Quelle grève?

par 7commentaires No tags 0

image-presse-internet.jpg

 

 

 

 

 

 

L’absence en kiosque des quotidiens nationaux depuis maintenant deux jours est riche d’enseignements. Il aura fallu en effet ce mouvement de grève d’une autre époque pour se convaincre d’une chose dont on nous rebat les oreilles et qu’une majorité de journalistes feignent encore d’ignorer: le monde a changé et notre rapport aux médias, également. Car là où il  y a encore trois ou quatre ans les non-distribution des principaux quotidiens français aurait laissé leurs lecteurs en déshérence, c’est tout juste s’ils s’en aperçoivent aujourd’hui. Car depuis 48 heures, des dizaines de milliers de lecteurs, dont je suis, s’en vont chaque matin naturellement consulter sur Internet les versions électroniques de ces quotidiens, avec ce  même réflexe qui nous voyait, en début de semaine, faire un stop au kiosque du coin de la rue.

En l’espace de deux jours, le papier a disparu de nos habitudes sans que nous ne soyons pour autant en état de manque. Aucune fébrilité observée parmi nos proches ou nos voisins de bureaux, pas d’énervement devant des kiosques a demi-vides.  Et nul besoin de sevrage, aussi: en deux jours, nous avons appris à nous déporter tranquillement vers nos écrans ordinateurs ou nos consoles portables : confirmation, s’il en était besoin, que le numérique est définitivement ancré dans nos habitudes.

Et il n’y a que les nostalgiques, dont je suis parfois, et les gros bras du Livre CGT, qui s’accrochent de manière illusoire à leurs derniers bastions, comme hier les dockers, pour s’illusionner: la presse quotidienne mondiale, dans sa version papier, est en train de disparaître à une vitesse fulgurante. Et ce conflit du moment ne fait que confirmer le fossé spectaculaire qui se creuse entre une profession désespérément arrimée  à de vieux schémas de journaux et un lectorat qui a profondément modifié ses habitudes. En témoignent l’érosion croissante des chiffres de ventes de la presse quotidienne, et pas seulement, et la progression, non moins régulière, des consultations sur Internet. Ainsi cette grève sonne comme un tocsin : elle confirme la crise de modèle que connaît la presse, elle signe l’arrêt de mort d’un syndicat archaïque et elle devrait inviter les patrons de journaux à accélérer l’inévitable mutation d’une industrie condamnée à basculer, dans des délais bien plus brefs qu’on ne le pense, dans le tout-écran. Une profession qui tarde pourtant à franchir définitivement le pas, pétrifiée à l’idée de basculer d’une ère à l’autre et de refermer à jamais une page plusieurs fois séculaire. En témoigne d’ailleurs une profession déboussolée, qui voit d’un côté la version papier de La Tribune pérécliter pour basculer à très court terme sur la Toile. Et de l’autre, un oligarque russe relancer France Soir à grands frais, avec l’assurance d’y laisser sa chemise. Pragmatisme ici, illusion là.
 

0
7 Comments
  • Irène Lopez
    avril 22, 2010

    Pas d’accord. Moi, je suis en manque. Et je chouine depuis deux jours chez mon libraire.
    Autre désaccord sur le passage au tout numérique. Nous, les journalistes, ne rechignons pas à passer sur le web. Le problème est que le modèle économique du tout numérique n’est pas encore trouvé. C’est notre seul frein.

  • tdp
    avril 22, 2010

    Se pose de façon sous-jacente la problématique du mix rédactionnel pour la presse quotidienne: quelles rémunérations relatives tirer du print et du web?
    Le report vers la toile, ces deux derniers jours, aurait-il été aussi massif si les sites des quotidiens avaient été exclusivement payants?

    La numérisation des éditions sera sinon définitive, du moins prépondérante, lorsque les supports de consultation seront de meilleure qualité, plus accessibles et plus largement diffusés.
    Il a fallu à peine 10 ans pour que le téléphone fixe supplante le mobile. Là réside peut-être un point de comparaison.

    Autre chose, tant que la publicité papier demeurera plus performante que sur le web – et elle l’est dans des propotions considérables -, le print conservera sa légitimité.

    La question n’est pas de savoir si l’impression perdurera mais plutôt quand elle disparaîtra. A mon sens, la réponse tient pour partie dans la vitesse de perefctionnement du modèle économique de diffusion numérique.

  • Roger Joly
    avril 22, 2010

    Avant de parler de nouveau modèle économique ne pensez-vous pas que pour que les lecteurs accèptent de payer pour la lecture d’articles (imprimés ou sur un écran) il faudrait pour que que le contenu soit autre chose que des compilations de dépêches d’agence, des faits divers ou des opinions dignent souvent des discussions du café du commerce?

  • brodyaga_72
    avril 23, 2010

    Good!!!

  • lawyer
    avril 23, 2010

    Good!!!

  • library
    avril 23, 2010

    La numérisation des éditions sera sinon définitive, du moins prépondérante, lorsque les supports de consultation seront de meilleure qualité, plus accessibles et plus largement diffusés.