Génération : de X à Y…La chronique de Philippe Gavi

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Je viens de découvrir la génération Y. Un forum à Rennes, des articles dans « Stratégies »… J’aime le Y, la plus étrange de nos voyelles, la plus méconnue aussi, jusqu’à être oubliée par Rimbaud malgré ses bras en l’air. Qui sont les Y ? Pourquoi le phénomène m’a-t-il échappé ? Suis-je à l’écart du mainstream ? Tiens, voilà un mot très mode chez les tendanceurs. Le Mainstream est mieux qu’une tendance, c’est le courant principal, le train d’avance à ne pas rater. Aux ploucs, les voies secondaires, les courants mineurs.

Je suis un plouc. Au secours Google. Clic sur Wikipedia. Je comprends mon illettrisme. Génération Y, c’est au départ un jargon d’entreprise, de RH, pour désigner les classes de salariés nées entre la fin années 70 et le milieu des années. Les RH ? Les Ressources Humaines. Faites précéder par D, et cela donne le tout puissant directeur/trice de ce qu’on appelait auparavant le personnel, dont il était le chef.
Pourquoi Y : parce que Y suit à la lettre X, et la génération Y suit donc la génération X. C’est aussi bête que ça. Le X avait un sens. Il qualifiait, lis-je, une génération non identifiée, mollassonne, anonyme, vivant à l’ombre des baby boomers. Alors que leurs enfants sont partis dans tous les sens, d’où la difficulté de les nommer
 

Des propositions ne manquent pourtant pas. On a génération « millénaires », « echo boomers », « e-generation » (le e se prononçant i), « Net Generation », « digital natives », « boomerang » (elle en prend plein la gueule ?) et, pour les impavides baba cools, « génération We » Les publicitaires américains tiendraient pour « generation Why ». Est-ce parce que les Y, nés sous X, ne cessent de demander des explications, pourquoi ceci, cela, ou parce qu’on se demande à quoi ils servent
Les RH ont préféré s’en tenir à l’ordre alphabétique, neutre. Avec une touche de modernité : Y se prononce à l’anglo-saxonne, un « aie » sans douleur, le i du i Pad, proche du « why ».
 

Attention la génération Y est occidentale. Le reste du monde n’a pas connu les affres apocalyptiques de la guerre froide, ni vécu les transformations morales des années 60 et 70, considérées par les Y comme acquises. Troisième caractéristique, alors que leurs ascendants ont pu s’envoyer en l’air joyeusement, les Y n’ont pas connu un monde sans SIDA, et donc gouté au plaisir non protégé.
Remarquez, les Y ne semblent pas plus flamboyants que les X. Leur image est brouillée, spectrale, du moins sur la scène de l’entreprise. Ils seraient peu respectueux de la hiérarchie et peu motivés. Mais ils ne font pas leur fier : quand on cherche désespéramment un job, on ne la ramène pas.
Quoique. Je clique le blog generationY 2-0. Sous les photos des auteurs (jeunes souriants), le blog se présente ainsi : « changements de comportements et mutations technologiques dans l’entreprise ». Ici, les Y se rebiffent, et plaident leur cause. Benjamin (Chaminade) fait voler en éclats 12 mythes Qu’ils seraient des maniaques du zapping, plus matures que leurs ainés, des planqués, qu’ils ne regarderaient plus la télé, qu’ils voudraient tout gratuit, qu’ils seraient toujours connectés…
Sachez, chers employeurs, que les 45/55 ans sont en train d’adopter les usages (blog, s’inscrire à un réseau social, utiliser Twitter) à un taux vingt fois supérieur que celui des 18-24 ans.
 

