Les épouvantables Vuvuzelas : le son de l’Afrique ? La chronique de Philippe Gavi.

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J’ai le bourdon, mes oreilles bourdonnent. Les Sud Africains ont fait de ce premier Mondial en terre africaine un rendez-vous historique. Dans un interview au « JDD », l’admirable Mgr Desmond Tutu déclare sa foi en une Afrique, berceau de la civilisation, qui pour le monde compatissant est restée « un continent de désastres et de misères ». « Regardez cet enthousiasme partout de tous les Sud-Africains, qu’ils soient noirs, indiens, afrikaners, juifs, chrétiens ou musulmans ! Vous vous rendez compte de quoi ce pays se montre capable ? De l’image qu’il montre au monde entier ? De l’image que l’Afrique donne enfin d’elle même ? » Ouais. L’Afrique donne d’elle-même l’image d’être comme tout le monde, d’un monde où tous, indépendamment de sa race et de sa religion, communient autour du football roi, des stars, des marques, du business et de son équipe nationale. Mais le son nous casse les oreilles, et les pieds. Quelle bande son de barbares, bande de zoulous ! Les vuvuzelas,  c’est dans la culture zouloue, pas touche, respect ? Non, pas de respect pour toute culture qui fait la sourde oreille, met les personnes en transes, les transforme en foules extatiques, à souffler comme des abrutis hallucinés dans des trompettes  tribales. Ont-ils même  l’esprit à regarder les matchs. Je veux bien que l’Afrique du Sud se pose en nation arc en ciel (j’ai adoré le film « Invictus »), c’est sympa ; de même, ce fut du bonheur quand la France s’imagina black blanc beur en 1998, suite à sa victoire.

Mais nul n’est obligé d’être naïf ; il faudra bien plus qu’une Coupe du monde pour que les pays d’Afrique décollent, et plus qu’une victoire en 1998 pour que les Français, toutes couleurs confondues, s’aiment les uns les autres. Si on reste lucide (ce qui n’est pas du cynisme), qu’est-ce que les Français auraient déduit du métissage de leur équipe si elle avait perdu ? Gardons notre sang froid face aux événements médiatiquement symboliques, et aux clichés qu’ils suscitent à longueur de JT. Méfions nous, en sport comme en tout domaine, de l’exaltation de la victoire comme lien national. Car la victoire est réversible. Personne, aucun pays ne peut gagner tout le temps. Liesses et effusions sont toujours passagères. Les réalités adverses, les inimitiés  naturelles, les conflits d’intérêt, les racismes de toutes sortes ( le racisme n’est pas propre au blanc) rattraperont toujours rêves et fantasmes. Rêvons, mais éveillés. Assister à un match au milieu de milliers d’essaims d’abeilles qui bourdonnent sans relâche, sans répit, est une épreuve à rendre fou. Sentiment d’impuissance, le son des vuvuzelas, massif, discordant, imbécile rentre dans les oreilles, et le cerveau, pour ne ressortir qu’à la mi-temps. Ventre affamé n’a point d’oreille, dit-on. De quoi sont-ils affamés ?


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Couper le son de la télé ? Impossible, ce serait amputer le spectacle. Le foot n’est pas une partie d’échecs, il ne se joue pas dans le silence et le recueillement. Je lis dans « Libé » qu’une star de la chanson de Soweto a incité la foule à donner de la vuvuzela. « C’est comme cela que nous allons gagner. Soufflez, faites du bruit, ça va déstabiliser les autres équipes ». L’Afrique est bien rentré dans le concert des autres continents : même absence de fair play.  Je ne comprends pas toutefois pourquoi les « Bafana Bafana », qui ne sont pas tous des zoulous,  supporteraient mieux cette agression sonore. A moins qu’il y ait eu des séances d’accoutumance des footballeurs sud africains.
Serais-je un raciste, un arrogant occidental ? D’aucuns me diront que la bande son occidentale, chargée des vociférations des supporters, sonneries de clairon, battements de tambours n’est pas plus audible, ni civilisée. Qu’elle ne soit pas plus civilisée, d’accord. Mais elle est certainement plus audible : la foule est instrumentalisée mais au moins les humains y donnent de la voix. PG
 

