France Télévisions: Pierre Lescure en joker?

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Profil bas et silence radio : après les jours tumultes, qui ont vu Nicolas Sarkozy remballer en catastrophe la nomination d’Alexandre Bompard à la présidence de France Télévisions, suite à un geyser de  fuites dans la presse, l’Elysée verrouille. Renvoyée aux calendes grecques la décision n’est plus à l’ordre du jour : C’est tout juste si on ne fait pas mine, aujourd’hui, à l’Elysée, de découvrir que le mandat de Patrick de Carolis expire à la mi-août et que la question de sa succession est accessoire.  Ce qui devait se faire dans l’urgence début avril, au motif que le chef de l’Etat en a soupé de la gestion de l’équipe en place, semble être retombé comme un soufflet.
Oui, «semble »…Car en coulisses, les grandes manœuvres continuent et le chapitre France Télévisions constitue toujours l’une des priorités de Nicolas Sarkozy. Le cafouillage qui a vu certains entourages ou éminences, (à l’instar d’Alain Minc), annoncer précipitamment en petit comité  l’arrivée du patron  d’Europe 1, Alexandre Bompard, aux commandes de France Télévisions, aura eu trois conséquences.

Redonner la main à Claude Guéant. Le secrétaire général de l’Elysée a convaincu le chef de l’Etat de temporiser. La pagaille, sur fond de multiplication de fuites, offre aujourd’hui l’occasion au plus fervent avocat de Patrick de Carolis au Chateau de reprendre l’initiative. C’est lui qui distille depuis quelques jours dans la presse des bribes d’information indiquant que plus rien ne presse, que tout reste ouvert. Un écran de fumée, en vérité, qui permet d’assoupir des médias mis à la diète et de calmer un microcosme qui crie famine  depuis 10 jours : plus de rumeurs, plus de «On dit », plus de nomination. Les consignes de silence les plus strictes ont ainsi été données à tous ceux qui gravitent de près ou de loin autour de cette question.

Quant à Nicolas Sarkozy, il a fait comprendre, à qui veut l’entendre, qu’il ne tolérerait plus le moindre écart, la plus petite fuite: chacun a d’ailleurs pu observer, lors de la remise de la Légion d’honneur à la productrice Danièle Thompson, la semaine dernière à l’Elysée, la manière dont le chef de l’Etat a ostensiblement évité de croiser la main d’Alain Minc…

Trouver la bonne fenêtre de tir. Accaparé nous dit-on par bien d’autres priorités, (retraites, burqa, relations franco-chinoises…), le locataire de l’Elysée n’est pas pressé de faire place nette à France Télés. Et bein voyons…Cela fait des mois qu’il ajuste, jusque dans le moindre détail, dans son bureau, le nouvel organigramme des chaînes publiques, qu’il y reçoit tous les quémandeurs de la terre candidats à un poste ou à un autre, qu’il promet aux uns des programmes, aux autres des titres, qu’il consulte tous azimuts, et qu’il avait arrêté la date du 6 avril pour faire son annonce. Et voilà qu’on nous explique que l’heure est à la pause, qu’il convient de donner du temps au temps…
 

En fait, l’Elysée a désormais un objectif : trouver le bon moment qui permette d’installer une nouvelle équipe à France Télévisions sans créer de turbulences. Braqués sur Nicolas Sarkozy, les projecteurs de la presse seront peut-être moins puissants à l’approche de la Coupe du monde de football en juin, par exemple, une période sans doute plus propice à des annonces spectaculaires! D’autant que pour l‘instant, le chef de l’Etat, malgré certains messages de Claude Guéant expliquant l’inverse, n’a pas varié dans son choix : c’est toujours Alexandre Bompard qui a sa préférence.

Remettre en selle le favori de Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat n’en démord pas: Bompard est le meilleur. Et ce ne sont pas les interférences du microcosme qui infléchiront son opinion.  Mais l’ampleur de la bronca, qui a vu une partie de la presse et l’opposition critiquer le parachutage sur France Télévisions d’un cercle d’ «amis du président », oblige à quelques réajustements. Stéphane Courbit, à qui avait été dévolu la régie publicitaire de France Télévisions, va être sacrifié au nom des intérêts bien compris de l’exécutif: Cible de violentes critiques, l’ancien patron d’Endemol France, à qui l’on fait porter au passage un bien grand chapeau, va devoir faire une croix sur son projet de rachat de cette régie, dont le processus de privatisation bât sérieusement de l’aile. L’éviction de Courbit n’est d’ailleurs pas la chose la plus honorable qu’ait obtenu la presse. S’il est en effet exact que son statut de producteur d’émissions de télévision pouvait apparaître incompatible avec le métier de régisseur d’espaces publicitaires, les méthodes employées pour le démolir, ( connections financières fantasmagoriques avec Nicolas Sarkozy, entrelacs de réseaux d’influences sous-terrains tout aussi bidons), sont bien déplaisantes.   

L’autre réflexion de l’Elysée consiste à habiller la nomination d’un Alexandre Bompard, dont l’image a un peu souffert de cette polémique. Malgré une infinie discrétion et un parcours professionnel irréprochable, cet ancien cadre dirigeant de Canal+ n’a pas été totalement épargné par la bourrasque.

