Bolloré-Pouzilhac: la haine

vincent-bollore-2.jpgComme en politique, il est dans le paysage télé des haines rancies. De celles qui se seraient réglées en d’autres temps au sabre, à l’aube, sur un pré. Alain de Pouzilhac a le nom et le physique pour cela. Cet ancien  publicitaire à la réputation de gascon, qui pilote aujourd’hui l’audiovisuel extérieur, (France 24, RFI), n’a pas de mots assez durs en privé pour celui qui le traque et l’étrille depuis maintenant 5 ans, son successeur à la tête d’Havas,Vincent Bolloré.

Une autre lame : abrasif, sans pitié et volcanique, l’industriel breton, propriétaire d’Havas et de Direct 8, (photo),n’a jamais fait baisser la pression face à celui dont il a juré tout simplement la perte. Le conflit entre les deux hommes remonte à la prise du pouvoir du breton, en 2005, une conquête qui s’accompagne du départ en fanfare, et sur fond de procédures, de celui qui tenait alors d’une main de fer les rênes du deuxième groupe publicitaire français.

Vincent Bolloré et Alain Duplessis de Pouzilhac, dits « Bollo » et « Poupou », avaient pourtant tout pour s’entendre. Deux personnalités avenantes pour le visiteur qui passe le seuil de leur bureau, deux hommes  au parcours brillant : l’un des plus grands patrons français d’un côté, un autodidacte « fils de pub » , selon l’expression consacrée, de l’autre. Un Breton et un Sétois, deux battants qui aiment la mer et les embruns, les joutes et les meccanos industriels. 

890707-1052213.jpgMais là s’arrêtent les ressemblances. Cinq jours avant sa révocation, en 2005, le conseil d’administration d’Havas décide de programmer le versement à son futur ex-patron d’une série d’indemnités, que Vincent Bolloré n’aura de cesse de contester plus tard, assurant entre autres que le PV de ce conseil d’administration, opportun pour Pouzilhac, (photo),n’avait pas été approuvé dans les formes. Il s’agit d’une indemnité transactionnelle, (3 millions d’euros), censée réparer les préjudices causés par sa révocation, d’une clause lui permettant par ailleurs d’exercer, avant l’heure, un programme de souscription d’actions sur quelques 300 000 titres d’Havas, et enfin, de la conclusion d’un accord de non-concurrence s’élevant, alors, à 3,4 millions d’euros, versés par bimestres. Sans oublier une indemnité de rupture du contrat avec EuroRSCG New-York, une filiale de Havas, d’un montant d’1,8 millions de dollars

Au terme d’une longue bataille juridique, Le tribunal  finira  par juger que cette salve d’indemnités est "conforme aux pratiques de l’industrie publicitaire" et qu’Havas avait eu "un intérêt évident" à signer une clause de non-concurrence avec Alain de Pouzilhac. Estimant par ailleurs qu’Havas n’avait pas respecté d’autres engagements signés en juin 2005, Alain de Pouzilhac avait tenté à l’époque de pousser son avantage, en réclamant par ailleurs 567.000 euros de dommages et intérêts. Une belle enveloppe, pour finir…

On pensait l’affaire close et voilà que Le Parisien nous révèle, ce matin, que Vincent Bolloré, ne s’avouant pas vaincu, ses différentes plaintes, déposées en 2007, ont conduit le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, à piloter une enquête préliminaire pour «abus de biens sociaux », « recel d’abus de biens sociaux » et « faux et usage de faux. Entendu par la brigade financière, Alain de Pouzilhac a du s’expliquer sur une série de frais qui sont apparus démesurés aux yeux des enquêteurs: 700 000 euros, de 2000 à 2005, dont 240 000 euros pour la seule année 2002. Cigares, grands vins, avions privés…l’ancien patron d’Havas n’a pas été épargné. Si Vincent Bolloré n’hésite pas, au lendemain de l’élection présidentielle, à prêter l’avion de sa compagnie pour les voyages privés de Nicolas Sarkozy, que ce fut à Malte ou en Syrie, il a reproché à Alain de Pouzilhac d’en avoir fait une utilisation personnelle.

