Quand les Infiltrés traquent les pédophiles et les livrent à la police, sont-ils encore des journalistes ? La chronique de Philippe Gavi

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Où est l’erreur ? Le dernier numéro des « Infiltrés », l’émission produite par CAPA pour France 2, aurait du ouvrir un débat sur les pédophiles. Il en est ressorti un débat sur les journalistes à donner le vertige! 95 % des journalistes pensent que les reporters « infiltrés » n’auraient jamais dû dénoncer les pédophiles à la police, et 95 % du public pense que si. Les positions semblent incompatibles, le divorce total. Ce qui n’arrange pas l’image des journalistes, déjà exécrable.
Le débat s’est axé sur la question de savoir si les journalistes peuvent être des auxiliaires de la police? Les journalistes avancent, avec raison, que non, sinon, la profession est foutue : plus personne ne nous parlera  Jusque là, le public comprend et approuve. Toute une culture romanesque et cinématographique et sans doute autre chose rend détestable qui cafte, dénonce le petit camarade, le voisin, le bandit en fuite. 
Le public comprend aussi que pour l’exercice de son métier, le journaliste doit bénéficier d’un statut extra légal, tel que pouvoir  protéger ses sources, et respecter la parole donnée. Personne ne s’est jamais offusqué qu’un reporter interviewant un bandit en cavale ne le livre pas aux flics.
Sa perception de la situation change cependant radicalement quand le gibier est un pédophile ; il ne perçoit pas le journaliste infiltré comme un auxiliaire de la police mais comme un homme qui a empêché le pédophile de commettre de nouveaux crimes.

Le public ne comprend pas que les journalistes se retranchent derrière une charte, une éthique professionnelle. Qui décidera, objectent-ils, que tel criminel est plus abominable que les autres ? S’en reporter à la conscience, et l’appréciation personnelle est dangereux. Penser  à ces citoyens consciencieux qui au nom d’Allah, de Dieu, du Communisme ou du führer s’attaquent aux déviants, aux immoraux, aux ennemis de la société et de Dieu.
D’accord, opine le public, mais ce sont des abstractions, des dogmes. Nous, on a retenu que ces pédophiles ont été arrêtés à temps, la fin justifie les moyens.
Ce débat est alors sans issue ? Non. Il a été mal posé, la faute à la conception de l’émission. Ce n’est pas un reportage, c’est une traque. Les enquêteurs se font passer sur des sites adhoc pour Noémie et Jessica, 12 ans, ils appâtent les pédophiles, prennent rendez vous. Au lieu dit, le journaliste infiltré réceptionne le bonhomme, lui annonce qu’il est journaliste, le questionne sur ses pratiques, puis le signale à la police.

Le public s’est même demandé « que fait la police ? » Pourquoi une bande d’amateurs a réussi, en quelques mois, à coincer une vingtaine de pédophiles?
Rien ne démontre que les prises allaient passer à l’acte, peut-être n’était-ce que purs fantasmes. On a aussi du mal à croire qu’une fillette se laisserait piéger par un mec qui lui tient des propos graveleux sur sa sexualité et son âge. Mais sait-on jamais !
Hervé Chabalier, le patron de CAPA, n’est pas un imbécile. Si un  de nos pédophiles, s’est-il forcément dit, violait un enfant, et si, à la diffusion, quelques mois plus tard, un journal révélait qu’on savait (la police se sera fait un plaisir de filer le tuyau),  que la fillette aurait pu être sauvée, CAPA et France 2 sont morts. « Ces pourris feraient tout pour vendre leur salade ! ».
Mieux vaut prévenir Tous les pédophiles croisés ont été livrés, quel qu’ait été le niveau d’alerte.
Il eût donc fallu inverser la question en débat: ce n’est pas « le journaliste peut-il être un auxiliaire de la police ? » mais « l’auxiliaire de police peut-il être un journaliste ? ».  PG
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4 Comments
  • jean Meyran
    avril 12, 2010

    En point d’orgue, qu’avons-nous appris sur les pédophiles ?
    Rien…
    Le dispositif est là pour faire le spectacle, pour frissonner en devinant le gros québécois en train de s’exciter, pour se faire peur…

    Il a l’impression d’avoir découvert quoi, le journaleux ?

    Pitoyable, j’ai honte pour Chabalier
    Bonjour chez vous
    @jmeyran

  • CP
    avril 12, 2010

    Dans la somme qu’ils ont consacrée à mai 68, Hamon et Rotman évoquent le jeune étudiant Chabalier transportant des pavés dans sa Fiat 500; on voit le chemin parcouru ! Du col Mao aux gros cigares du capitalisme audiovisuel ? Surtout quand on se souvient de sa complaisance, en tant que représentant professionnel, lors de je ne sais plus quels états généraux sur le devenir de la télé publique. On voyait bien quels intérêts il défend désormais, tout comme Karmitz.

  • anderea
    avril 12, 2010

    *c’est un vrai problème le secrêt professionnel il devrait y avoir des levèes ,des référents encadrés par la direction .
    dans d’autres métiers comme les entretiens thérapeuthiques lorsqu’une personne fait des confidences sachant qu’on est sous le sceau du secrêt! de même pour les avocats etc..
    une personne qui vous délivre son crime ,inceste etc..on en fait quoi?on peut toujours travailler pour l’amener à faire une démarche mais on pas le droit de le livrer à la police ,on est tenu par le secrêt professionnel sous peine de poursuites :pour le journaliste c’est pareil

  • Christophe
    avril 12, 2010

    Rien n’empéchait ce journaliste de dénoncer ces pédophiles, et d’arrêter son reportage et annuler sa diffusion, pour ne pas causer de tort à la profession, si ce problème de conscience lui était trop difficile à gérer.

    Il est là le vrai scandale pour moi… Or, si tout le monde se demande s’il fallait dénoncer ou non les pédophiles, personne ne se demande s’il fallait diffuser le reportage dans le cas où ils étaient dénoncés.

    Comme si le fait d’arrêter un reportage et du coup, perdre de l’argent, n’etait tout simplement pas envisageable ou en tout cas beaucoup moins que de dénoncer ou pas des pédophiles…
    Inquiétant….