De Pujadas à Chain, la difficile cuisine entre journalistes et policiers

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Des journalistes accusés d’être des supplétifs, des auxiliaires, de la police: en l’espace de uelques jours, deux affaires ont ré-ouvert le délicat débat sur la difficile relation entre journalistes et policiers. L’arrestation d’une vingtaine de pédophiles interpellés et mis en examen suite au travail d’enquête d’une équipe de journalistes de l’agence Capa, collaborant au magazine de David Pujadas, les Infiltrés, jete le trouble. Diffusée mercredi soir sur France 2, cette enquête est le fruit d’une longue chasse qui a vu un journaliste prendre sur Internet l’identité d’un mineur de 12 ans afin de débusquer des pédophiles présumés. Un travail de plusieurs mois qui a porté ses fruits, puisque ce reportage a permis l’identification d’une vingtaine de délinquants sexuels, puis leurs arrestations par la police.

Cette collusion entre policiers et journalistes pourrait choquer les puristes, au nom de la nécessaire dichotomie entre la fonction des uns et les règles d’éthique des autres. Le journaliste doit-il en toute circonstance taire ses sources et conserver secrètes ses informations, au nom de sa déontologie, quand la sécurité, la santé, quand ce n’est pas la vie, d’un tiers, qui plus est mineur, est en danger? Les dirigeants de l’agence Capa, Hervé Chabalier, son directeur, au premier chef, ont estimé que non. Et on ne peut qu’approuver la démarche qui a consisté à informer la police du repérage d’une poignée de pédophiles prêts à commettre l’irréparable.

D’autant que la loi est claire en l’espèce: l’article 443 du code pénal  oblige tout citoyen, même journaliste, d’informer les services de police, dès lors qu’un mineur de moins de 15 ans est susceptible d’être en danger. Dans le cas contraire, la personne qui laisserait commettre une agression sur mineur encoure 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende. On devine l’émotion et le souci de l’équipe des Infiltrés, qui n’a pas eu d’autres choix que d’alerter la police, quand les hommes harponnés sur la Toile confessaient des actes de pédophilie ou s’apprêtaient à en commettre…Toute la difficulté est de savoir ensuite où placer la limite entre ce qui découle de l’indispensable assistance à personne en danger et ce qui relève des règles du métier de journaliste. Si la question ne se pose pas ici, elle oblige le journaliste à une extrême rigueur dés lors qu’il s’agit de délits moins odieux.  

Informer, dévoiler, dénoncer, quand la morale et l’urgence l’imposent ; se protéger et résister quand la curiosité de la police ou de la justice devient intrusion : la nécessaire protection des sources du journaliste est l’un des problèmes les plus urgents à régler en France. En effet, les perquisitions au siège du Parisien, de L’Équipe et du Point et aux domiciles de certains journalistes, la mise en examen de Denis Robert dans l’affaire Clearstream et l’interrogatoire de huit journalistes ayant écrit sur cette affaire, la mise en examen de trois journalistes du Midi libre viennent rappeler périodiquement que la France est en retard sur la jurisprudence européenne. Votée par l’Assemblée nationale le 13 mai 2009, la loi sur la protection des sources ne tient pas franchement ses promesses. C’est ainsi que le journaliste n’est pas à l’abri d’une perquisition, si le juge l’accuse d’avoir dévoilé le secret d’une instruction. Et la justice s’autorise le droit de rechercher l’origine d’une information de presse lorsqu’un « impératif prépondérant d’intérêt public » l’imposera, à titre exceptionnel, en cas de crime ou délit grave et si cela est absolument nécessaire à l’enquête. Tout est dans cette formulation : si «l’impératif prépondérant d’intérêt public» s’entend dans l’affaire des Infiltrés, il ne doit pas être brandi à tout bout de champs. Et c’est la crainte de la profession.     

h-2-1670620-1251302509.jpgUne autre affaire fait du bruit depuis quelques jours. C’est celle qui a vu la police opérer une descente spectaculaire à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, alors que TF1 diffusait le même soir un reportage sur le trafic de drogue dans cette même cité, dans le cadre du nouveau magazine d’Emmanuel Chain, Haute-Définition.
On est ici un peu plus gêné aux entournures. La concomitance des faits oblige en effet à s’interroger: l’opération policière est-elle une réponse à l’effet produit par le sujet de TF1? Emmanuel Chain a déclaré à Libération n’avoir «renseigné personne». « Sauf », Jean-Jacques Herlem, le directeur adjoint de la police judiciaire de Paris. Invité à réagir au reportage dans une interview enregistrée cinq jours avant la diffusion de l’émission, ce dernier a indiqué, «je crois que cette situation ne peut plus durer». Herlem a-t-il déclenché cette vaste opération de police afin de ne pas laisser le terrain libre à la critique et le beau rôle à une chaîne qui l’avait informé du reportage réalisé sur place? Le doute est semé. 

