Nicolas Sarkozy se fait tout un Monde.

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C’était inéluctable: la question de la recapitalisation du Monde devait prendre, tôt ou tard, une tournure politique. Et cela n’a pas raté. En confirmant, hier devant sa rédaction en chef, l’intervention de Nicolas Sarkozy, critiquant vivement, le projet de reprise du quotidien par le trio Bergé-Pigasse-Niel. Le patron du Monde, Eric Fottorino, (photo), a dit tout haut ce que chacun subodorait depuis plusieurs jours: le chef de l‘Etat n’entend pas laisser ces trois personnalités, classées à gauche, mettre la main sur un quotidien appelé à jouer un rôle certain durant la campagne des présidentielles. Et de convoquer le directeur de ce journal à l’Elysée, comme Chirac, Mitterrand ou Giscard par le passé! Vieilles pratiques surannées…Eric Fottorino pourrait se dire flatté d’une telle attention, symbole de l’influence intacte d’un journal qui a si longtemps pesé sur la vie politique de pays. Mais l’intéressé semble avoir été plus secoué et choqué que conforté par cette mise en demeure élyséenne, Nicolas Sarkozy ne l’ayant pas ménagé à lire la presse ce matin.

Lors de cet entretien, le chef de l’Etat, qui ne semble pas y être  allé par quatre chemins, selon le récit qu’aurait fait Eric Fottorino en interne, a non seulement critiqué l’attelage candidat à la reprise du titre et ciblé l’un des trois investisseurs, (en l’occurrence, le fondateur de Free, Xavier Niel, accusé par Nicolas Sarkozy d’avoir fait fortune dans les messageries roses), mais menacé également le journaliste de couper les vivres au Monde, en supprimant les aides promises par l’Etat, via la Caisse des Dépôts, dans le cadre du plan de modernisation de l’imprimerie du groupe.

Voilà qui est clair. Cette intervention du locataire de l’Elysée est d’autant plus maladroite et surprenante qu’elle a fait immédiatement le tour des rédactions, Eric Fottorino ayant décidé, une fois la rumeur lancée, d’en confirmer le contenu.  Et c’est une première. De mémoire, en effet, on a jamais vu par le passé un entretien en tête-à-tête de cette nature, débouler aussi vite et sous cette forme, sur la place publique. Si les relations entre Le Monde et les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy, à l’Elysée, ont souvent donné lieu, par le passé, à des échanges épiques, jamais le contenu de ces conversations, souvent houleuses, n’avait franchi les persiennes du Château.

Ce bras de fer entre Le Monde et Nicolas Sarkozy risque, en tous les cas, de crisper une rédaction qui, attachée à son indépendance, va être appelée à jouer un rôle clé dans le processus de recapitalisation du quotidien. Et si Nicolas Sarkozy avait voulu soutenir le trio Bergé-Pigasse-Niel, il n’aurait pas pu mieux s’y prendre! L’initiative intempestive du chef de l’Etat est d’autant plus maladroite que tout nouveau candidat à la reprise du Monde, proche ou peu éloigné du pouvoir, sera désormais marqué du sceau de la suspicion. Un temps évoquée, la participation d’Orange à l’augmentation de capital du Monde a ainsi été démentie par le PDG de France Télécom et ami de Nicolas Sarkozy, Stéphane Richard : « Nous ne sommes pas des supplétifs inspirés par de je ne sais quelle arrière pensée », a réagit ce dernier. Depuis ce matin, on est bien au-delà de simples arrières-pensées.   
 

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13 Comments
  • Rosselin
    juin 11, 2010

    Perdriel aussi a fait beaucoup d’argent avec les messageries roses. Mais le champion dans ce domaine, c’est tout de même Orange France Télécom.

  • davin
    juin 11, 2010

    si le Monde auquel je suis lecteur depuis nombre d’année devenait tant soit peu influencer par le pouvoir actuel ou d’autres en devenir, j’annulerai immédiatement mon abonnement.

  • did
    juin 11, 2010

    Le titre en soi est révélateur, la France est bien une république bananière, tout ce que nous condamnons en Iran, en Russie, notre roitelet cherche à le faire chez nous.

  • belvoir
    juin 11, 2010

    Le calamiteux locataire de l’Élysée tape sur les nerfs de plus d’un citoyen. Patience. Le Monde continuera d’exister alors que, très bientôt, l’Histoire aura déjà oublié l’insignifiance du personnage.

  • pelikan
    juin 11, 2010

    j’ai arrete’ le MONDE – apres l’avoir lu depuis Beuve – il y a 10 ans –
    le couple Plenwy et Colombani anyant transforme’ un des 5 plus grands
    journaux « neutre » politiquement de la planete en organe d’une gauche neo-trot –
    Maintenent qu’ils sont devenu un Libe’ du soir – que Libe’ les renfoue –

  • leo
    juin 11, 2010

    De quoi se mêle-t-il ?

    et puis :

    Pourrait-on nous préciser l’utilité de la mission de consolation de Mme Boutin ?

  • Chantal74960
    juin 11, 2010

    Monsieur Eric Fottorino, bravo et bon courage. Il est bien évident que notre seigneur ne pouvait soutenir une équipe de gauche, sauf s’il s’était s’agit d’amis proches, très proches, de ceux que l’on nomme « les faux amis » pour la gauche bien entendu.

    Je ne suis pas lectrice de magazines et autres journaux, mais je vous assure que je vais faire un geste en achetant votre journal.

    Après tout, dans un monde où l’on ne parle que mondialisation, l’important n’est-il pas « Le Monde. »

    Comme je l’ai dit sur un billet de l’Express, (en attente de modération ??), amis journalistes c’est le moment de vous rassembler, il faut lutter pour « Le Monde » et pour l’information, la vraie, pas celle de la pensée unique.

  • horchani
    juin 11, 2010

    Longue vie et longue indépendance au quotidien « Le Monde » !
    D’après les dernières informations, le quotidien « Le Monde », le plus prestigieux des journaux français, dit quotidien « de référence », risque, entre autres, soit de déposer le bilan, soit de perdre son indépendance soit, alors, de passer franchement, pieds et mains liés, sous le contrôle d’un groupe étranger : nous le saurons le 14 juin, quand son conseil de surveillance annoncera le nom de son repreneur. Quoi qu’il arrive, nous ne pouvons que souhaiter longue vie et longue indépendance au quotidien français le plus diffusé et le plus apprécié à l’étranger (et ce depuis son premier numéro, paru, modestement sur une unique feuille recto verso, le 18 décembre 1944), dont le Général de Gaulle, qui souhaitait doter la France d’un grand journal rayonnant à l’étranger, fut l’un des initiateurs moteur de sa création, et dont les journalistes sont les actionnaires de référence (à travers la Société des Rédacteurs du Monde ), depuis près de soixante ans.
    HORCHANI Salah

  • Lamoyrie
    juin 12, 2010

    C’est un abus de pouvoir caractérisé. Je ne pense pas que la société des rédacteurs se laissera impressionner, puisque ce n’est pas Fottorino le décideur..

  • Sophie Dudouet Chabbert
    juin 22, 2010

    Je n’en reviens toujours pas! Est ce que vous dormez en France? C’est grave ! pourquoi laisser vous faire Sarkozy sans rien dire!

  • Abram Barela
    novembre 13, 2010

    That left a long lasting impression.

  • Thora Junkins
    novembre 15, 2010

    Thanks a lot terrific piece of work. find advice article friend, and info.

  • cardiff solicitors
    avril 6, 2011

    Of course but if this particular do occur, any idea what would happen for the preceding kinds?