La crise des Bleus: un effet d’aubaine pour les médias

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La déroute de l’équipe de France de football aurait du se traduire par une Bérézina médiatique pour l’ensemble des chaînes et des journaux qui ont investi de longue date sur cet événement et c’est tout le contraire qui se produit: la tragi-comédie des Bleus dope l’audience des JT, booste l’audimat du Canal football de Canal+, comme celui du rendez-vous quotidien de TF1, et fait décoller les ventes de l’Equipe, un quotidien devenu une machine à fabriquer les épisodes d’un programme de télé-réalité aux rebondissements quotidiens. Qui aurait pu imaginer, en effet, que la déculottée de l’équipe de France se transformerait en aubaine pour des médias tenus en haleine par un onze tricolore à la dérive? Des médias à l’image d’une meute de chroniqueurs judiciaires suspendue au déroulé d’un procès retentissant.

Cette affaire, qui prend au fil des jours un tour politique, aura ainsi permis à l’Equipe de confirmer définitivement son virage éditoriale, amorcé il y a maintenant un peu moins de deux ans et aux chaînes de télévision, (TF1, Canal+ et France Télévisions) d’asseoir le statut de quelques snipers de luxe, ces fameux consultants devenus la force de frappe des magazines de foot. Avec une moyenne de ventes de 500 000 exemplaires, l’Equipe a d’ores et déjà raflé la mise. Devenu le média «Insider » de cette Coupe du Monde, ce quotidien, longtemps outil de relation publique des institutions sportives, a radicalement changé de nature: pugnace, agressif, sans nuances ni compromis, le quotidien du groupe Amaury travaille au Karcher. Et ça paye. Son positionnement, à base d’enquêtes et de scoops, d’humeurs et de critiques, fédère de nouveaux lecteurs. L’érosion des ventes a été enrayée.

Et l’image du titre s’est inversée. Il est vrai qu’il devenait dangereux, au fil des ans,  pour l‘Equipe de rester à la lisière, quand Internet offre quotidiennement une information sportive foisonnante et débridée: le fiasco des Bleus est l’occasion sur la Toile, via les réseaux sociaux, notamment, (Twitter et Facebook), d’une déferlante d’informations et de  pastiches à donner le vertige. Reproche est fait à l’Equipe d’avoir publié à sa Une la fameuse injure proférée par Nicolas Anelka. Polémique vaine: le fiasco des Bleus, ajouté à la dimension politique de cette affaire, impose une totale transparence. Les faits sont les faits, les mots sont les mots et le travail journalistique oblige à les retranscrire intégralement. Surtout quand ces mots prononçés justement sont l’objet déclencheur  d’une affaire devenue nationale.        

L’autre surprise est l’éclosion sur les plateaux de télés et de radios d’une  phalange de consultants sportifs devenus en l’espace de quelques jours les incontestables vedettes de cette Coupe du Monde. Christophe Dugarry, Roland Courbis, Bixente Lizarazu, Emmanuel Petit, Eric Di Méco, et j’en oublie, exécutent, soir après soir et sans détours, dans des sorties au vitriol, une équipe de France et son entraîneur, Raymond Domenech, avec une jubilation contagieuse. Le public qui en redemande  applaudit des deux mains aux propos sans fioritures d’une génération aux états de service dorés sur tranche, bardée d’honneur.

Tout le monde y trouve son compte, à commencer par les journalistes des chaînes en question que les charges de ces snipers de service exonèrent. C’est ainsi que les programmes radios de début de soirée  et le petit écran, aux alentours de 22h30, sont devenus le lieu d’un vaste défouloir à destination d’une opinion à l’unisson. D Day: à l’heure de la curée, on est en droit s’interroger néanmoins sur les limites d’un tel déchaînement. Mais c’est sans doute là, le prix à payer pour maintenir les ventes et l’audimat à flot.
 

 

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3 Comments
  • ratata
    juin 22, 2010

    Les mots d’Anelka sont-ils les vrais mots ? Cela reste à confirmer. Plusieurs versions circulent sur ses propos. Lui-même donnera une conférence de presse bientôt. Attendons donc un peu. Il n’existe aucun enregistrement de la scène du vestiaire pour le moment. Il ne s’agit que de propos rapportés. Il faut les prendre avec des pincettes. Ce que n’a pas fait l’Equipe en les plaçant en exergue à sa Une, accompagné d’une photo montage.

  • Sophiane
    juin 22, 2010

    « Les faits sont les faits, les mots sont les mots et le travail journalistique oblige à les retranscrire intégralement ».
    -> Le travail journalistique constiste d’abord à retranscrire des propos justes et à ne pas jouer dans la surenchère, la surdramatisation ou l’acharnement.

    « Surtout quand ces mots prononçés justement sont l’objet déclencheur d’une affaire devenue nationale. »
    -> ce ne sont pas les mots prononcés qui déclenchent l’affaire. Ce sont les propos rapportés en Une qui le font.. Renaud Revel, vous faites exprès ?

    Que l’Equipe ai accumulé tant de déception sur le jeu de l’EDF et de frustration à propos de la communication du sélectionneur.. c’est un fait.
    Cela donne-t-il pour autant un droit à la vengeance tel qu’il s’est exprimé ces derniers jours ?
    L’Equipe fait un double coup : elle règle ses compte et adopte une ligne éditoriale agressive et racolleuse.. Tout l’inverse de ce qu’on est droit d’attendre d’un media qui jouit d’un monopole unique.

  • poule
    juin 22, 2010

    Les faits sont les faits, les mots sont les mots et le travail journalistique oblige à les retranscrire intégralement ».
    -> Le travail journalistique constiste d’abord à retranscrire des propos justes et à ne pas jouer dans la surenchère, la surdramatisation ou l’acharnement.

    … a faire des enquètes honnêtes, documentées, a remettre les faits dans leur contexte, à creuser les sujet…. et j’en passe.

    C’est fou comme la corporation de journaliste se sentant attaqué n’a même plus la clairvoyance de se rappeler qu’ils bénéficient du principe de liberté et d’indépendance pour peu qu’ils respectent leur propre déontologie !!

    Sortez de votre torpeur et votre protectionnisme et tentez d’avoir un regard critique sur vos confrères. Vous serez t-il venu a l’idée de publier un tel papier a charge sans faire une enquête plus pousser, expliquer le contexte ect…dans le seul but de faire du papier. Ne trouvez vous rien de nauséabond qu’un journal tel que l’Equipe surfe sur les idées du FN depuis le début opposant les communautés le gentil Gourcuff contre la racaille. Relisez les archives de ces dernières semaines … c’est saisissant

    Ah il est beau le journalisme d’aujourd’hui …