Eric Woerth au pays des patrons et des lapins…La chronique de Philippe Gavi.

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L’université d’été du MEDEF, à HEC, Jouy-en-Josas carbure sur: l’étrangeté du monde, mode d’emploi. Sur la brochure, et les banderoles des tribunes, un dessin semble bien incongru en ce campus de patrons: y figurent Alice et le lapin, celui qui dit « vite, vite, je suis pressé ». Tout va en effet à une allure fulgurante, à nous figer sur place plutôt qu’à nous amener au pays des merveilles (qui est aussi celui du non sens).
Ce vendredi 9H, amphi Blondeau, les médias, sur le pied de guerre, attendent Eric Woerth, qui doit débattre sur: « L’esprit d’entreprise pour soulever l’univers ». A écouter les interventions des deux jours précédents, l’univers se soulève lui-même. Esprit, où es-tu ? Alain Touraine la veille a prononcé le « faire part » de notre société multi centenaire. En résumé, « C’est fini ; un météorite gigantesque a tout pulvérisé : l’économie globalisée. Il n’y a plus de contrôle de l’économie. L’Etat, la politique, les médias fonctionnent comme un moulin qui n’a plus de grain à moudre. Il reste comme ultime recours l’individu qui revendique son droit à avoir des droits, des droits au dessus des lois »
Suspense. Que va répondre Eric Woerth aux syndicalistes qui à l’aube ont expliqué qu’ils ne préjugeaient pas de sa culpabilité, mais qu’ils voyaient mal comment continuer le dialogue avec un homme aspiré par son affaire. Jacques Chérèque a fait remarquer à un Elkabbach agressif que le fait d’être questionné sur l’affaire Woerth-Bettencourt  alors que le leader de la CFDT était venu parler du seul sujet important, la réforme des retraites, était bien la preuve que le ministre n’était plus l’interlocuteur idéal..
Eric Woerth n’a pas posé un lapin. Il arrive à l’heure pile. Je suis frappé par la chaleur de l’accueil. L’assistance l’applaudit, une ovation. De toute évidence, elle partage les affres d’un ami, d’un homme traqué, insulté, victime d’une vivisection médiatique. Sentiment aussi qu’Eric Woerth tient bon, à observer son sourire doux, serein, quoique teinté d’un soupçon de douleur et d’agacement. Chapeau, et pourquoi pas, respect, les applaudissements se prolongent.
A 9H30, les applaudissements crépitent à nouveau. Le flash de BFM radio (qui organise le débat) reprend les propos du ministre du Travail. Il est totalement concentré sur le dossier des retraites, il sera à l’hémicycle comme prévu pour défendre son texte. Cette réforme est cruciale. Les manifestations ? « S’il n’y avait pas de manifestations en France sur les retraites, ce ne serait plus la France ».

Nicolas Doze interroge à la cadence d’une mitraillette ; il est tellement incisif, traquant la petite phrase, qu’il s’en tord les lèvres. Son numéro me gêne. Ce n’est pas du journalisme, c’est de la propagande, pour une société capitaliste pure, sans Etat. Un emploi public, c’est plus d’un emploi privé sacrifié, qu’en pensez-vous ? L’argent de l’épargne ne devrait-il pas aller aux entreprises et non être capté par l’Etat ? Et la déclaration de l’ancien patron des patrons Yvon Guettaz selon lequel les syndicats ont eu leur utilité au 19 é siècle mais aujourd’hui, ils ne servent plus à rien ?
Eric Woerth tempère. Les syndicats sont utiles, et respectables. La fonction publique n’est pas un monstre de bureaucratie, « on peut y injecter de la productivité. » Et quand Doze veut lui faire dire que la toute puissance de l’Etat est l’héritage d’une culture féodale, il ironise :   « On est en France, il faut respecter la culture du pays, qui, en effet, est très porté sur l’interventionnisme. On accuse l’Etat de tous les maux mais tout le monde se tourne vers lui quand il y a un problème ».

