Questions sur le Grand Journal

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«Une pincée d’info, un zeste de débat, des louches de glamour et de fausse impertinence…Le Grand journal de Canal, le talk-show le plus calibré et le plus couru tourne en rond. Où est donc passé l’esprit Canal ? »

C’est ainsi que Télérama démarre, dans sa dernière livraison,  un long article qui s’apparente à une entreprise de déboulonnage. Décortiqué, «scannérisé», le rendez-vous de Michel Denisot est raboté au rang d’un produit de marketing formaté, désincarné, aseptisé. Si je reviens sur cet article, c’est qu’il pose de vraies questions mais suggère des réponses pour le moins biaisées. Du Télérama pur sucre. Classique, le procédé de l’hebdo, employé ici, est à l’image de ce journal. Car voilà  un magazine prestigieux, dont la vocation est d’entretenir avec le petit écran une relation schizophrénique. Pourrait figurer au fronton de ce journal ce postulat, greffé dans chacun des cerveaux de ses journalistes: la télévision, notre fond de commerce, est par définition un instrument d’asservissement et de décervelage de la société. Toute tentative d’y introduire de l’intelligence ou de l’explication est forcément vouée à l’échec, puisque l’outil lui-même est par définition vulgaire. 

Donc, Denisot.

Un mot d’abord sur ce fameux « esprit Canal». Cette expression tarte à la crème plaie beaucoup à tous ceux qui, nostalgiques, se raccrochent à l’idée saugrenue que la chaîne cryptée fut par le passé un paradis cathodique, la Mecque du Paf, un sanctuaire où tout n’aurait été qu’innovation, folie créatrice et subversion : une sorte d’alternative « Ovniesque » à la télé de papa. La bonne blague et un bien joli cliché. Car Canal+ a toujours été à mes yeux qu’une grande entreprise de divertissement pilotée par une génération de dirigeants qui avait eu l’intelligence d’y inoculer des talents à l’imagination un peu plus débridée que la moyenne et à qui Rousselet et Lescure, hier, Méheut et Belmer, aujourd’hui ont eu le bon goût de laisser les coudées franches. Une chaîne appliquée à soigner ses bilans financiers, arc-boutée sur ses résultats et  dont les principaux ressorts commerciaux reposaient, et reposent toujours, essentiellement, sur la captation de droits, sportifs et cinématographiques. Seules ses tranches en clair posent son image et font office de vitrine commerciale. C’est ainsi que Nulle part Ailleurs en son temps fut le ferment de ce fameux « esprit» dont on se gargarise, alors que ce programme n’était seulement qu’une excellente et décapante émission de plateau emmenée par un tandem miracle, (Gildas-De Caunes), qui avait eu simplement l’intelligence de pousser un peu plus haut le curseur en dépoussiérant le genre. De la bonne télé, quoi.  

« La dictature du concept». 

C’est le premier péché du Grand Journal, pointé par Télérama. Ce programme serait une implacable mécanique de précision. Faux. Pour la regarder quasi quotidiennement, je constate que malgré son  déroulé chronométré et son aspect  formaté, cette émission est en perpétuel mouvement. Il y a toujours un Ali Badou ou un Jean-Michel Aphatie pour bousculer son ordonnancement. L’émission va vite et son « séquençage» oblige ses chroniqueurs à aller au plus près et au plus juste. Ce qui lui donne, pour finir, à la fois du nerf et du contenu. Quand son concept pourrait l’enfermer dans la monotonie, ce qui n’est pas le cas. 

