Le projet de reprise de la régie de France Télés par le tandem Publicis-Courbit passe mal.

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Le moins que l’on puisse dire est que l’accouchement aura été difficile et que l’attribution du contrôle de la régie publicitaire de France Télévisions au tandem formé par le groupe Publicis et l’ancien patron d’Endemol, producteur de Loft Story, Stéphane Courbit, ne se fait pas sans mal. Réuni aujourd’hui, le Conseil d’administration de France de Télévisions a entrebâillé la porte en annonçant qu’il engageait avec Publicis et Courbit une négociation exclusive, avant de préciser que cet accord de cession reste suspendu à un arsenal de clauses qui vont faire l’objet de longues négociations.

Car l’affaire, qui est délicate, a pris un tour explosif depuis quelques jours : ce qui ne devait être qu’une simple formalité en septembre a pris au fil des mois une dimension politique, avec l’entrée en lice de Bercy et de l’Elysée. C’est que les acteurs principaux de ce dossier ne sont pas de sombres inconnus. Du côté du groupe Publicis, l’on trouve d’abord l’une des figures de l’establishment, Maurice Lévy. Ce dirigeant, à l’origine du séminaire de Davos, a depuis plus de 30 ans son rond de serviette à l’Elysée, à Matignon et au ministère des Finances : pas un dirigeant politique, de gauche comme de droite, qui n‘ait eu un jour à sa table, ce lobbyiste hors pair et patron de choc, un «killer» de la pub qui a su hisser son groupe au sommet. Or l’homme a pris sous son aile dans cette affaire l’une des jeunes pousses du monde des affaires. Après avoir fait fortune dans la télé réalité, où il a amassé quelques 200 millions d’euros, Stéphane Courbit s’est lancé comme un beau diable sur le marché des paris en ligne, avec à ses cotés le gratin du CAC 40, dont Bernard Arnault, le patron de LVMH. Et qu’il s’agisse de Maurice Lévy ou de Stéphane Courbit, chacun peut se prévaloir d’une bonne relation avec Nicolas Sarkozy, ce qui ne gâte rien.

Reste un troisième larron et non des moindres dans cette affaire: Alain Minc. «L’homme qui murmure à l’oreille du chef de l’Etat» joue un rôle moteur dans ce dossier. Il a mis toute son influence et son réseau relationnel au service de ce projet, pilotant Courbit dans les allées du pouvoir. L’influent conseiller du chef de l’Etat a jeté toutes ses forces dans cette bataille, au risque d’y laisser quelques plumes. Car au fil des semaines cet « axe » Lévy-Minc-Courbit, parrainé et adoubé par Bercy et l’Elysée, a finit par soulever critiques et inquiétudes. Jusqu’au PS qui réclame de la transparence et des explications.

Car les questions sont nombreuses: l’une des plus importantes concerne Stéphane Courbit. Ce producteur de télévision, possède, via sa société Banijay, l’émission de Nagui, N’oubliez pas les paroles , l’une des émissions  clé de France 2 et une machine à cash sur le marché publicitaire. D’où les interrogations sur l’incompatibilité qu’il y aurait à produire d’un côté des programmes pour France Télévisions et à tenir, de l’autre, le tiroir-caisse de la régie pub de ce groupe!
Autre question, celle de l’omnipotence de Publicis sur la régie des chaînes publiques. Silencieux, les groupes concurrents, comme Havas, désireux de ne pas perdre des contrats publicitaires de l’Etat, ne pipent mot pour l‘instant, mais en privé on indique qu’ils n’écartent pas des recours devant le Conseil d’Etat et le Conseil de la Concurrence.
Bref, cette affaire n’enthousiasme personne, pas même Patrick de Carolis que l’affaire embarrasse. Soucieux de ne pas avoir à avaliser les yeux fermés ce projet de reprise piégé de toute part, le PDG  de France Télévisions exige aujourd’hui du groupe Publicis et de Stéphane Courbit des assurances en béton armé. C’est ainsi que France Télévisions entend encadrer sévèrement cet accord. On va donc négocier pied à pied et durant des semaines. Avec l’espoir que, d’ici là, la température redescende. Pas si sûre.
 

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2 Comments
  • Donvega
    février 4, 2010

    D’autant plus que selon Mediapart, qui a enquêté sur cette affaire, il y a conflit d’intérêt car Alain Minc est à la fois conseiller du président de la république et actionnaire (3%) dans le Groupe de Stéphane Courbit. Il est d’ailleurs l’un de ceux qui a conseillé au chef de l’Etat la supression de la publicité sur FT. Il bénéficie, évidemment, d’informations privilégiées et peut influer l’actionnaire principal de FT pour en tirer bénéfice. Qui dit qu’une fois la régie de FT vendue au tandem Courbit/Levy, Minc ne recommandera pas au chef de l’Etat de remettre de la publicité sur les chaînes publiques ???

  • Fred
    février 19, 2010

    Mediapart a révélé ce soir que Courbit-Publicis paye 16 Millions pour racheter la Régie de FT mais récupère au passage plus de 13 Millions de trésorerie dans l’entreprise.
    C’est donc moins de 3 millions qu’est soldé la Régie, une bonne affaire pour une affaire entre amis !
    Dernière minute Mediapart est assigné pour avoir divulgué la vérité de cette transaction !
    http://www.mediapart.fr