Le capital à visage humain…La chronique de Philippe Gavi.

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Les pages de pub d’entreprise mettant en avant un collaborateur se multiplient, une aubaine pour nos quotidiens en souffrance de recettes. Finis fantasmes et fantaisies, Mère Denis, Gringo, Oncle Tom, Monsieur Propre, la parole est aux real people, à Erick Commes, atelier soudure, Valenciennes, France pour qui « Votre Toyota est aussi Ma Toyota », à Helena, sociétaire du Crédit Coopératif (« j’en ai marre de penser qu’à moi »), à Aude Mourrat, ingénieure chez EDF, qui a travaillé sur le chantier d’un grand barrage au Laos ( « nous veillons avec Aude au Bien-Etre des habitants »), ou toujours chez EDF, sur son fauteuil roulant, à Emeric Martin, conseiller commercial et champion paralympique de tennis de table.
Cette concordance ne doit rien eu hasard. Comme le dit naïvement la jeune femme du Pack Business SFR, « une bonne image de l’entreprise, c’est essentiel » ; d’un client à l’autre, les experts en communication tirent sur les mêmes ficelles : pour regagner la confiance du public, soyez engagé, personnalisez, valorisez le capital humain.
Qui de Alcatel, Carrefour, GDF Suez, PPR, PSA, Renault, Véolia, Vivendi et autres gentils groupes remportera le 8 juin le Trophée du Capital humain ? France Telecom ne figure tout de même pas dans la liste des prétendants.
Typographie, orthographie, mots, rien n’est laissé à l’improvisation. Le message pluriel (le casting ventile sexes, minorités visibles, handicapés) préempte les valeurs les plus politiquement correctes du moment, ouverture, tolérance, équité, compétence et personnalisation. Ils, elles nous regardent droit dans les yeux, souriant, sereins, bien dans leur peau.
Dans le cas de Carrefour, une botte de radis rouges nous dévisage, illustrant l’engagement du distributeur, « pour soutenir nos agriculteurs », à proposer chaque jour cinq variétés de fruits et légumes frais « sans gagner un radis ! ». Ce qui laisse songeur le lecteur. Si ces fruits et légumes vendus à prix coûtant sont achetés à leurs producteurs au même bas prix qu’avant, en quoi une augmentation de leur consommation leur profiterait-elle ?

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Le lecteur reprend de la hauteur quand s’intercale entre Toyota et EDF un quinqua moustachu, à la coupe zazoue serrant la main, devant le Louvre, de son Excellence le Président de la République Mr. Nicolas Sarkozy. On peut reparler des guichets du Louvre puisque Son Altesse Royale le Prince Alawaleed bin Talal bin Abdulaziz est venu à Paris poser la première pierre du département des arts de l’Islam au Musée du Louvre. Ce neveu du roi d’Arabie Saoudite est assurément très riche, au vu des centres universitaires que sa fondation a financés dans le monde. Sur son site officiel, l’interminable liste de ses décorations (dont « commandeur de la Légion d’Honneur », remise par Jacques Chirac en 2006, et « Major Patron of the Arts », remise par Christine Albanel en 2007), titres, distinctions et citoyennetés honorifiques (chez nous, Cannes, deux fois) est au diapason de la liste tout aussi longue de ses investissements (banques, hôtels, médias…). Il figure même au livre Guiness des records comme possédant le plus gros jet privé du monde.
Ne faisons pas la fine bouche; le Prince se réclame, verset du Coran à l’appui, d’un Islam prônant l’échange et le dialogue entre nations et civilisations. La présence sur la photo de deux femmes atteste de sa modernité. Son Altesse Princesse Ameera est une belle jeune femme dont la longue chevelure noire jais retombe sur l’épaule gauche du chemisier blanc. Elle pourrait être Shéhérazade. De quoi faire étouffer de rage anti satanique les pedzouilles fondamentalistes qui en Egypte veulent prohiber les « Mille et une nuits ». Détail amusant, le visage de la femme qui applaudit dans le dos de notre Président est celui de Christine Albanel, alors ministre de la Culture. La photo date donc. Qu’elle n’ait pas été remaniée tient-il de la négligence ou des bonnes manières ?
Pour clore cette revue de pub tendance, Sixt, location de voitures, nous ramène ici bas avec une minuscule berline rouge : «  Faites comme Madame Bruni, Optez pour un petit modèle français..»  Les auteurs ont confondu impertinence et vulgarité.  PG
 

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2 Comments
  • Benj
    mai 18, 2010

    On devine une vraie passion pour l’automobile et la qualité de service dans ce témoignage d’une employée de Toyota France. Vraiment très agréable!

  • janos
    août 23, 2015

    L’activité sportive, le temps que l’on s’accorde, les voyages et la façon dont on prend soin de soi sont la clé du de l’épanouissement.