Un odieux agresseur de personnes faibles à l’Elysée…La chronique de Philippe Gavi.

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J’adore le ballet incessant des cotes de popularité.  Quelle est l’influence des médias ? Elle ne doit pas être terrible puisque la cote de l’homme censé les contrôler (selon Bayrou, Kahn, Joffrin, Plenel, Peillon, et les autres) est au plus bas, un 31 % d’opinions favorables. La dernière prestation de Nicolas Sarkozy, face à des Français, jugée plus qu’honorable par la plupart des experts politiques, n’a eu strictement aucune incidence.
Ce qui conduit à deux hypothèses : les médias n’ont aucune influence en tant que tels, et le public a l’esprit de contradiction ; c’est Titi contre Grosminet, cours toujours, tu ne m’attraperas pas. Les cotes de popularité des personnalités politiques sont en effet presque toujours inversement proportionnelles à leur fréquentation des télés et radios. L’absence, semble t-il, a valeur d’abstinence ; elle est signe de sagesse, de modération. Poussée à l’extrême, elle a même fait de l’immense J.D. Salinger un mythe de son vivant Après la parution de l’Attrape Cœur.en 1951, le romancier américain s’était totalement coupé du monde et des médias, « loin de toute conversation stupide »
Il y a certes l’école de Jacques Pilhan, théoricien de la raréfaction de la présence dans les médias, ou l’art de passer au bon moment dans le bon média. Je veux bien, mais ça ne marche pas forcément, et  ça ne marche pas pour Nicolas Sarkozy. Comme dit le dicton «  on ne donne pas à boire à un chameau qui n’a pas soif ».
Ce n’est pas que les Français n’ont pas soif, mais la France de Sarkozy est très désordonnée, hyper excitée, et terriblement anxiogène, à coups d’effets d’annonces de nouvelles lois, sanctions, peines, réductions d’effectifs, sacrifices.

Voyez la dernière saillie de Brice Hortefeux, après la découverte d’un couple de septuagénaires assassinésde 87 coups de couteau : il allait proposer une loi aggravant les peines des agresseurs des « personnes faibles ». Il a rajouté, du ton du mec qui a le doigt sur la gâchette, qu’il y aurait autant de lois qu’il faudrait pour faire régner l’ordre républicain. Au train où vont les faits divers qui émeuvent l’opinion, nos parlementaires ont du sang sur la planche. Michelle Alliot-Marie, sortie du rôle de la gendarmette chef, a rappelé au ministre de l’Intérieur que la loi n’était pas de sa compétence. En plus, ils se disputent le droit de sévir !

Les cotes de popularité, ce n’est pas une loterie. Je pense à Madame Stanislava, une dame de 76 ans, dans la catégorie donc des « personnes faibles ». Ce n’est pas un voyou qui l’a agressé, et lui a planté un couteau dans le dos, c’est l’Etat dont Nicolas Sarkozy est le chef. J’ai rencontré madame Stanislava sur la ligne de bus 69. Serveuse à la retraite, elle continue, pour survivre, de travailler au kiosque prés du Sénat. Née sur le sol français en 1934, de parents polonais, elle a eu droit à 21 ans à la carte d’identité française. Le renouvellement a toujours été une simple formalité. Jusqu’à l’année dernière où on lui a demandé un tas de choses impossibles, dont des documents attestant de ce qu’elle avait fait entre les âges de 16 et de 19 ans.

Madame Stanislava est sans papiers. Affaiblie. Humiliée. Est-elle encore française ? Elle n’est pas  cocardière, elle me dit qu’elle est citoyenne du monde, mais cette femme qui a fait de l’honnêteté sa vie est bouleversée à l’idée d’être jetée dans l’illégalité, comme une malpropre.
La fonctionnaire au guichet lui a dit que c’était la loi, les consignes. Voyant son désespoir, me raconte-t-elle, deux dames noires dans la queue ont proposé de l’aider.
Alors, madame Stanislava qui, si elle ne peut plus voter peut toujours être sondée, n’a  pas une opinion favorable de Nicolas Sarkozy, ni de Brice Hortefeux, malgré toute sa compassion pour les personnes faibles. Philippe Gavi

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