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4 Comments
  • Martino
    juin 14, 2010

    Ce phénomène sonore pénible est assez simple à traiter, dès lors qu’un ingénieur du son compétent se penche sur la question :

    Il convient d’exploiter un égaliseur (correcteur agissant sur certaines fréquences sonores ciblées) paramétrique professionnel.

    Ce dispositif permet d’isoler et de considérablement atténuer certains instruments de musique, voix, bruits, souffles, vibrations, etc…
    Correctement ajusté, le résultat sur le son d’ambiance dans le stade devient beaucoup plus agréable.

    En revanche, il convient aussi d’isoler les commentateurs dans des cabines insonorisées, d’employer des micros très directifs et peu sensibles à l’instar de ceux destinés aux courses automobile, par exemple.

    Mais tout cela présuppose de réelles compétences… Et un certain bon sens.

  • Morris
    juin 15, 2010

    Votre billet est lamentable…

    Si vous préférez les insultes, pour la plupart racistes, des supporters occidentaux dites le clairement! Mais ne venez pas déverser votre intolérance auditive et culturelle sur le web.

  • Zwartepiet
    juin 22, 2010

    Re: D’aucuns me diront que la bande son occidentale, chargée des vociférations des supporters, sonneries de clairon, battements de tambours n’est pas plus audible, ni civilisée. Qu’elle ne soit pas plus civilisée, d’accord. Mais elle est certainement plus audible : la foule est instrumentalisée mais au moins les humains y donnent de la voix.

    Effectivement, les « humains y donnent de la voix »… en poussant des cris de singe à chaque fois qu’un joueur nègre reçoit le ballon… quand ce ne sont pas de gros « pchiiiit » sensés imiter le bruit du gaz! (voir le hooliganisme du Lazio, par exemple)

    Aujourd’hui, c’est le bruit assourdissant des vuvuzelas qu’on se permet de filtrer, mais demain? Peut-être qu’un stade rempli de nègres et de basanés sera tout autant perçu comme « intempestif »… la solution? Elle est simple: on filtrera le public –en remplissant les tribunes du stade avec des spectateurs de synthèse! Des blondins fictifs, virtuels!

    Une dernière remarque sur la victoire des Bleus en 1998: c’était la France de Jacques Chirac l’Arabophile… Avait-il déjà commis son esclandre à Jérusalem? Rappelez-vous de ces images où l’on voyait le Président Chirac se débattant avec un service d’ordre israélien particulièrement zélé pour le tenir à l’écart de la foule arabe… C’était aussi AVANT le 11 septembre –complot qui envenima les relations arabo-occidentales bien plus en Europe qu’aux Etats-Unis et… davantage en France (où les blessures de la guerre d’Algérie sont encore vives).

    Pour des joueurs de foot, même professionnels, jouer pour l’équipe nationale, ce n’est pas la même chose, le même enjeu que jouer pour son club car, dans ce dernier cas, la victoire (éventuelle) reste beaucoup plus personnelle –bien sûr, c’est aussi une victoire collective et qui est forcément partagée avec les supporters (du club). Mais, contrairement à un titre de Champion du Monde, une victoire de club –en Coupe d’Europe ou même de France– elle n’est jamais récupérée officiellement, publiquement par les plus hautes autorités de l’Etat… Pour le dire plus brutalement: imagine-t-on les Bleus, dans les jardins de l’Elysée, sous un soleil radieux de 14 juillet, partager leur victoire, leur titre avec… Nicolas Sarkozy, le Justicier des banlieues?

    Zwartepiet

  • Matilda Kesek
    octobre 19, 2011

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