L’honneur insulté…La chronique de Philippe Gavi

par 3commentaires No tags 0

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Qu’est ce que l’ « honneur » ? On en a beaucoup parlé, la semaine passée. De l’honneur d’un homme, du ministre du Travail Eric Woerth défendu, contre les « chiens » en meute,  par François Fillon (malin, le Premier Ministre met la gauche en porte à faux en reprenant le terrible réquisitoire contre les journalistes prononcé par François Mitterrand à l’enterrement de Pierre Bérégovoy), et du président de Radio France Jean-Luc Hees défendu par lui-même. De l’honneur aussi de la France,  perdu en Afrique du Sud.
Interrogation collatérale, qu’est-ce qu’une insulte vraie, insultante, passible des tribunaux ou motif à renvoi, genre insulte de vestiaire (Anelka), insulte à chef de l’Etat (le « casse toi, pauvre con » du syndicaliste à Sarkozy),  ou vannes d’un chroniqueur (Stéphane Guillon et Didier Porte) contre leur direction ?
 

Et puis les enfants de France se demanderont ce que signifie être digne ou indigne et de quoi ? « Il faut être digne dans la victoire comme dans la défaite » a déclaré Raymond Domenech. Après la défaite, le coach refuse ostensiblement de serrer la main tendue de Carlos Alberto Parreira, l’entraineur de l’Afrique du Sud  (qui avait déclaré que la France n’avait pas mérité sa qualification) : est-ce déshonorant, insultant, indigne ?
Les Français ne sont pas effondrés. A toucher le fond, ils ont fini par rire, hilares, un « tout est foutu, madame la Marquise ». Pour une fois, tous ont eu raison. Ils avaient prédit le pire, le pire a eu lieu en plus pire. Cela fait longtemps (1998 ?) que les Français n’ont été aussi soudés, dans la réprobation.
 

Ils demandent des explications, tant pour le foot de France que pour monsieur et madame Woerth, et le congédiement des humoristes de France Inter. 
J’y viens. Je prends un risque considérable : je vais écrire ce que je pense. Je trouve Stéphane Guillon gonflé quand il prétend n’avoir jamais injurié personne. Je cite Libé. «  Jean-Luc Hees parle de sens de l’honneur, et dit qu’il ne peut « accepter de se faire cracher dessus », que répondez-vous ?_ Je ne lui ai pas craché dessus en direct. Le sens de l’honneur, il l’avait perdu avant. Quand il s’est excusé auprès de Besson. »

Un « Sale fils de pute » est évidemment une injure plus primaire, mais si camper, comme l’a fait Stéphane Guillon dans les chroniques ayant suivi l’incident Besson, un Hees servile collabo léchant les bottes de Nicolas Sarkozy, promettant de nettoyer l’antenne, ne fait pas injure à la personne du président de Radio France (et à Philippe Val, directeur de France Inter),  je me demande ce que l’humoriste entend par crachat!
Bien sûr, le mode de nomination, présidentiel, attise le soupçon. Ce même soupçon d’ingérence qui a amené les personnels du groupe Monde à voter massivement pour le trio Bergé-Pigasse-Niel honni par Sarkozy. Pour autant, cela ne fait pas de Hees un coupable. Un excellent édito de Laurent Joffrin reconnait que si le soupçon demeure, « l’antenne de la radio publique ne peut guère, c’est le moins qu’on puisse dire, être taxée de sarkozisme galopant ».
Franchement, Guillon se gonfle un peu trop quand il assure que lui et Didier Porte ont été dégagés de la maison pour des raisons politiques, dans la perspective de 2012, que « c’était la lettre de mission de Hees et Val ».

On objectera, votre Honneur, que l’humour échappe aux règles communes ; ce qui en langage courant est une injure, devient, sur scène, par l’effet de grossissement, un gag, une vanne, certes méchante. Les Guignols ont stigmatisé Bernard Tapie en escroc et Chirac en tripoteur des comptes de Paris, et tous deux aujourd’hui sont plus populaires que jamais. Et la chronique de Guillon sur DSK, « les filles à vos abris », n’a pas empêché le patron du FMI au top du hit des présidentiables.
Sur Besson, je pense que Hees a eu tord de s’excuser ; de là à dire qu’il avait perdu le sens de l’honneur, il ne faut pas exagérer.
 

