Vos papiers ! La chronique de Philippe Gavi

 
 
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Le débat médiatique lancé par Eric Besson se résume-t-il à une manœuvre politique : pour ne pas parler des réels problèmes, pour rassurer l’électorat de droite, pour séduire l’électorat frontiste ?
Je n’ai jamais éprouvé le besoin de définir ce que serait mon identité nationale. Livret de famille, passeport et carte d’électeur me suffisent. Ce qui m’intrigue, ce sont les jeux de rôles, les personnages et les nations en quête d’auteur, les rites jusqu’à l’absurde, les différentes manières de consommer, les singularités collectives. Qu’en France et au Japon on n’a pas la même distance d’évitement quand deux personnes se croisent dans la rue. Qu’en France on aime la moutarde forte et pas en terre anglo-saxonne….

Trépigner de joie quand le Onze de France marque un essai n’a rien d’un réflexe identitaire qui me singulariserait comme Français. Tous les gens de la planète ont envie que leurs équipes gagnent, un match, une palme d’or, un prix Nobel. Si je suis choqué quand des joueurs du Onze de France restent les lèvres fermées au moment de chanter la Marseillaise, ce n’est pas par patriotisme, c’est parce qu’ils ne font pas leur boulot de représentant de la France, ils ne jouent pas le jeu. .
Je comprends que la question de l’identité nationale taraude beaucoup de Français, et des plus respectables. Cette tension identitaire procède d’une peur diffuse, d’un besoin d’ancrage territorial et de protection contre les intrus qui s’invitent à notre table sans en avoir été priés. C’est la Nation versus la mondialisation, les immigrés, l’Islam, les banlieues, les différences culturelles.

En clair, le Pouvoir joue sur la fibre populaire en clamant qu’il va établir des règles plus contraignantes d’attribution de la nationalité française. Le candidat immigré s’engage à respecter les lois de la République française, à s’adapter à nos mœurs majoritaires et, surtout,  il doit démontrer qu’il aime la France. Amour, identité, nation, on est dans du lourd, du complexe.
Fixer des droits et des devoirs, et les faire respecter, très bien. En revanche,  faire de l’amour de la France un devoir obligatoire est illusoire. Quelle France faut-il aimer? Nous autres Français n’avons pas tous la même idée de la France. Selon notre histoire personnelle, nous réagissons différemment aux symboles nationaux, au drapeau tricolore, à la Marseillaise. Qu’on ne prétende pas que la France qu’aimait De Gaulle était la même que celle du Maréchal.
Ma France à moi que j’aime est un pays qui sait se faire aimer, et respecter. Mon surmoi français et moi-même nous indignons de la manière dont les autorités de mon pays traquent les sans papiers. Périodiquement, une opération policière contre des squats est donnée en spectacle de communication. Toute la presse est convoquée à l’heure du laitier. Les images que diffusent nos journaux de 20H sont celles de flics massifs, casqués, enfonçant à la masse une porte, terrorisant femmes et enfants, traitant les clandestins, qui se débattent, comme des criminels. Voilà le message publicitaire que la France de Sarkozy, de Brice Hortefeux, d’Eric Besson veut faire passer : fermeté, ordre, police,  sécurité. Où est l’amour ?

bleu.jpgEst-ce rêver que d’imaginer d’autres images : qu’on peut être ferme, reconduire des clandestins hors frontières, chasser des squatters, tout en restant attentionné. Dire et redire que c’est un regret de ne pas pouvoir recevoir un étranger qui frappe à votre porte
Je pense à notre image de marque. La France, championne de la mode, de la gastronomie, des parfums, devrait en toutes circonstances, faire preuve de la plus exquise civilité.
Il y a quelques années, j’avais été choqué de voir une queue interminable au consulat de France à Moscou. Des hommes, des femmes, des bébés. Et pas de toilettes, rien. Un ami au Quai d’Orsay s’est étonné de ma candeur. Le consulat américain, s’est-il défendu, ne traitait pas mieux les demandeurs de visa. J’ai cru comprendre également qu’on se méfiait des touristes mafiosi. Je lui ai répondu qu’une telle attitude revenait à traiter tous les demandeurs comme des criminels, que d’ailleurs je ne voyais pas pourquoi on ne traiterait pas dignement même un mafioso. A plus forte raison parce que les autres pays ne le faisaient pas, nous autres français devions nous distinguer par l’amabilité de notre accueil.
La tonalité du débat public qui vient de s’engager n’est pas vraiment aimable.
Philippe Gavi.

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2 Comments
  • anderea
    novembre 2, 2009

    c’est un plus ,une richesse d’avoir d’être issu de 2 cultures ..
    *je dis que si E. Besson a des problèmes d’identité il doit les régler sans passer par la politique.
    *E Besson né au maroc de mère Libanaise a certainement eu l’influence de sa maman vu que son père est DCD jeune :maintenenant qu’il ait besoin d’être conforté dans son appartenance je suis d’accord mais qu il fasse un travail personnel .

  • jean Meyran
    novembre 2, 2009

    S’empailler sur ce genre de conneries permettra (et permet déjà) à nos gouvernants de noyer les vrais sujets qui pourraient fâcher :
    Dette colossale
    Déficit Sécu
    Mal logés

    Gardons nos indignations pour des causes qui en valent la peine…

    Bonjour chez vous