« Pigalle la nuit », série sous « hot » tension

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Canal+ aurait-elle la la main verte? Après deux bons précédents, Engrenages et Braquo, la chaîne cryptée met à l’antenne, lundi soir, sa toute nouvelle série, «Pigalle la nuit», symbole d’un renouveau de la création française, comme on a coutume de dire facilement. Sauf qu’ici, la preuve est faite: il y a bien en lisière des grandes chaînes généralistes et de leurs containers de séries low cost, des auteurs qui savent faire de la très bonne télé. Tout à fois film noir et récit initiatique, cette fiction de très belle facture laisse à penser, en tous les cas, qu’après des années de tâtonnements et d’essais infructueux, une chaîne française, associée à des sociétés de production imaginatives et audacieuses, a semble t-il trouvé une martingale dans un genre où l’industrie américaine nous avait habituée à naviguer jusqu’ici sans partage.

Choisir pour décors Pigalle et ses échoppes à deux balles, que sillonnent chaque jour des myriades de touristes, était risqué: grande surface du sexe et carrefour des Tour Opérator, ce quartier de Paris n’a plus rien d’un épicentre du grand banditisme, ce qu’il fut jusqu’à la fin des années 50.Tout au long des huit épisodes de cette série, Hervé Hadmar et Marc Herpoux, les deux auteurs, ont pourtant réussi à éviter les clichés, à redonner à ce quartier, au travers de personnages époustouflants de justesse, jamais réductibles à de simples portraits types, une densité rare.

Pour restituer l’ambiance électrique, suintante, brutale et sensuelle de ce microcosme, les auteurs ont opté pour des techniques de long métrage: le 35 millimètre a été préféré à la vidéo et les couleurs, chaudes et enveloppantes, n’ont rien des lumières cliniques et aseptisées propres aux grandes séries US du moment. Et quel casting! Simon Abkarian campe un patron de boite de nuit vénéneux et matamore, qui n’aurait pas déparé dans un bon vieux Scorsese: un comédien qui vous prend au collet et vous embarque dans son sillage au centre d’une ville devenue son enclave, où s’épanouit une société à la dérive. Autour de lui gravitent une dizaine de personnages tous aussi bons les uns que les autres. Ensemble, ils donnent à cette série, qui démarre lentement et va crescendo, au fil des huit épisodes, une force rare. Une série tout simplement «sous hot tension », pour reprendre le titre tout trouvé ce matin par le Journal du Dimanche.

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