Perdriel parle du Monde et dit avoir un oeil sur… Libération.

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On le savait fringuant, aussi pugnace qu’à ses débuts dans la presse, quand les imprimeries étaient faites de plomb et d’ouvriers en bleu de chauffe. On a découvert un Claude Perdriel lancé comme un bolide à l’assaut du Monde, avec une gourmandise rare: prêt à en découdre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le fondateur et propriétaire du Nouvel Observateur n’avance pas masqué. A 84 ans, cette figure de la presse française, dont j’ai fait, ici, maintes fois l’éloge, développait autour de quelques journalistes, réunis pour l’occasion, son projet de reprise du quotidien piloté par Eric Fottorino. Un projet qu’il déposera lundi prochain avec à l’évidence la ferme détermination de l’emporter.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, l’homme a tenu à expliquer, sur un ton qui se voulait ferme, qu’il ne comprenait pas pourquoi Eric Fottorino, justement,  s’était rendu, à l’Elysée, à la convocation de Nicolas Sarkozy, pour s’entendre dire que l’offre déposée par le trio Pigasse-Bergé-Niel ne lui convenait pas. «Je ne sais pas s’il faut en rire ou pas. Pour ma part, j’ai jugé la démarche pour la moins surprenante. Si j’étais membre du Conseil de surveillance de ce journal, je l’aurai même trouvé inadmissible. Sil fallait se rendre à l’Elysée, c’est en compagnie de la directrice de la rédaction de ce journal, Sylvie Kauffmann, que cet entretien avec le chef de l’Etat aurait du avoir lieu. Tout cela est curieux… »

Voilà qui est dit en termes carrés. Cette question évacuée, Claude Perdriel a abordé l’un des sujets sensibles du moment : la présence dans son tour de table d’Orange. Et là aussi, l’homme s’est fait tranchant. Vantant les mérites, (« intégrité », «qualités humaines », « rectitude »), du PDG de France Télécom, Stéphane Richard, et la proximité de celui-ci avec Nicolas Sarkozy, Claude Perdriel s’est voulu rassurant et sans détours : "Jean Daniel, avec qui j’évoquais cette question, m’a cité une phrase de Michel Foucault. « Il faut juger les gens non sur leurs positions, mais sur leur trajectoire" Et Perdriel de rappeler que la création du Matin de Paris, ce quotidien qui avait accompagné l’ascension de François Mitterrand, en 1981, n’avait pas fait pour autant de lui un mitterrandien convaincu. Pas plus que la reprise du Monde, aux côtés d’Orange, ferait de lui un sarkozyste échevelé. « C’est ignorer mon parcours depuis plus de 40 ans pour m’imaginer inféodé à qui que ce soit ». 

Caustique et d’une vélocité rare, l’homme s’est d’ailleurs offert le luxe d’une petite pique à l’égard du groupe Lagardère, actuellement actionnaire du Monde : « Si les pesonnels et la rédaction du Monde se sont satisfaits, durant des années, du groupe Lagardère, dont on sait les liens avec Nicolas Sarkozy, ils se satisferont aisément de France Télécom!» D’ailleurs, à la question, «Avez-vous rencontré Nicolas Sarkozy afin d’évoquer votre projet de reprise? », Perdriel s’est amusé à répondre qu’il fuyait tous contacts, y compris les remises de médailles à l’Elysée, où il est fréquemment convié. Afin que l’on ne puisse pas dire qu’il s’est entretenu avec le chef de l’Etat, à ce sujet…

Et Perdriel de préciser, pour clore ce chapitre, qu’il n’avait  pas vu l’intéressé depuis la fameuse affaire du SMS. On se souvient que publié sur l’Obs.fr, le contenu de ce message, à caractère privé, avait déclenché une violente polémique entre le locataire de l’Elysée et les dirigeants du magazine.            

 

20060901_OBS6863.jpgLe Monde donc….Durant ce déjeuiner, Claude Perdriel a confirmé qu’Orange n’entrerait que pour 16% à 17% du capital  du Monde Interactif, ( soit, environ 25 millions d’euros), la filiale web  d’un groupe dans lequel le fondateur de l’Obs entend injecter 80 millions d’euros, « et plus si le besoin devait s’en ressentir».