Les Y seraient des abrutis du « multitasking »  (faire tout en même temps), incapables de se concentrer? Faux : ils se dispersent, mais à l’affilée, se concentrant sur une tâche à la fois.
Intrigué, je clique « comprendre la Génération Y » de Julien Pouget. « La citation du jour » est extraite d’un discours du père de l’Europe, décédé en 1963, Robert Schuman : « L’Europe un problème de génération. Il nous faudra du temps. Mais ce qui est préparé par les ainés n’est valable que si les générations nouvelles y apportent leur enthousiasme ». Est-ce à dire que les Y manquent d’enthousiasme ? Tels ne sont pas les points de vue d’une DRH du groupe Accor, et d’une prof de lettres-histoire-géo en lycée professionnel connue sur Twitter sous le nom de @frompennylane.
Me voilà pleinement renseigné. Et je me demande comment on va appeler les ressources humaines suivantes, arrière petits enfants des baby boomers. X+Y = Z ? La prochaine livraison sera-t-elle la génération Z ? Z comme zozo, zig, Zorro, zéro.
Après, on recommencera, A, B, C, D…. ?  PG

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5 Comments
  • anderea
    juin 7, 2010

    tant ce ne sont pas les chromozones 21 ^_^ quoique je me pose de s questions queleques fois

  • Laura
    juin 8, 2010

    Je suis désolée de vous contredire, mais « Y » en anglais se prononce en effet « Why », et non « aïe ».
    Cela permettant aux publicitaires que vous citez, qui l’écrivent effectivement de temps en temps « Why » à la place de « Y », de faire juste un bon jeu de mot…
    Mais rien à voir avec le « i » de l »iPad ».

  • Julien Pouget
    juin 8, 2010

    Une petite citation supplémentaire d’Oscar Wilde :
    « La nouvelle génération est épouvantable.
    J’aimerais tellement en faire partie. »

    Merci pour cet article.

  • Benjamin Chaminade
    juin 8, 2010

    Merci pour la citation.
    On parle de la génération Y car justement, ce sont les 40 et plus qui par leurs questions sur le monde qui les entoure…l’ont inventé.
    Bon, c’est aussi tellement plus simple parfois, de remettre ses propres limitations sur la faute de l’autre, et notamment « le jeune ».

    L’avenir des générations…ne plus parler de générations justement, mais de cultures, de modes de pensées, et pourquoi pas, soyons fous,…de personnes.

  • DEON
    avril 1, 2013

    Au génial inventeur de la C.S.G.

    Michel ROCARD

    La Patrie reconnaissante

    Qu’attend donc Bercy, Monsieur Rocard, pour vous élever une stèle, vous qui avez accouché du matraquage fiscal le plus éhonté qu’ait connu la Vème République ?

    Ce trait de génie, hélas, vous ne l’avez pas toujours… Par exemple, lorsque, dans « valeurs actuelles » vous regrettez que les communautés homosexuelles ne se soient pas contentées du PACS et se soient emparées des symboles qui appartiennent « objectivement » aux hétérosexuels. Objectivement, dites-vous ? Donc, s’il vous plaît, une première objection : d’abord, le PACS, vous le savez bien, n’est qu’un mariage au rabais.

    Nous voulons les mêmes droits : héritages, donations, pensions, successions… Le mariage hétéro, objectivement cette fois, n’étant plus qu’une affaire de gros sous.

    L’adoption, la procréation assistée ou pas ne sont que des problèmes annexes puisque ces pratiques sont depuis fort longtemps dissociées du mariage. Sachez en plus que les homos ou les hétéros feront là ce que bon leur semble en dépit de vos Lois et règlements.

    Vous dites aussi, et c’est plus inquiétant, que le mariage gay ne peut qu’aggraver l’antagonisme homos-hétéros.

    Mais, Monsieur Rocard, l’homophobie que vous dénoncez à juste titre, véhiculée ici comme ailleurs par les trois religions du Livre – les trois impostures (1) et aussi bien souvent par une certaine morale laïque tout aussi nocive, cette homophobie dont nous souffrons cruellement n’est que la conséquence directe de l’hétérocratie régnante.

    Mais qu’est-ce donc que l’hétérocratie ? Et ici, je ne saurais faire mieux que de céder ma plume au génial Tony Duvert (2). Je le cite donc (en résumant) « L’hétérocratie : c’est le système où tout hétéro s’estime suffisant et universel. Un ensemble de Lois, de valeurs.. répand et impose – à l’école, dans la famille, les sciences, les lettres, les arts – l’idéologie hétéro de la sexualité, du corps, du comportement, de la sensibilité… Ce qui n’est pas hétéro n’a pas droit d’existence… Sauf exception rarissimes. »

    Et plus loin on peut lire : « Dans le plus favorable des cas, on dit aux homos : vivez comme vous voulez, mais qu’on ne vous voie pas… A vous la nuit, à nous le jour. Ne soyez jamais mieux que tolérés, et alors nous serons tolérants… » (d’après « L’enfant au masculin » page 51 Ed. de Minuit).

