Journalistes aux cabinets: la chronique de Philippe Gavi

 
 
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Un article remarquable dans le Monde : «Journalistes au pouvoir». Daniel Psenny part d’une dépêche de l’AFP du 17 novembre, passée inaperçue : Françoise Degoin, journaliste au service politique de France Inter chargée de suivre le parti socialiste,  et Véronique Lafont, grand reporter aux infos générales de TF1, semblent avoir vérifié la phrase du feuilletoniste Jules Janin, « le journalisme mène à tout à condition d’en sortir ». La première a rallié le cabinet de Ségolène Royal, la seconde celui de Roselyne Bachelot. Il est vrai que depuis les années 80, et l’avènement d’une société du tout communication, on s’est habitué  à ce que des journalistes, épousant les thèses de ceux qu’ils observent, sautent le pas.

 

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Qu’un journaliste s’engage en politique, pourquoi pas ? Ils sont nombreux, et de tous bords à l’avoir fait : Noêl Mamère, François Baroin, Dominique Baudis, Cavada, JF Kahn. Mais ceux là se sont engagés dans la vie politique comme citoyens, et ils ont sollicité le suffrage universel. Formidable.
Non, ce qui gêne, dans le cas des transferts précités, de Catherine Pégard, ( photo), passée de chef du service politique du Point à l’équipe de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, de Myriam Lévy, reporter au Figaro qui a intégré l’équipe de François Fillon,  de Jean-Marc Plantade rédac-chef adjoint du Parisien maintenant chez Christine Lagarde, c’est qu’ils ont viré leur cuti  pour devenir des conseillers en communication.
La communication n’a rien à voir avec l’information. Elle en est l’ennemie. Les journalistes sont censés mettre les doigts sur les plaies, y compris si ça bouscule leurs propres sympathies. Les gens de communication cautérisent, emberlificotent, veulent faire passer des messages. Ce n’est ni le même métier, ni la même éthique.

Les recruteurs se mettent d’ailleurs le doigt dans l’œil s’ils croient qu’en se payant un journaliste, ils seront dans la place, ils pourront caresser les journalistes dans le sens du poil, déjouer leurs questions. Un journaliste n’est bon en communication que s’il a été un mauvais journaliste. Sinon, il ne deviendrait pas un larbin trop heureux qu’on lui tire un tapis rouge.
Daniel Psenny cite la directrice de rédaction de France Inter, Héléne Jouan : « la porosité entre les journalistes et les politiques pourrit l’image de la profession et je le regrette ». Rassurons nous, le grand public n’est pas au courant. De toutes manières, dans sa grande majorité, il se méfie des journalistes. En revanche, dans les milieux dirigeants, ces transferts ne font que contribuer à détériorer l’image des journalistes. Ecoutez en coulisses les politiques et les chefs d’entreprise en parler : quel mépris !  Le journaliste est un crétin, un corrompu ou un caractériel. Je crains même que les recruteurs méprisent un peu ceux qu’ils ont pris à leur service.
Alors, vient le soupçon. Ces anciens journalistes devenus des experts sur la meilleure manière d’entuber l’opinion publique et de manipuler les médias ont-ils jamais vraiment aimé leur métier.
Je pense alors à la 24 è édition du Scoop d’Angers, festival du journalisme. Le grand prix Calderon  a été attribué  à « Afghanistan : école, un tableau noir », un document sur la guerre que mènent les talibans contre les instits, jusqu’à les défigurer au vitriol. Gilles Jacquier (France 2) a risqué sa vie pour prendre ces images.

On pourrait dire que quelques lignes écrites suffisent à comprendre le tableau
Mon ami Arnaud Hamelin, président de Sunset presse, et de ce festival, ne comprend même pas mon argumentation. Lui est viscéralement, primairement journaliste. Toutes les images de guerre, et des gens qui témoignent de leurs souffrances se ressemblent, mais, me répond-il, il ne fait pas de la philosophie, utiliser une image générique d’archive et envoyer un reporter sur place, ce n’est pas du tout la même chose. Où va le journalisme, a-t-on débattu à Angers. Heureusement, tous ne vont pas aux cabinets pour faire leurs commissions. Philippe Gavi

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4 Comments
  • unouveaucompte
    novembre 30, 2009

    relecture – degoin? entame de ce billet
    votre chute est minable!en école de journalisme on vous aurait collé une mauvaise note!

  • ltb22
    novembre 30, 2009

    @ UNOUVEAUCOMPTE

    Votre critique est nulle = puisque non argumentée.En école de journalisme, vous ne seriez même pas entré.

  • Helsa
    novembre 30, 2009

    Cher Philippe, cher Renaud,

    Une partie de vos interrogations se trouve dans le palmarès du festival d’Angers: avez-vous remarqué combien « l’étranger » est à l’honneur. je parle des sujets… Où sont les enquêtes et les grands reportages réalisés en France? Inexistants, ou cachés? Vous le savez: il est plus facile de faire de « belles images » à l’étranger que de gratter là où ça fait mal en France. Ce palmarès reflète surtout l’absence de courage et la volonté, surtout de ne pas froisser. Mais pas froisser qui??

  • anderea
    novembre 30, 2009

    Eric est son clito -septique and Renaud et ses journalistes aux cabinets :essayez HARPIC

    ^_^