Retour sur une semaine de dupes.

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Le grand cafouillage qui a vu l’Elysée se prendre les pieds dans le tapis la semaine dernière à propos de la nomination avortée d’Alexandre Bompard à la présidence de France Télévisions, un carambolage auquel sont venus s’ajouter les ratés de la privatisation de la régie de France Télés, mérite un retour en arrière et quelques explications. Car si cette séquence relativement ubuesque a donné le sentiment d’une extraordinaire confusion au plus haut niveau de l’Etat et d’un amateurisme certain de la part de Matignon, dans l’affaire de la régie, ce grand foutoir trouve ses origines dans un enchaînement de dysfonctionnements qui donnent une idée assez claire de la désorganisation qui règne au sein de l’exécutif. 

Un patron de chaîne locataire de l’Elysée

Nicolas Sarkozy, on le sait, aime régenter l’audiovisuel. Depuis son arrivée à l’Elysée, la presse regorge d’anecdotes de son empressement à tout régenter: des mouvements de personnes, (journalistes et animateurs), aux projets d’émissions, qu’il freine ou encourage. Nombre de professionnels de l’audiovisuel, qui l’ont compris depuis le premier jour, sont allés ainsi tire les sonnettes avec plus ou moins de succès: de Patrick Sabatier à Daniela Lumbroso.  

Ainsi, la question de la succession de Patrick de Carolis à la présidence de France Télévisions a été depuis les toutes premières heures son affaire. Rarement locataire de l’Elysée n’aura autant consulté, écouté, démarché, pour un poste hautement symbolique à ses yeux. Rarement chef de l’Etat aura pesé à ce point sur le processus d’une nomination, dont il a voulu tout verrouillé, exigeant des candidats approchés, organigramme, projet éditorial et plan de développements. Un goût du détail qu’il a poussé à l’extrême, en veillant à ce que la future organisation de France Télévisions soit fidèle à ses souhaits: la tête des uns, la promotion des autres…. Transformé ainsi en une annexe du Pole Emploi, son bureau a vu se finaliser le projet de reprise de la régie publicitaire par Stéphane Courbit, comme l‘ascension programmée de longue date d’Alexandre Bompard, à qui fut promis la présidence de France Télés.

Dans ce contexte qui voit une présidence régalienne organiser par le menu une réorganisation globale des chaînes publiques, Matignon et le cabinet de Nicolas Sarkozy n’ont pas de poids. Si François Fillon suit le dossier, en prenant bien garde de ne pas y laisser des plumes, son influence est quasi nulle. A l’Elysée, même topo: seul le secrétaire général, Claude Guéant, est associé de près à la réflexion. Mais son rôle s’arrête là: son bureau a beau voir défiler les visiteurs, il n’est qu’un lieu de transit où nombre de responsables de l’audiovisuels et quelques éminences grises tentent de trouver de l’info ou un soutien.
Car c’est dans la pièce à côté, chez le président de la République, et lui seul, que les choses se font. Or les évènements récents, qui ont vu Nicolas Sarkozy, depuis l’explosion de l’affaire de la Rumeur, élaguer dans son cercle de conseillers et supprimer les réunions, qui voyaient trop de monde disposer d’éléments d’informations, a modifié le jeu. Et donner encore un peu plus au chef de l’Etat, s’il était nécessaire, la haute main sur cette nomination.      

L’influence démesurée des visiteurs du soir

Nicolas Sarkozy a tempêté:  ce n’est pas aux entourages et à ses conseillers de décider à sa place. L’omniprésence d’Alain Minc, qui coache de longue date la jeune génération Sarkozy, dont Stéphane Courbit et Alexandre Bompard sont des éléments de poids, en a t-il trop fait? Non si l’on s’en réfère à la décision arrêtée, courant mars, de Nicolas Sarkozy: sur le choix d’Alexandre Bompard, le chef de l’Etat est en phase avec son conseiller. Mais oui, dans la mesure où convaincu que ce dernier était assuré d’être nommé à la tête de France Télévisions, dès le 6 avril, Alain Minc a laissé entendre, un peu vite dans Paris, que l’un de ses poulains passerait la ligne d’arrivée sous peu.
Précipitation, fébrilité ou simple mise en bouche à quelques encablures d’une nomination pratiquement annoncée?  Tout cela à la fois. Ces fuites incontrôlées donnent la mesure de l’aplomb et de la désinvolture avec lesquels quelques-uns ont géré cette affaire: convaincus que rien ne pourrait arrêter le choix de Nicolas Sarkozy, beaucoup se sont autorisés à s’approprier une annonce et installer avant l’heure à France Télés une équipe dirigeante alors que l’encre du chef de l’Etat n’était pas sèche.  C’était oublié quelques détails: l’imprimatur du chef de l‘Etat et la vigilance de la presse.      