Or Nicolas Sarkozy, qui milite pour la constitution d’une véritable équipe dirigeante à la tête des chaînes publiques, pense lui adjoindre un parrain de poids afin de lui faciliter son intronisation par le CSA et les différentes commissions parlementaires de l’Assemblée et du Sénat en la personne de Pierre Lescure. Figure tutélaire de Canal+ et personnalité iconique du paysage télé,  l’homme des Enfants du rock et de Nulle Part Ailleurs, aujourd’hui à la tête du théatre Marigny, ferait un parfait joker. L’idée, qui fait sérieusement son chemin, fait plutôt «sens ». Qui irait en effet critiquer le retour au premier plan d’un homme qui a donné à Canal+ ses lettres de noblesse et dont l’expertise en matière de programmes n’est plus à démontrer?  Un ticket Bompard-Lescure en lieu et place du tandem Carolis-Duhamel? sur le papier, en tous les cas, ce binome aurait fière allure.               
 

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9 Comments
  • gimmix
    avril 28, 2010

    Mr Revel,entre le post d’hier concernant une rubrique indigente du sieur Carlier et la brosse à reluire dont vous faites un usage plus qu’intensif envers le sieur Bompard,votre but ne serait-il pas d’obtenir une place plus valorisante que celle de chroniqueur potiche dans l’émission « Pif Paf »

  • serge surpin
    avril 28, 2010

    L’année dernière à Deauville, lors du festival du livre, j’avais posé la question à Pierre Lescure sur un éventuel retour à la direction d’une chaîne de télévision.

    il m’a répondu qu’il n’en avait absolument pas envie
    « la page est tournée », il faut faire autre chose

    s.

  • EJ05
    avril 28, 2010

    A moins qu’une nouvelle réforme de la loi ne chamboule les choses (ce qui peut toujours se produire !), le fait que Pierre Lescure soit âgé de 65 ans lui interdit toute possibilité de diriger une chaîne ou un groupe sur le service public.

  • nicolas
    avril 28, 2010

    « chacun a d’ailleurs pu observer la manière dont le chef de l’Etat a ostensiblement évité de croiser la main d’Alain Minc. »

    On se croirait revenu à la cour de Versailles sous Louis XIV où un geste, un regard en biais valait une disgrâce. Au secours !!!!

  • dommage
    avril 29, 2010

    Il a d’ailleurs, dit lui même, Pierre Lescure, dimanche matin sur france inter dans l’émission les croissants présentée par florent chatain, que le poste ne l’intéressait pas, trop administratif !

    le lien ici

    http://florentchatain.fr/audio/lescure.Mp3

  • Martino
    avril 29, 2010

    Et pourquoi pas Michel Drucker ?

    😉

  • otello
    avril 30, 2010

    decidemment ,mr Revel ,vous en dites beaucoup de bêtises….entre Lescure qui a dit (avant votre article) ne pas être interresse,après avoir dit que sarkozy a boudé la main de Alain Minc pendant la remise de médaille a Danielle Thompson…c’est con Alain Minc n’était pas présent…(en plus ils ont dine ensemble le lendemain) que ne dirait on pas comme mensonges pour dénigrer quelqu’un ,tout ça pour ça….des rumeurs ,des racontars ,des infos pas vérifiés…c’ets bien la peine de taper sur les autres,quand on n’est pas soi même propre, intègre.et irréprochable …
    les journalistes comme les politiques ,a mettre dans le même sac vous êtes des baratineurs….

  • persia alain
    mai 7, 2010

    j ‘espère que la sagesse va l’emporter et que NICOLAS SARKOZY va fare preuve de fair play.
    Le bilan de P.DE CAROLIS est remarquable et correspond en tous points aux exigences de qualité des programmes et de bonne gestion voulues au fond de lui par N.SARKOZY.
    Alors pourquoi ce dernier va t il céder à des courtisans médiocres qui mettront à mal le service public?
    A BOMPARD a l »gèrement redressé l’audience d’Europe 1 mais à quel prix? Des recrutements massifs d’animateues et de chroniqueurs surpayés , des dépenses somptuaires et des purges sournoises qui ont créé un malaise dans cette station mythique et plmoberont rapidement les résultats financiers du groupe Lagardère.
    Alors je conseille au Président SARKOZY de renouveler le mandat de P DE CAROLIS. Cet acte de sagesse lui vaudra un élan de sympathie des télespectateurs.

  • Doussou Alain
    mai 16, 2010

    SarKome a expliqué que le fait d’être l’actionnaire principal lui donnait le droit de nommer le patron de France Télévision. Il me semble que l’actionnaire principal n’est pas l’autocrate de l’Elysée mais les millions de personnes qui payent la redevance télévisuelle. Je propose que les membres du CSA soient nommées par tiers par les instances suivantes :
    L’association des Maires de France, celle des Présidents de Conseil Général et celle des Présidents de Conseil Régional. Ce sont les élus les plus proches des citoyens. Enfin, la Présidence du CSA serait attribuée par vote interne des différents conseillés et ce serait eux qui désigneraient, par vote, le (la) Président(e) de France Télévision parmi l’ensemble des candidats, après appel à candidature, en respectant toutefois un certain nombre de critères de compétences.