« L’art de mettre en scène le spectacle politique »

Et c’est tant mieux. Qu’on le veuille oui non, Le Grand Journal a plus que sensiblement modifié le rapport de la politique à la télévision. Moins cadenassé, moins verrouillé, moins amidonné, le discours y est souvent plus ouvert, plus riche en contenu et parfois plus spectaculaire. Villepin, Frèches, Mélenchon, Royal…il s’est dit sur ce plateau plus de choses que dans bien des journaux de 20 heures de TF1 et de France 2. J’ajouterai même que cette mise en lumière de la politique la valorise et lui donne parfois une densité qu’elle a perdue par ailleurs. Loin de la réduire à un pur objet cosmétique, Le Grand Journal la remet au centre. Et c’est bien. Cet angle d’attaque est d’autant plus malvenu que la tonalité des chroniques de Jean-Michel Aphatie est à l’origine du rafraîchissement des relations de ce journaliste avec l’Elysée, où Nicolas Sarkozy le tient à distance. J’ajouterai même que si le Grand Journal est devenu pour la classe politique « the place to be», c’est parce qu’elle sait que la liberté de ton qui y règne donne à ses propos une résonance toute particulière.

«L’impertinence consensuelle» 

Débusquer les petites phrases, désacraliser la politique en allant chasser dans les recoins, faire tomber les masques en jouant du poil à gratter: l’efficacité du Petit Journal de Yann Barthes a fait ses preuves. Un ton qui va au-delà de la simple impertinence. Pour preuve, là aussi, l’irritation que provoque cette séquence quotidienne à l’Elysée, toujours, comme dans dans les états-majors politiques. On peut en effet railler ce petit numéro potache, au nom d’une certaine forme de facilité, mais je suis de ceux qui regardent le travail de Yann Barthes avec l’œil du journaliste qui y trouve un angle de traitement décalé de la politique. C’est souvent dans les détails et l’accessoire, que  se niche la vraie nature d’une personnalité. Il y a de plus une sorte de plaisir jouissif à voir certains ténors se faire épingler: le Petit Journal aura contribué, plus que tout autre média, à plomber  l’image d’un Eric Besson pris à plusieurs reprises, sous les caméras du Petit Journal, en flagrant délit de dérapage incontrôlé.  
 

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11 Comments
  • Antoine
    avril 13, 2010

    Autant sur le « Petit Journal » je suis d’accord avec vous.

    Autant sur le « Grand Journal » sorte de machine promotionnelle de tous les discours des attachées de presse sous couvert d’une émission impertinente et fraiche, ça fait longtemps que je ne me fais plus avoir.

    Pour moi, cette émission est une vitrine de l’idéologie Vivendi ou seule compte la rentrée d’argent sur les activités du groupe (un monde de…), et c’est ça le plus agaçant. Se faire refiler un film, un disque ou un forfait de portable par une publicité gigantesque a la fin ça montre les limites du CSA dans son devoir de sanction sur la publicité clandestine.

  • Bon
    avril 13, 2010

    Le principal, c’est qu’on ne parle pas de l’obsession à copier l’impertinence de la télévision américaine, comme la dernière livraison, Yann Barthes, qui a si bien copié John Stewart qu’il finit par passer pour original, même si, avec ses nouvelles qui sont des News, un journaliste un peu curieux aurait pu s’en rendre compte.

    Il est vrai que la télé américaine est l’héritière de plus de deux siècles de Premier Amendemant et de liberté de la presse, alors que Canal+ occupe le canal de diffusion herzien de l’ancienne ORTF… Entre ces deux héritages, Canal a fait le bon choix.

    Excellente réflection quand même sur Télérama, un magazine prestigieux de télévision. Prestigieux si on considère que la bobocratie de gôche monopole du coeur et de la pensée qui lit Télérama est prestigieuse, Renaud Revel a oublié de préciser.

    Mais pourquoi ne pas dire tout simplement que Télérama est un journal profondément catholique fait pour absoudre les péchés de ses croyants qui ne peuvent s’empêcher de fauter en regardant la télévision?

  • alain Borderon
    avril 13, 2010

    F….. Télérama.
    25 ans de Canal derrière moi, et moi je suis toujours client.
    c’est toujours mieux à prendre que TF1.
    Peut -être que le rédacteur de l’article est assidu de Laurence Ferrari ???

  • thierry
    avril 13, 2010

    classique LE BOBO REVEL aime CANAL+ chaine branchée parisienne qui n’est regardée que par 5% de teléspectateurs!!!
    et pourtant CANAL + est très important dans les médias ……………parisiens!!

