L’incroyable initiative de 13 quotidiens chinois…La chronique de Philippe Gavi

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Combattre, ne jamais désespérer. Somme toute, le rideau de fer est tombé sans que grand monde n’est vu venir la chute de l’empire soviétique. Le mouvement est venu de l’intérieur de la société.Les sociétés communistes sont si opaques qu’on les voit à peine bouger. Pourtant, elles bougent. Elles bougent quand elles s’ouvrent à l’extérieur, quand elles font du commerce, des affaires. Les forces de liberté qui les travaillent sont toujours liées à l’émergence d’une bourgeoisie moyenne.

De la Chine, les médias retiennent d’abord les militants des droits de l’homme traqués, les syndicalistes réprimés, les journalistes persécutés. Et l’occupation du Tibet. Un événement médiatique n’en vient pas moins d’ouvrir des perspectives vertigineuses. Comment expliquer sinon cet incroyable événement : treize quotidiens chinois ont eu l’audace de publier le 1 er mars le même éditorial demandant au gouvernement de supprimer le hukou, ce passeport intérieur qui limite la mobilité entre la ville et la campagne. Je lis : « : « Nous pensons que les citoyens sont nés libres et que les gens doivent disposer du droit de se déplacer en toute liberté ». Même le « Quotidien du Peuple », l’organe central du Parti Communiste Chinois, a signalé l’initiative. Certes quelques heures après leur parution sur Internet, les éditoriaux ont disparu, mais ça, c’est la routine. Il ne semble pas qu’il y ait eu des sanctions.

On imagine les discussions qui ont eu lieu entre les responsables de ces quotidiens,  de toute la Chine, des provinces de Canton, de Mongolie intérieure, du Hénan, du Fujian, de la municipalité de Chongking, et bien sûr de Hong Kong. L’effervescence. L’excitation. Chaque mot a dû être pesé, ce « nous pensons que les citoyens sont nés libres ». Il est évident que si la police chinoise, omni présente, avait vraiment voulu bloquer l’initiative, elle l’aurait fait. Elle n’aurait pas laissé passer.
Il se passe donc quelque chose en Chine qui pourrait être de l’ordre d’une perestroïka. Il se trouve que le texte est paru quelques jours avant l’ouverture de la session de printemps de l’Assemblée nationale populaire, qui siège au Palais du peuple, place Tiananmen. Je parlais d’opacité. On ne sait à peu prés rien de ce qui se passe chez les dirigeants, au sein du PCC, et dans les instances provinciales, rien des luttes de pouvoir, mais, mais, mais.

C’est sûr que quand on s’attaque au problème tibétain, la société chinoise fait bloc. En revanche, sur les droits syndicaux, l’exercice de la justice, la lutte contre la corruption, la société totalitaire se fissure. L’économique commence à primer sur l’idéologique.
Il y a quelques années, j’avais rencontré à Paris des magistrats et avocats chinois en formation venus en France découvrir nos institutions et discuter avec des confrères. Ce n’était pas des monstres, bien au contraire, ils étaient comme vous et moi. Il arrive un moment où quand on exerce un métier, on tend à vouloir bien le faire. Les notions de justice, de compétence, d’efficacité sont universelles.
Effectivement, la mobilité va avec la liberté et la prospérité. D’ailleurs la première mesure que prennent les régimes dictatoriaux, c’est toujours de limiter la mobilité des populations. Cet éditorial commun est un signe, saluons ces journalistes et leurs amis qui ont bravé l’interdit maoïste, et réclamé l’abolition d’un système qui fait que des centaines de millions de chinois venus travailler en ville sont des sous citoyens. Philippe Gavi.

 

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2 Comments
  • Frederic
    mars 8, 2010

    Quel plaisir de lire Philippe Gavi. Chaque fois, un raisonnement qui sort des sentiers battus et une belle liberté de penser.

  • Capello
    mars 8, 2010

    « sans que grand monde n’est vu venir la chute de l’empire soviétique »

    n’AI vu venir…