Pour le reste, le patron de presse a précisé qu’il poursuivait des discussions avec les équipes de Carlo  de Benedetti, en Italie, propriétaire de l’Expresso et de Prisa en Espagne, propriétaire d’El Païs, avec l’idée d’amener ces deux acteurs dans un vaste projet qui verrait s’associer, autour du Monde, deux des plus puissants quotidiens européens du moment. Ambitieux, ce schéma semble prendre corps : s’il aboutissait d’ici la fin de la semaine, nul doute qu’il serait de nature à convaincre une grande partie des salariés du Monde. 

Car dans cette affaire passionnante, on voit bien que deux logiques s’affrontent. Celle strictement financière d’un pool d’investisseurs incarné par Pierre Bergé, (Yves-Saint-Laurent) Mathieu Pigasse, (Lazare) et Xavier Niel (Free). Et celle, éditoriale, que symbolise un patron de presse, garant depuis près d’un demi siècle de l’indépendance des rédactions qu’il a eu à diriger. Poussant dans le détail, Claude Perdriel a d’ailleurs annoncé que s’il l’emportait, il prendrait lui-même la présidence du Directoire du Monde, contrairement aux rumeurs qui disaient que ce poste serait dévolu au patron de l’Obs, Denis Olivennes.

Ambitieux, enthousiaste, volontaire…c’est un homme décidé à accomplir le rêve d’une vie qui est apparu ce matin. Et comment ne pas à adhérer au projet de cet amoureux de presse écrite, qui n’a jamais cédé aux pressions politiques et massacré des rédactions au nom d’intérêts ou d’impératifs financiers?

Et s’il échouait?  « J’ai une chance sur deux», disait-il dans une dernière boutade, avant de confier que d’autres projets de presse pouvaient encore l’exciter. A commencer par une entrée au capital de Libération, une hypothèse que Claude Perdriel dit avoir évoqué avec son directeur, Laurent Joffrin. Mais pourquoi Libé ? « Pour ne pas perdre la main » a lâché Perdriel, avant de s’éclipser.      
 

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8 Comments
  • OuinOuin
    juin 16, 2010

    Comment Perdriel peut-il assurer l’indépendance du Monde par rapport au pouvoir, quand lui même est protégé par ce même pouvoir depuis 15 ans grâce aux gardes des Sceaux successifs.

  • Ouhla
    juin 16, 2010

    Ouhla, il est pas tout jeune, lui…

  • brutus
    juin 16, 2010

    Le patron de france télécom irréprochable.
    Bien sûr quand on se fout comme d’une gigne des salariés suicidés.

  • Freddy
    juin 16, 2010

    Sans doute Perdriel n’est-il pas inféodé à l’Elysée. Mais il s’entend très bien avec Minc, qu’il a défendu lorsqu’il était sur le point de se faire virer du conseil de surveillance du Monde. Ensuite, son plan financier ne tient pas debout, ou bien il suppose une complicité de Lagardère (curieux pour quelqu’un qui n’est pas inféodé à Sarkozy, grand ami de Lagardère…) et aussi une aide conséquente de… l’Etat pour le dossier de l’imprimerie (tiens, tiens…). Et puis il y a ce désir de virer une centaine de salariés. Comment veut-il obtenir l’appui de la société des rédacteurs avec un tel discours ? Ou bien il a perdu la boule, ou bien il sait que Le Monde lui sera attribué, in fine, par le pouvoir suprême…

  • DERCO
    juin 17, 2010

    Sacré papier ! Il ne manque que votre CV pour finaliser votre demande d’embauche. Dans le genre, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un truc aussi « objectif » sur n’importe quel sujet. Renversant !

  • chris
    juin 17, 2010

    ….Car dans cette affaire passionnante, on voit bien que deux logiques s’affrontent. Celle strictement financière d’un pool d’investisseurs incarné par Pierre Bergé, (Yves-Saint-Laurent) Mathieu Pigasse, (Lazare) et Xavier Niel (Free). Et celle, éditoriale, que symbolise un patron de presse, garant depuis près d’un demi siècle de l’indépendance des rédactions qu’il a eu à diriger…

    Je m’empresse d’en rire pour ne pas avoir à en pleurer. Comment peut on écrire des choses pareilles.

  • Coquelicot
    juin 19, 2010

    On comprend très vite que Mr Revel roule pour Mr Perdriel, risible de lire autant de lêche pour ce repreneur auréolé de toutes les qualités !

    Pareil pour Bolloré ? LOL

  • CieAura
    février 1, 2011

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