Sarkozy et les journalistes: ses têtes de turc du moment…


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La scène, croquée cent et mille fois, est restée gravée dans les mémoires. Ce 8 janvier 2008, devant 600 journalistes, estomaqués et goguenards, Nicolas Sarkozy administrait une volée de bois vert à Laurent Joffrin. Interrogé par le directeur de Libération sur son occupation de la "scène médiatique", le chef de l’Etat admonestait celui qui venait de le «cueillir » à froid, en lui demandant s’il n’avait pas instauré en France une "monarchie élective".
La formule n’avait pas plu: regard bloqué et voix blanche, Nicolas Sarkozy s’était emporté : multipliant les piques, il avait porté l’estocade en donnant, vachard, du « Monsieur Joffrin » au journaliste de «Libé», sous les rires étouffés d’un parterre de confrères ricanant. L’honneur souillé d’un journaliste humilié devant ses pairs…
Le directeur de Libé aura eu ainsi l’honneur d’inaugurer  la partie de ball-trap présidentielle, puisque depuis cet épisode, le chef de l’Etat flingue à tout-va.

Tout le récent débat sur les journalistes est parti singulièrement d’une polémique banale née d’un constat sans détours, dressé par quelque uns des hussards du Président, aux premiers rang desquels le député UMP Frédéric Lefebvre: la presse ferait campagne contre Nicolas Sarkozy. La belle affaire. La rengaine est connue: réflexe pavlovien, tous les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy ont parcouru ce même lopin, entonné ce même refrain: le chef de l’Etat, à l’instar de ses prédécesseurs, n’a pas le monopole de la rancune…

On se souvient du mot de François Mitterrand, (qui interdisait à ses collaborateurs de lire Le Monde), au lendemain de la mort de Pierre Bérégovoy -«rien ne justifie qu’on jette aux chiens l’honneur d’un homme ». On se rappelle de Gaulle, qui ressortait à  l’ancien directeur du Monde, Hubert Beuve-Méry cette phrase de Faust, «Vous êtes l’esprit qui toujours nie ». Ou de Valéry Giscard d’Estaing, qui disait ne plus lire les journaux. Une tradition quasi républicaine à laquelle n’a pas dérogé le propre fils du chef de l‘Etat, Jean Sarkozy, qui interrogé sur France 3, à propos de l’affaire de l’Epad, expliquait récemment  qu’il s‘agissait là, d’une « campagne de désinformation organisée de manière professionnelle » : réflexe dynastique…
Bref, les journalistes, traditionnels boucs-émissaires, ont le fâcheux sentiment de se retrouver face à un pouvoir plus que crispé. Et certains parmi eux sont dans la loupe plus que d’autres aujourd’hui. Je vous propose ainsi une petite revue de détail  des effectifs: le top 20 des mal aimés des médias…

Le tandem dirigeant de Canal+, Bertrand Méheut-Rodolphe Bellmer est pour ainsi dire en tête de gondole. L’insolent et désopilant Petit Journal de Yann Barthes a mis le feu aux poudres, on le sait. Même Michel Denisot, qui réalisa par le passé un livre d’entretien avec Nicolas Sarkozy, n’échappe pas aux critiques. L’exaspération est d’autant plus grande, à l’égard des « Grand » et « Petit » Journal qu’Internet joue les caisses de résonance. Mais si pour l’Elysée, il est facile de convoquer un Patrick de Carolis pour l’admonester, passer, en revanche, un savon à monsieur Google n’est pas chose simple…

Jean-Michel Aphatie est aussi en ligne de mire. Les banderilles du très abrasif intervieweur de RTL et éditorialiste de la bande à Denisot, agacent au point qu’Aphatie est persona non grata dans le bureau du président de la République. Un journaliste que l’attitude du chef de l’Etat à son égard semble de plus en plus inspirer au fil des mois…Cela me rappelle l’époque ou PPDA, au 20 heures de TF1, correspondait de manière à peine subliminale avec un François Mitterrand qui ne le supportait pas… 

 
Autres journalistes dans l’œil du cyclone, ceux de France Inter. Rien n’a changé depuis l’été et la nomination de Jean-Luc Hees à la présidence de Radio France n’a pas apaisé les esprits, tant à l’UMP qu’à l’Elysée: Nicolas Demorand, Thomas Legrand et Stéphane Guillon, (qui dégoupille également chez Thierry Ardisson, sur Canal+), continuent d’officier en toute liberté. Et c’est tant mieux. Reste que  Guillon fait un embarassant caillou dans la chaussure de Jean-Luc Hees: le cas de cet amuseur risque de redevenir fortement d’actualité à l’horizon de la prochaine présidentielle. 
 

Autre tonton flingueur dans la loupe, Guy Carlier. Le billettiste d’Europe 1 arrose à tout-va, tant à gauche qu’à droite. Mais plus à droite qu’à gauche ! estime t-on au sein de la majorité où l’on s‘étonne que cette radio, qui n’a rien d’un média d’opposition, héberge le matin, et à une heure de grande écoute, un tel sniper.
 
Inutile de s’appesantir sur le tandem dirigeant de France Télévisions, Carolis-Duhamel: voilà des mois qu’ils subissent pressions et oukases. Une maltraitance à laquelle n’échappent pas présentateurs de journaux et patrons de rédactions. A l’image d’Arlette Chabot, tancée à New York, au terme de l’interview télévisé du chef de l’Etat.             

Et la liste n’est pas limitative: « grattes papiers » et saltimbanques sont régulièrement à la noce. Marianne, L’obs, Médiapart, Libération, Backchich, Le Post…tout le monde ou presque subit l’ire présidentielle, à un moment ou à un autre. Et les journalistes de presse écrite ne sont pas les moins épargnés.

