L’insolite départ en fanfare du patron du JDD, Christian de Villeneuve…

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Rarement patron de presse sera tombé d’aussi hautEt je parle de piédestal. C’est en effet enrubanné de louanges et couverts de lauriers que le directeur de la rédaction du Journal du Dimanche, Christian de Villeneuve, a été prié hier de rendre son tablier, après que le groupe Lagardère, sous la plume de l’un de ses cadres dirigeants, Didier Quillot, ait salué ses états de service et son bilan en termes ronflants. Imaginerait-on un soldat conduit au peloton d’exécution décoré, encensé et une breloque à la boutonnière! Costume, épée, hommage, clairons et tapis rouge, rien n’a été oublié et Villeneuve s’en est allé remplacer par son dauphin, Olivier Jay.

Cet épisode pour le moins surréaliste et cruel pour l’intéressé est à l’image de ce groupe : une maison faite de baronnies où il faut avoir passé de longues années pour en comprendre les rouages, s’imprégner de son ADN et éviter les chausse-trappes. Journaliste émérite à la réputation excellente, Christian de Villeneuve n’est pourtant pas un homme à se laisser piéger. Cet ancien directeur de la rédaction du Parisien, dont il a fait le succès en succédant à Noël Couëdel, avait pris les rênes du JDD avec de l’ambition. Avec beaucoup de culot et d’énergie, il avait convaincu sa direction de lancer une version bi-hebdomadaire de ce journal que l’on peut trouver en kiosque dès le samedi matin. Une initiative insolite et regardée avec perplexité par le métier dont il était convaincu de la pertinence.

Un an après, le bilan de cette opération, que Lagardère a décidé de poursuivre, n’est pas un échec : si les ventes du JDD n’ont pas explosé, elles ont tenu et les recettes publicitaires ont quant à elles progressées, dans un marché en berne, de 10%. Et  le JDD, qui affiche des pertes, devrait selon ses propriétaires, atteindre l’équilibre cette année. Donc Villeneuve n’avait pas totalement démérité.

Mais il aura suffit de peu de choses, d’un grain de sable, d’un petit conflit avec sa rédaction, qui n’acceptait pas un projet de déménagement, qui s’accompagnait d’un rapprochement avec sa voisine  d’Europe 1 et d’une cabale montée par l’un de ses rédacteurs en chef pour que le couperet tombe. Diantre. Quand on sait qu’il a fallu deux ans au groupe d‘Arnaud Lagardère pour se séparer de l’ancien patron de Paris Match, Alain Genestar, l’auteur malheureux de la fameuse couverture sur « L’affaire Cécilia » et que le sort de ce confrère, coupable d’on ne sait quoi en vérité, s’est scellé en quelques semaines, cela laisse un peu perplexe. Je connais trop les rouages « Vaticanesques » du groupe Lagardère pour pas me satisfaire de ses explications. Et je ne suis pas loin de penser que l’éviction de ce journaliste procède avant tout de règlements de compte internes.

Fleuron français des médias, l’empire Lagardère est une petite république composée de chapelles, traversée de courants et peuplée de cardinaux richement traités, qui se jaugent et défendent âprement leurs territoires: l’édition d’un côté, la radio de l’autre, la presse plus loin, le sport ailleurs, chacun chez soi. Une république qui a son fief, la rue de Presbourg: un bel hôtel particulier où Arnaud Lagardère à ses bureaux et son QG. Et c’est de là qu’est partie la décision de se séparer de ce journaliste dont tout le monde s’emploie ce matin à saluer les mérites. Cherchez l’erreur. J’y reviendrai.    

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1 Comment
  • Chamussy Geraldine
    février 24, 2010

    Je compte sur vous pour éclaircir ce « mystère », car lectrice assidue du JDD, et auditrice fidèle d’europe 1, je n’ai que des compliment a faire a Monsieur de Villeneuve. Son éviction, est en effet troublante.