Voir de la haine dans les yeux de Villepin, est-ce du journalisme ou de la littérature ? La chronique de Philippe Gavi

par 5commentaires No tags 0

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Plus les Français croient aux médias, plus ils se méfient des journalistes. Selon le dernier baromètre La Croix Télérama, ils n’ont jamais été aussi nombreux à dire faire confiance aux médias, et aussi nombreux à dire soupçonner les journalistes d’être dépendants de pressions. Allez comprendre cet étrange paradoxe. A se demander s’il n’est pas typiquement français. Nous sommes tellement critiques que nous préférons le cheval au cavalier, la République aux républicains, la démocratie aux démocrates, la Justice aux juges, et les médias aux journalistes. Nous avons l’esprit tordu. Cela peut servir à l’occasion de tire-bouchon.
Que les journalistes subissent des pressions, le métier le veut. Qu’ils profèrent des faussetés qui leur sont dictées,  ou qu’ils le fassent de leur propre chef, par militantisme, cela arrive, mais beaucoup plus rarement que l’opinion ne le suppose.
Hélas, il suffit d’une phrase, un titre, une écriture hasardeuse, et le journal le plus sérieux peut prêter le flanc au soupçon. Relisons la page 3 du Monde du weekend. Un premier article titre « M. Marin : j’ai une conviction ». Surtitre : « Critiqué pour avoir interjeté appel de la relaxe de M. de Villepin, le procureur de Paris se confie au « Monde ». ».Ce qui suit n’est pourtant pas une interview, et débute par un pathos subjectif: « Un homme seul. Blessé. »  Le lecteur est en droit de se demander si le journaliste rapporte les confidences du procureur sous une forme rédactionnelle, avec en italiques des extraits « in » de l’entretien, ou si les éléments énoncés qui semblent indiquer que M. Marin n’est pas la marionnette qu’on dit ressortent de sa propre enquête. ..

La confusion stylistique s’accroit avec l’article en dessous, de Pascale Robert-Diard. Je lis : « La première fois que le procureur de la République à Paris s’est levé pour interroger M. de Villepin, un éclair de haine a jailli du regard du prévenu ». Diable, il est probable que l’ancien Premier Ministre ne porte pas son accusateur dans son cœur, mais la chroniqueuse judiciaire du « Monde » dispose-t-elle d’un radar et d’une longue vue pour être capable de repérer des  éclairs oculaires de haine, d’amour, ou autres sentiments  A ce compte là, on peut vite avoir, selon l’humeur, un visage d’assassin ou d’innocent.
Cela m’embête d’épingler Pascale Robert-Diard. C’est une excellente professionnelle, indépendante d’esprit, et elle éprouve une réelle passion pour chroniquer les procès. Le « je » étant banni dans l’écriture du quotidien du soir, je peux comprendre que le goût de l’écriture pousse à des métaphores théâtrales. En revanche, Le « Monde », pour rester de référence, doit faire plus que jamais preuve d’une rigueur scholastique. Il a titré, en gras, pour bien appâter le lecteur : « Un éclair de haine dans les yeux de Dominique  de Villepin ». Philippe Gavi.
 

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5 Comments
  • henri Michelet
    février 1, 2010

    Mme Pascale Robert Diard nous fait du Raphaelle Bacqué!
    C’est bien triste…

  • anderea
    février 1, 2010

    non c’est de la science fiction ,comment peut ‘on ressentir de telles émotions à la place de l’autre en ‘psy’ ça s’appelle de la projection)et je suis certaine que ce n’est pas le rôle des journalistes d’attiser la haine;moult editos que je ne lis plus par manque d ‘intérêt

  • marc
    février 1, 2010

    Cher Revel, vous semblez vous étonner de ce que les français doute des médias tout en déclarant leur donner plus de crédit, mais vous faites ici une généralité qui ne prouve que votre manque de compréhension du monde actuel. Les français font confiance aux journalistes comme frederic tadéi par exemple , mais font moins confiance a des journalistes comme vous, suite aux propos que vous avez tenu dans l’émission « pif paf ».
    Dans cette émission vous nous avez donné l’exemple même du journalisme que les français récuses, Frédéric Tadéi n’est pas la pour censurer ou juger les propos, mais en tant que véritable journaliste, laisse la critique s’exprimer, fusse t elle dérangeante pour vos oreilles d’adepte de la pensée unique.

  • loktar
    février 1, 2010

    pas étonnant quant on voit ceci !

    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ceux-qui-voudraient-la-tete-de-69178

    vive les médias indépendants , les « journalistes » de votre espèce sont en fin de vie .

  • Russell Armstrong
    février 8, 2011

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