    Eh bien, Monsieur Rocard, de ce discours, que vous reproduisez à votre façon, nous n’en voulons plus !

    Nous en avons assez de ce paternalisme malveillant (« ah oui, nos homos, on les aime bien ») qui pue « la cage aux folles ». Nous en avons assez de toutes ces insultes comme par exemple « tapettes » qu’emploie cet imbécile de David Douillet dans son autobiographie (3). Diable ! on se croirait revenu au bon temps de l’étoile rose ! Et dire que cet autre con, Christian Jacob, parle de « provocation » à propos de Mme Taubira pour avoir entre autres dénoncé de tels propos !

    Autre remarque, Monsieur Rocard : vous dites et là nous entrons dans une phase plus comique, que vous avez été « assez révulsé » quand vous avez découvert, sur le tard, ( ?) que « ça » existait : hypocrisie ? mauvaise foi ? Mais enfin, Monsieur Rocard, au cours de vos brillantes études universitaires, n’avez-vous donc jamais étudié, vous le littérateur émérite, le polisseur de belles phrases, des œuvres de Sade, Proust, Gide, Montherlant, Peyrefitte (Roger)… ? Voilà donc une lacune à combler, Monsieur Rocard. Revenez à vos chères études et permette-moi de vous donner un conseil : Lisez par exemple les écrits de John Boswell, de Bernard Sergent, de Maurice Lever. Votre objectivité y gagnera sûrement.

    A présent, une petite anecdote : Dans ma jeunesse, j’ai beaucoup fréquenté le club Arcadie qui, à l’époque était un soutien et un refuge pour nous autres réprouvés. Je fus fort surpris d’y côtoyer un certain nombre d’hommes mariés, pères de famille… etc. Ces hommes, souvent d’un rang élevé, étaient, à cause de leur goût pour les garçons,

    condamnés à mener une double existence, dans la crainte d’un ragot, d’un chantage ou d’une malveillance. N’oubliez pas, Monsieur Rocard, que ce malheur ça existe plus que jamais. Beaucoup trop de gays, hommes et femmes, sont aujourd’hui dans la même situation : rejet de la famille, peur, conformisme, chantage au mariage, sentiment de culpabilité, violence de l’entourage, rumeurs… Ne pourrait-on pas leur épargner ce fléau social (4) qu’est l’hétérocratie ?

    Et puis, pour terminer, une dernière anecdote :

    En Arcadie, encore, je rencontrai un jour un grand-père tout nouvellement converti aux plaisirs d’Italie et qui cueillait avidement les roses de Sodome.

    Vous voyez donc, Monsieur Rocard, par cet exemple, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire et pour « convertere se » c’est-à-dire : « se retourner ».

    Alors, Monsieur Rocard, vous pouvez vous aussi, si vous le désirez, même à votre âge, retourner la médaille.

    Ce que je vous dis là, je pourrais le dire à bien d’autres : A ce crétin de Douillet par exemple.

    1 – les trois impostures : Moïse, Jésus, Mahomet

    2 – mort dans la misère et l’oubli en 2008.

    3 – Ce misérable a osé intituler son livre : « L’âme du conquérant » en oubliant que :
    Alexandre, jules César, Richard Cœur de Lion, Condé, Vendôme, De Villars, d’Huxelles, Lyautey, Lawrence d’Arabie… étaient des « tapettes ».

    4 – N’oubliez pas que l’homosexualité fut longtemps considérée comme un fléau social, au même titre que l’alcoolisme ou la tuberculose. (amendement Mirguet dont l’abrogation fut l’un des combats d’Arcadie). Reconnaître aujourd’hui que l’hétérocratie, ce totalitarisme, en est un, serait un juste retour des choses.

    BBR56@hotmail.com