Oui, votre Honneur, mais il reste un domaine où l’humoriste est un salarié comme les autres : quand il insulte, gravement, le patron, sur son antenne en plus.
Idem pour Didier Porte. Son sketch sur un Dominique de Villepin atteint de la maladie de la Tourette clamant « J’encule Nicolas Sazrkozy » est grossier mais ne justifie pas le congédiement. S’être payée la tête de Hees et  Val à l’antenne, si.
J’imagine que si un chroniqueur d’un quelconque titre de la presse attaquait le patron et le directeur de rédaction, il serait viré illico, sans que la rédaction s’en choque. PG

 

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3 Comments
  • astap66
    juin 28, 2010

    Je n’aime pas cette référence au « patron » quand on parle de notre radio de service public.
    D’abord, Guillon et Porte sont des artistes, et il n’existe pas pour eux de lien de subordination (c’est la particularité du contrat de travail des artistes de spectacle, rappelons-le !).
    Le patron de France Inter, ce n’est pas jean-luc HEES, ni Philippe Val, et encore moins Sarkozy (que Val avait qualifié d’actionnaire, d’ailleurs, avant de se faire renvoyer dans ses cordes par Guillon dans une chronique vraiment drôle où il ne l’avait pas loupé).
    Les patrons de France Inter, se sont les français, et les millions d’auditeur qui plébicitaient ces chroniques.
    Drôle, pas drôle… Moi, je trouve Didier Porte très drôle.Un électeur UMP certainement moins.
    Mais si la radio de service public ne lui permet plus de s’exprimer, où, dans les médias audiovisuels, les gens comme moi retrouveront-ils ce type d’humour ? (il ne sera jamais embauché par Lagardère ou par Dassault).
    Et s’il ne parle pas des conditions de la nomination de HEES, ou des retournements de veste de Val, ou encore des probables pressions politique du pouvoir (à moins, encore plus grave, que Val et Hees devancent les désirs du Prince qui les a fait marquis), quelle crédibilité a-t-il ?
    Ça me fait penser à Léotard qui dans une émission de la télé publique trouvait Pierre Desproges « vraiment très drôle »…avant de l’entendre poser une question très méchante, qui avait valu à l’humoriste son bannissement définitif de la télévision publique…
    Un fonctionnaire a le droit d’avoir des opinions politiques et de critiquer le gouvernement et son ministre de tutelle. Un humoriste encore plus, d’autant que pour lui il ne doit pas exister de « devoir de réserve ».
    Autre question: si Didier Porte a reçu un avertissement pour sa chronique, (qu’il avait d’ailleurs reconnu avoir un peu ratée, non parce qu’elle était grossière mais parce qu’elle n’était pas sa plus drôle) sur Villepin, comment peut-il être licencié pour le même fait alors qu’il existe un principe, appelé « non bis in idem », qui empêche qu’une même faute puisse être sanctionnée deux fois.
    Porte va gagner son prud’homme, c’est sur.
    Non seulement Hees nous prive d’un chroniqueur reconnu et apprécié, que nous ne pourrons jamais, contrairement à Guillon, retrouver dans l’audiovisuel privé, compte tenu de ses engagements politiques et des ennemis héréditaires qu’il s’y est créés (je pense à Arthur, à Morandini…), mais en plus cette décision va nous coûter de l’argent en tant que contribuables !!!
    C’est lui qui devrait être licencié !

  • serge surpin
    juin 29, 2010

    Félicitations philippe pour avoir le courage de ne pas crier avec les loups

    s.

  • cédric
    juin 29, 2010

    juste ce ptit commentaire, l’insulte au chef de l’État (en fait elles ont été nombreuses) n’a pas été « casse-toi pauvre con ». C’est Sarkozy qui l’a sortie face à un « touche moi pas tu me salis »… On a ressorti plusieurs fois l’insulte contre le président par la suite cependant