  • Gilbert
    avril 13, 2010

    L’Elysée tiendrait Aphatie à distance ? Je suis mort de rire. Chaque fois qu’Aphatie s’est retrouvé face à Sarkozy, il se comportait comme un petit garçon. Il est fort avec les faibles et courbe la nuque devant les puissants, ce type.
    En plus, la lâcheté est partagée. Au Grand journal, on chasse en meute. Suffit de se rappeler le passage de Jean-François Khann. Il avait face à lui Denisot, Aphatie, Badou et Massenet (une vraie blonde, celle là avec ses questions toujours ineptes, offrez lui un cerveau !)
    Quand à dire qu’on en apprend plus au Grand journal qu’aux journaux de 20 H, franchement, c’est pas difficile. Dans un 20 H, il n’y a pas plus d’infos que dans une seule page de Libération…

  • anderea
    avril 13, 2010

    tout à fait d’accord .Mais personne est dupe ^_^or c’est la seule chaine où je me détends en laissant mes neurones au repos …ça fait du biennnnnnnnnnnn vas y canal plus !^_^
    sur les autres chaines c’est la pré -sénilité à l’ heure des infos autant regarder canal +

  • JFR
    avril 13, 2010

    Concernant le Petit Journal, je distingue deux phases :
    – celle de la captation est intéressante, à savoir saisir et montrer les instants très révélateur de la vie politique ou publique.
    – celle parfois insupportable du montage, où il s’agit de faire dire aux images des choses par différents effets. De la vraie manipulation.

    Ce que je regrette de l’esprit Canal, c’est l’esprit d’ouverture qui était le sien avant, j’en veux pour preuve les prestations musicales en direct. Je me souviens de l’époque de la diversité, où était diffusé tous les genres populaires, incluant par exemple le metal. Aujourd’hui ce dernier est relégué en chronique rapide et orientée (exemple Rammstein ou Marylin Manson), ou plus énervant en sujet de moquerie dans le Petit Journal (entrée des concerts).

  • Martino
    avril 13, 2010

    Gildas pour Nulle Part Ailleurs s’était toujours refusé à inviter les politiques dans l’émission.

    Denisot, proche ami de Sarkozy (et Balladuro convaincu depuis 1993) a largement contribué à défendre le candidat UMP aux présidentielles. Désormais, il fait feu de tous bois pour descendre à tout-va, Ségolène Royal, pour les mêmes motifs.

    L’autre point de litige concerne un tabou absolu dans les médias : la publicité injustement accordée à la chaîne payante la plus rentable du monde, pour ses émissions en clair. Qu’on ait pu défendre cette idée entre 1984 et 1990 pour son démarrge, soit. Mais qu’on prélève une considérable part du gâteau aux chaînes gratuites de la TNT, c’est quasiment du hold-up.

    Canal+ est un outil de lobbying absolu. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’en dépit de ses soi-disant records d’audience, elle est battue par ARTE et par n’importe quelle radio FM.

  • Martino
    avril 13, 2010

    Citation de « BON » :
    « Canal+ occupe le canal de diffusion herzien de l’ancienne ORTF… »

    C’est désormais faux car Canal+ exploite les mêmes fréquences (UHF) que toutes les autres chaînes de la TNT.

  • donvega
    avril 13, 2010

    C’est l’hôpital qui se fouit de la charité. Télérama est totalement calibré et marketé pour plaire à sa cible bobo/gaucho. Beaucoup de culture branchouillo-parisienne, un zeste de grandes causes humanitaires, la mise en avant de grands penseurs germanopratins et un dézingage systématique des chaînes de télévision privée, seule Arte/Artung , chaîne alibi pour ceux qui ne ratent ni la Ferme ni Top Chef mais n’osent pas l’avouer, trouve grâce à leurs yeux rapaces.

  • Depuydt Gratienne
    octobre 13, 2010

    ils ont voullus que nos enfants vont a l’école et bien, ils sont en train de refléchir sur la suite a donner.