Ce dernier s’en est vigoureusement défendu devant les policiers,  expliquant qu’il n’en faisait qu’un usage professionnel. C’est oublié en effet, et même si cela peut choquer aujourd’hui, que les géants de la pub, Havas, Publicis, Omnicom ou WPP, ont toujours vécu grand train. Et que pour séduire leurs clients du CAC 40, il fallait mettre hier, (tout comme aujourd‘hui), les petits plats dans les grands et recevoir avec faste.

Cette affaire révèle ainsi une méconnaissance totale du milieu publicitaire, un monde à part, hors norme. Et c’est découvrir la lune que de condamner ce qui relève d’un mode de vie inscrit depuis toujours dans les gènes de toute une profession qui a depuis longtemps perdu le sens de la réalité. Il ne faut pas oublier qu’au milieu des années 80 de grands publicitaires, dont je  ne citerai pas les noms, se promenaient dans Paris avec des valises de billets, arrosant partis politiques, chefs d’entreprises et patrons de médias : l’argent a toujours été consubstantiel de la pratique publicitaire. Et si ces pratiques ont disparu depuis longtemps, les moyens financiers mis en oeuvre pour décrocher le client demeurent conséquents.
 
Je serai d’ailleurs curieux de savoir à quels niveaux de salaires évoluent aujourd’hui certains des cadres dirigeants de Vincent Bolloré chez d’Havas ou chez Euro RSCG ? Et à combien se montent les émoluments d’un Jacques Séguéla, baron historique d’Euro RSCG,  qui ne doit pas voyager en classe Eco quand il s’en va visiter ses filiales à travers le monde. Si la pub a fait, depuis le début des années 80, la fortune de toute une génération de publicitaires, aujourd’hui encore des créatifs d’agences, des patrons d’agences et des cadres dirigeants de groupes publicitaires sont débauchés à prix d’or et continuent de toucher des salaires sans commune mesure avec le monde du travail. C’est pour tout cela que cette querelle me semble vaine et qu’il y a fort à parier qu’elle fera «pschitt ». 
 

Comme en politique, il est dans le paysage télé des haines rancies. De celles qui se seraient réglées en d’autres temps au sabre, à l’aube, sur un pré. Alain de Pouzilhac a le nom et le physique pour cela. Cet ancien  publicitaire à la réputation de gascon, qui pilote aujourd’hui l’audiovisuel extérieur, (France 24, RFI), n’a pas de mots assez durs en privé pour celui qui le traque et l’étrille depuis maintenant 5 ans, son successeur à la tête d’Havas, Vincent Bolloré, (photo).

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3 Comments
  • 35 heures
    janvier 8, 2010

    Contrairement à ce que vous dites, le trains de vie des géants de la communication ne sont pas partout du même niveau.
    Seul Havas a continué depuis 30 ans à appliquer une politique spécifique d’arrosage et de traitement de ses clients, mélangeant politique et CAC40, affaire et cadeaux.
    Ni chez Publicis, ni chez WWP ni chez OMNICOM les choses ne sont ainsi gérées.

  • Renaud Revel
    janvier 10, 2010

    Non. Ces pratiques, en France, ont été généralisées au milieu des années 80, mais accentuées il est vrai chez Havas, qui a longtemps été l’un des bras séculier de l’Etat dans les médias. Mais je ne pense pas que des publicitaires comme Christophe Lambert ou d’autres figures du métier, passées par Publicis, pour le premier, BDDP ou CLM BBDO, pae le passé, pour ne citer que ces quelques grandes enseignes,n’évoluaient pas à des niveaux de rémunérations si éloignés de ceux en vogue chez Euro RSCG.

  • kiema michel
    janvier 13, 2010

    La différence existe entre le monde politique et celui des affaires,tout simplement parce que les uns sont des élus du peuple et d’autres ne le sont guère. Mais là s’arrête la comparaison. On sait que tout est lié,car aucun homme politique ne peut évoluer sans argent. Il doit souvent composer avec les industriels qui sont les vrais donneurs d’ordre dans les coulisses. Il suffit pour cela d’analyser,les liens anormaux qui font qu’on peut décider de noyauter les démocraties en occident,à cause des collusions entre le monde politique et celui des affaires.Ce constat n’est pas une vue de l’esprit mais une certitude. Je pense que la haine n’est qu’un sentiment qu’aucun peuple ne peut dominer. Déjà dans l’antiquité et bien au-delà on en parlait. Elle n’est pas un vice qui va disparaître.