Versailles ou mourir.

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Il est assez intéressant et jubilatoire de voir l’Etat, par l’entremise de son ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, buter sur une nomination, s’y casser les dents. Arrimé à son poste et décidé à le défendre contre vents et marées,  le directeur de l‘établissement public du Château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, dont le mandat expire fin juin, s’est claquemuré dans ses bureaux, alors que tout le monde le presse d’abandonner les lieux afin d’y loger, au plus tôt, l‘ancien ministre déchu de François Fillon, Xavier Darcos.
 

Et ça traîne. De l’Elysée à Matignon, l’affaire embarrasse d’autant que personne ne s’attendait à ce que l’ancien ministre de la Culture de Jacques Chirac s’enracine de la sorte et transforme Versailles en un camp retranché. L’homme, qui a publiquement dit et redit, ubi et orbi, qu’il était candidat à sa propre succession, affiche avec un certain panache une détermination que l’on est bien obligé de saluer à l’heure où il est de bon ton, dans les allées de la haute fonction publique, de faire ses paquets au premier coup de sifflet et claquement de doigt d’un ministre. Aillagon ne veut rien, ni exil doré, ni poste de substitution: c’est Versailles ou mourir.   

Joint au téléphone, Jean-Jacques Aillagon est une leçon de maintien. Réservé, spirituel, espiègle et éclairé, il s’ingénie à s’étonner des atermoiements d’un ministre qu’il limogea de TV5 quand il en était le PDG…On l’a deviné, les deux hommes n’ont pas d’excellentissimes relations et ce passé encombrant ne fait qu’ajouter à l’embrouillamini. Brillament Interrogé par le JDD, la semaine dernière à propos de cette affaire, Frédéric Mitterrand a eu cette réponse un brin alambiquée : « je ne sais pas ce que veut Jean-Jacques Aillagon. Il y a un problème de limite d’âge. Personnellement, je trouve que Jean-Jacques Aillagon est excellent à Versailles, il a incarné de manière brillante ce que doit être le patron d’un des établissements les plus prestigieux de la République. La réflexion se poursuit, ça semble de la langue de bois, mais c’est la vérité. J’ai reçu Jean-Jacques il y a trois jours, on a passé deux heures à réfléchir sur ce qu’il faut faire au Château de Versailles. Je veux juste dire: "On arrête l’agitation, on se calme."  

Ce que veut Aillagon ? Poursuivre sa tache et contempler jour après jour la Galerie des glaces, il le serine…Agé de 64 ans, l’intéressé, qui s’en amuse, ne fait pas de commentaires, mais rappelle qu’en France, un vieil usage, une vieille tradition veut qu’on laisse aller les dirigeants de ces établissements au bout de leurs carrières, quand celle-ci s’achève. Mais Versailles attend Darcos et Aillagon exaspère.

Ce dernier est d’autant plus agaçant pour son actionnaire, l’Etat, qu’il s’emploie à distiller sur son blog des écrits urticants. Cette pensée libre éditorialise à longueur de semaines, des écrits ciselés qui le dédommagent de l’obligation de discrétion que son poste lui impose. « Bien qu’ayant – comme beaucoup de citoyens de ma génération – longtemps pensé que ces institutions étaient adaptées à la personnalité de la France », écrivait-il ces jours-ci, « et qu’elles lui assuraient une démocratique stabilité, il m’arrive souvent de penser le contraire aujourd’hui. Associées à des modes de scrutin imparfaits et à un mépris affiché pour le rôle des partis, elles expliquent la faiblesse de la démocratie française qui s’incarne de façon excessive dans le choix exclusif d’un homme, le Président de la République, choix motivé plus par des considérations émotives que par la rationalité du débat et qui écartèle la vie politique entre ou l’opposition systématique, ou le soutien aveugle ».

Voilà qui est dit. Et voilà qui rend l’affaire Aillagon pittoresque. Restera,, restera pas à Versailles? Les paris sont ouverts. Pour ma part, l’engouement et la détermination farouche et brûlante d’Aillagon à vouloir  terminer son parcours sous les dorures de Versailles méritent, à eux seuls, qu’on lui accorde cette  rallonge qu’il appele de ses voeux. .    
 

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