Ainsi d’Eric Fottorino, le directeur de la rédaction du Monde et de Christophe Barbier, le patron de l’Express, mon boss: deux intermittents de la confiance du chef de l’Etat, plus particulièrement dans le collimateur ces temps-ci. Et ce, pour des prises de position qui ont déplu. Au point que Nicolas Sarkozy a cru nécessaire de s’en ouvrir auprès d’eux et comme de coutume: en termes bien sentis. J’avoue, sans flagonnerie aucune, être assez admiratif de la solidité avec laquelle Christophe Barbier encaisse certains de ces coups. C’est là aussi l’importance d’avoir à la tête de l’Express un actionnaire, Roularta, qui soit un industriel des médias, garant de l’indépendance de ce journal et de la liberté de ton de son directeur. Je ne suis pas sûre qu’un Bouygues ou qu’un Bolloré réagiraient de même ….          

Et demain, à qui le tour ? Complicité et  rapports de force, tutoiements de rigueur et mépris ostensible, distance et familiarité…c’est dans ce mouvement de balancier permanent que peut se résumer la très insolite relation qu’entretient Nicolas Sarkozy avec des journalistes qu’il rabroue, câline ou «blackliste ». Mais des journalistes qu’il n’a jamais sanctionné: contrairement à l’ensemble de ses prédécesseurs, (Giscard, Chirac, Mitterrand), qui livrèrent de véritables chasses aux sorcières dans les rédacttions, Nicolas Sarkozy s’est toujours montré magnanime à l’égard de ceux qu’ils rabrouent : question de style et de méthode.

Seule et unique entorse à cette règle, l’ancien patron de Paris Match, Alain Genestar, qui fut évincé de son poste par Arnaud Lagardère, (à la demande de Nicolas Sarkozy), pour avoir commis l’irréparable en s’aventurant sur le terrain miné de la vie privée du chef de l’Etat…
 

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11 Comments
  • jean Meyran
    novembre 2, 2009

    Bah, tant qu’il nous reste Mougeotte… la Sarkosye peut dormir sur ses deux oreilles

    Enigme : le billet ci-dessus contient un coup de brosse à reluire gigantesque. Sauras-tu le retrouver ?

    Bonjour chez vous

  • alain
    novembre 2, 2009

    après on dira que SARKOSY a toute la presse derrière lui!!
    hi hi
    courage SARKO,on n’écoute plus les journalistes depuis longtemps car la vraie opposition, c’est effectivement les médias qui je ne sais pourquoi ont toujours été de gauche?

  • Donvega
    novembre 2, 2009

    Anne Fulda du Figaro n’a jamais eu de problèmes avec le chef de l’Etat. Curieux non ???

  • anderea
    novembre 3, 2009

    tout se paye …
    *une certaine presse s’est sentie flattée ,honorée que NS s’adresse à eux mais voilà ce n’était pas ni gratuit ni innocent…
    le président et la presse klinex!

  • Renaud Revel
    novembre 3, 2009

    De la complexité des relations entre un dirigeant politique qui connait parfaitement la presse et les journalistes….

  • Renaud Revel
    novembre 3, 2009

    Cette allusion relève de la vie privée de cette jeune femme…Mais la remarque est juste.

  • Renaud Revel
    novembre 3, 2009

    Coup de brosse à reluire? J’assume d’autant plus que je sais le détail de l’avoinée que s’est pris Christophe Barbier lors d’un déjeuner à l’Elysée face à Sarkozy. CRoyez-moi, cher

  • Renaud Revel
    novembre 3, 2009

    …Croyez moi cher ami, peu de journalistes auraient tenu face au tombereau qu’il a du subir ce jour là. On peut toujours gloser là dessus et en sourire, mais diriger une rédaction comme l’Express suppose être en mesure de tenir des rapports de force avec le chef de l’Etat. Et la violence de ce dernier peut en déstabiliser beaucoup,même parmi les plus solides de cette profession. Alors oui, Barbier a du courage!

  • Renaud Revel
    novembre 3, 2009

    Quant à Mougeotte, il est désarmant: l’homme assume la ligne de son journal. C’est déjà ça.

  • flo1966
    novembre 3, 2009

    Yann Barthes et son petit journal ne me font pas rire du tout. C’est facile, médiocre, très souvent nul et très très rarement drôle.
    Un sénateur qui pionce en séance ? Whouaaaaa….désopilant. Un député qui se gratte le nez ou qui joue avec son portable ? qu’est ce qu’on se marre !!!
    Carlier et Guillon surtout sont drôles. Barthes n’amuse que lui et il a pourtant l’air très satisfait de son humour à 2 balles. Pathétique !!

    Pour Anne Fulda je n’avais pas capté qu’il y avait une allusion à sa vie privé. Merci d’avoir perfidement éclairé notre lanterne. Lol

  • jean Meyran
    novembre 3, 2009

    Mougeotte fait pire que d’assumer la ligne de son journal ; il le valétise au profit du Président et de lui seul.
    Le Figaro a toujours été un journal de droite avec des plumes un peu libres ; leur liberté fond telle la neige au soleil (reprise en main du père Dassault).

    Quand au sieur Barbier, s’il prenait moins de plaisir à montrer sa bobine partout, il craindrait moins de se fâcher avec Nombril 1er (et c’est un vieil abonné de l’Express qui vous le dit).
    A force de déjeuners communs, de connivences diverses, quand CB essaie de faire son boulot (ce qui, entre nous, est la moindre des choses) il se fait taper dessus, Sa seigneurie se sentant trahie.
    CB n’a qu’à moins les fréquenter.

    Bonjour chez vous