 

    

 
 
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6 Comments
  • RDR
    avril 6, 2010

    Le problème n’est pas d’alerter ou pas la police, c’est de venir ensuite dans les média, avec le journaliste chargé de l’enquête, raconter que l’on a dénoncé les protagonistes concernés. L’homme pouvait s’en ouvrir à la police et fermer sa gueule derrière. Mieux s’assurer que ses interlocuteurs au sein de l’institution ne répondent pas à un journaliste éventuellement intéressé par ce cas de conscience.
    Car, si le caractère sordide de l’afaire balaie toutes les questions, l’intervention médiatique de l’équipe des Infiltrés plie toute enquête future sur le sujet pour au moins dix ans. Tabula rasa. Après nous, plus rien… mais on a notre conscience pour nous. Plus aucun pédophile n’acceptera de parler à un journaliste à moins que cleui-ci « s’engage » à ne pas le dénoncer. Voyez le cas de conscience pour le coup. Ou sauf à travailler complètement en caméra cachée : suivez mon regard.

  • RDR
    avril 6, 2010

    Franchement, on n’en avait rien à foutre de ce que les journalistes ont dit ou n’ont pas dit derrière. Ce n’est pas le sujet. Mais il fallait une légitimité, David Pujadas est aller la chercher. Et le résultat est bien foireux.

  • Beuve
    avril 6, 2010

    Bons citoyens-journalistes!
    Puisque l’article 443 du code pénal oblige tout citoyen, même journaliste, d’informer les services de police,tout est donc bien dans le meilleur des mondes…
    Ce genre de justification ( c’est pas moi c’est la loi )on l’a déjà malheureusement déjà souvent entendue au cours de l’Histoire.Quelle lâcheté.
    En décidant de faire cette enquête il était certain que la question serait posée à la fin…et on savait à l’avance comment on allait y répondre.
    La prochaine fois il n’y a plus qu’a se faire « aider » par la police pour enquêter.
    Pour faire encore plus d’audience je suggère un nouveau sujet: ces mères qui abusent sexuellement leur bébé.Ca existe demandez donc à la police…

  • patricia Harding
    avril 8, 2010

    Si l’on dit que dans notre société les droits et libertés de la personne prédominent par rapport aux droits et libertés de la collectivité, alors le code de déontologie n’a même pas lieu d’être évoqué dans cette discussion. Ce n’est pas tout le secret professionnel, il faut penser au delà des lois qui ont été mises en place pour d’autres raison et porter un regard critique sur leur pertinence et leurs conséquences dans certains cas. Rien n’est jamais blanc ou noir. Lorsque la loi protège l’agresseur au lieu de la victime, c’est qu’il y a eu déraillement en chemin.

    J’appuie à 100% le journaliste qui a eu le courage d’écouter sa conscience et qui ne s’est pas conformé à la règle comme d’autres l’auraient fait. La société française gagnerait à être composée de plus d’hommes qui se tiennent debout.

  • Mélanie
    avril 8, 2010

    Si ca peut faire réagir certains parents, leur ouvrir les yeux sur ce que leurs chérubins innocents peuvent faire/rencontrer sur Internet, quand seulement 10% des foyers ont un contrôle parental installé (le minimum du minimum!), moi je dis: faisons du sensationnel, y’a que ca qui fait réagir les gens!!
    ALors oui ca peut griller les enquêtes à venir, et encore…ces gens sont tellements avides et fiers de ce qu’ils font, ils se ferront encore avoir!

  • ESPEL
    octobre 23, 2012

    Madame, Monsieur,

    Je crois et j’en suis sur que vous aviez fait du bon travail.
    Sauf pour certain (es) personnes ça les dérangent, et il ne faut pas mettre le nez dans magouille.
    Le plus souvent ces personnes arrivent à faire toutes leurs possibles pour nous mettre les bâtons dans les roues.

    Je vous explique en quelques phrases, se qu’il m’est arrivé, et les documents que je possesèdée et des preuves à l’appui.

    Sur le territoire français à Paris plus exactement à Orly Ouest, là ! où les boeings 747 d’Air france à terrissaient.

    Pouviez-vous m’aider à faire enlever la voile qui cache lisage de ces pervers sexuels, et qui sont dangereux pour notre société. Surtout quand-il viol nos enfants.

    Sur le territoire français à Paris plus exactement à Orly Ouest, la où les Boeings 747 à terrissaient. Dimanche 14 septembre 2008, à 20h 30, avant le vol de ce Boeing n°A/F0679, départ de la Réunion destination Paris Orly Ouest.
    La caméra à toutes enregistré, et des documents à l’appui, personnes veulent se mouiller la dedans. Toutes les personnels navigants, ainsi y compris le commandant de bord, et certain(es) personnalités et quelques passager privilégiés on participés à des viols collectifs. Et ensuite un pervers nommé Jean Fred avait abusé les enfants. Ensuite, sur les paroles du commandant de bord, il a donné l’ordre d’allés chercher les enfants, et mon petit garçon de deux ans et cinq mois était présent. Ils ont abusés des enfants.
    Dans l’année 2003 à 2004 une hôtesse de l’air chez Air France, avait déposé une plainte contre ces collègues, l’affaire avait avancé tellement vite quand tout à coup ! Il tombe sur des hommes politiques. La police d’Orly connaît très bien cette affaire. <>
    Quand on voit nos responsable son des pervers sexuels et des pédo. Comment voulez-vous, que les gens se comportent dans la rue.
    Vous remerciant de m’avoir pu m’exprimer et de me tenir au courant.
    Et si vous pouviez m’aider à les faire démasquer ces pervers sexuels.

    Cordialement, Jean Louis