mêmes de la fabrication de l’information et sa relation avec les industries numérique, qu’il faut revoir, si l’on veut que nos médias traditionnels – journaux, télés et radios- restent les vecteurs d’une démocratie revigorée. 
 

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3 Comments
  • Damien
    novembre 26, 2009

    Bien dit! Les médias classiques doivent s’adapter, ce qu’ils montrent n’est pas forcément ce qui intéressent les gens… Le net montre les décalages existants comme sur cet exemple.

  • sitelle
    novembre 26, 2009

    bien causé !

  • Marco
    novembre 27, 2009

    J’ai été surpris de voir que sur le site de Liberation.fr les commentaires pour cet article étaient fermés. Il existe un tabou bien plus grand en France, celui du racisme anti-blanc.