A qui son poste ? 

C’est le syndrome Sarkozy : aller vite. Dans les jours qui ont  précédé la vraie-fausse désignation d’Alexandre Bompard, certains n’ont pas fait preuve de beaucoup de discrétion. On ne compte plus aujourd’hui les hommes et les femmes approchés pour se voir proposer des postes à France Télévisions. Une grande nouveauté. Car dans les périodes précédentes, (Mitterrand, Chirac), les futurs patrons de chaînes adoubés par l’Elysée avaient pour consigne la discrétion absolue. Pas un mot, pas une initiative. Seul le président du CSA, sommé de verrouiller ses membres, était mis dans la confidence. Changement de style aujourd’hui : la multiplication des démarches et des contacts divers pris par les uns et les autres _ dont Stéphane Courbit_ a finit par ébruiter la nouvelle et court-circuiter un Nicolas Sarkozy pris au piège et furax. C’est le psychodrame du week-end dernier. (Voir post précédent) 

 

Comment Matignon et l’Elysée ont flingué l’opération Courbit?

Une affaire d’amateurs. La campagne de presse dont Stéphane Courbit est la cible depuis des semaines est la conséquence directe de l’incurie des cabinets de Nicolas Sarkozy et de François Fillon. Précédé d’une réputation controversée _ cet ancien patron d’Endemol à la communication a contre lui d’incarner le symbole criant de la télé-réalité dans ce qu’elle a de plus vulgaire_, Courbit a été parachuté sur la régie de France Télévisions sans que personne, parmi les conseillers du chef de l’Etat, du Premier ministre et du ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, n’aient vu que son statut de producteur sur France 2 était incompatible avec le contrôle de la régie publicitaire de ce même groupe.

Balayant ces réserves et ricanant à la lecture de la presse, qui a très tôt soulevé cette question, les cols blancs de l’administration ont envoyé au casse-pipe ce protégé du chef de l’Etat, sommant au passage Patrick de Carolis d’obtempérer.
Croire que ce dernier allait s’exécuter: c’est l’autre belle erreur de Matignon et de l’Elysée. La tentative de passage en force de l’Etat, cette semaine au Conseil d’administration de France Télévisions, a tourné à la Bérézina. Elle a permis à Carolis de sortir par le haut. Et plombé définitivement Stéphane Courbit, qui va devoir jeter l’éponge.

Car l’affaire est cuite. Mal expliqué, mal goupillé, le projet de Stéphane Courbit est devenu un obstacle. Impossible d’imposer un PDG quelqu’il soit, Alexandre Bompard au premier rang, ( dont je reste convaincu de la nomination), sans que le processus de privatisation de la régie publicitaire de France Télévisions soit remis à plat. Et Stéphane Courbit, écarté. « L’enfant gâté » du Paf, comme on l’a surnommé, va être la première victime de cette invraisemblable partie de ball-trap.
        
 

  

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5 Comments
  • Le règne de l'hypocrisie
    avril 16, 2010

    Finelement, ce qu’on reproche à Sarkozy, c’est de faire ouvertement ce que les autres dissimulaient mal.

  • THIERRY
    avril 16, 2010

    les journaleux de la rive gôche préféraient l’ère MITTERRAND où tout était caché au grand public!!
    les journalistes de l’époque était au garde vous devant le roi!!
    hein REVEL

  • jean Meyran
    avril 16, 2010

    @règne…
    Au contraire, ce qu’on reproche à Sarkozy, c’est faire mal ce que ses différents prédécesseurs dissimulaient bien 😉

    Bonjour chez vous
    @Jmeyran

  • anderea
    avril 19, 2010

    oui mais comme dit Carla_ B_S. pas vu pas pris

    ils font beaucoup trop d’efforts pour nous faire une téloche de mierda ^^

    alors qu si ils laisser travailler ceux qui en sont capables ;

    Peut on tout maitriser ?et le doit-on ?
    peut tout régenter ?——
    peut-on avoir un oeil sur tout?——
    peut-on avoir le pouvoir sur tout?—-
    ça me rappelle quelques uns de mes cours !

    moi j’aime beaucoup Patrick de Carolis ^^

  • anderea
    avril 19, 2010

    ils laissaient et non laisser sniff ^^