Je vais choquer mes amis, ma famille politique, je suis en minorité. Je ne céderai pas. J’ai horreur d’être embarqué. Donc, je confesse : moi-aussi, j’ai eu envie de soutenir Eric Woerth. Un réflexe non politique, juste sentimental. Ai-je vieilli, me suis-je embourgeoisé, voire sarkozysé ? Non. Je n’ai pas perdu ma capacité de révolte. Mais sur l’affaire Woerth-Bettencourt, je n’arrive pas à être révolté. Je me dis bof,  les comptes de tout trésorier de Parti, et encore plus s’il est du bon côté du manche, ne sont jamais tout à fait réglos. Avoir pistonné sa femme, et puis tous ses petits mensonges, est-ce vraiment grave ? Quant à la légion d’honneur de Patrice de Maistre, qu’on ne me dise pas que les légionnaires méritent toujours leur distinction pour autre chose que les services rendus. .
Je ne crois pas qu’il y a d’un côté (Sarkozy) les méchants, les malhonnêtes, les antisociaux, et de l’autre les gentils, les justes, les honnêtes. Je crois encore moins à la stigmatisation de la personne de l’adversaire, sauf s’il la mérite, un nazi, un fanatique….
Attention, la chasse au Woerth est normale, logique. Les lois doivent être respectées. Les journalistes font leur boulot. Petite parenthèse, pendant les années Mitterrand, les journaux de gauche, je pense à « Libération », et au « Monde » d’Edwy Plénel, ont été les premiers à mener la charge, au nom du journalisme d’investigation. Il est aussi normal que la gauche tire  à boulets rouges. La droite ne s’est jamais privée de faire pareil quand elle était dans l’opposition..
Mais l’amplification médiatique ne m’oblige pas, moi, à sur dimensionner cette histoire. Les fautes reprochées ne sont pas des cimes abominables. La démocratie, la République ne sont pas menacées, bien au contraire. 

Je déplore que le débat national sur la réforme des retraites n’a pas été l’occasion d’une formidable remise à plat, sur la vie, sur nos modèles,  sur les conséquences à tirer de l’allongement de l’espérance de vie en matière d’habitat, d’éducation, de formation professionnelle, de conditions de travail, d’individualisation des trajectoires.
Est-ce le monde qui est étrange, ou nous qui lui devenons étrangers ? Le lapin court trop vite, vers quoi, le sait-il, et nous ne sommes pas Alice, ni Liliane, ni Eric, ni Patrice…. PG

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5 Comments
  • richard
    septembre 6, 2010

    Voilà un article parfaitement équilibré ! Cela fait du bien de lire des remarques raisonnables sur cette ténébreuse affaire.

  • Moniteur
    septembre 6, 2010

    S.V.P. Voyez les juridictions ici :

    http://issuu.com/imhotepav/docs/woerth/142

  • azise b
    septembre 6, 2010

    PHILIPPE GAVI –  » GAVÉE D’ANTIDÉPRESSEUR MEDEF »

    Oui, on pourrait être d’accord avec vous, mais il y a trop de contradiction dans votre propos; a la fois ceci, mais pas cela, mais aussi ça, j’en passe et des pas mures. Vous avez exprimez vos sentiments personnels, mais je ne crois pas que cela soit l’enjeu d’aujourd’hui; aimer, pas aimer, détester pas détester etc. La société cher monsieur est entrain de s’écrouler sur elle même et je vous conseil si vous le permettez d’aller un peu vous balader, dans des endroits là ou sa fait mal, là ou les gens souffrent et vous verrez a ce moment là qu’est ce qui est entrain de se passer dans le pays. L’affaire Woerth est entrain de tout l’animer ver le bas et je crois que ceux qui nous gouverne ne sont plus lucide sur la situation réel et votre article en est un exemple; d’ailleurs a l’heure d’aujourd’hui, les daltons  » sarko « hors teuf, Besson et » Estrosi, n’ont que ça affaire que de débattent de la déchéance de la nationalité; encore un message négatif et je ne crois pas que c’est avec ce genre de procéder que la croissance va repartir, bien au contraire, a l’heure de la plus grande manifestation jamais vu dans le pays. Mes respects.

  • Coquelicot
    septembre 8, 2010

     » Les journalistes font leur boulot » ..
    Sacrée nouvelle, ils auraient donc commencé à se relever de leur position à plat-ventre, de peur de finir tondus d’ici peu ? LOL

    L’affaire Bettencourt- Woerth, ce ne serait donc pas très grave alors que des versements illégaux ont peut-être été collectés pour financer la campagne de N. Sarkozy en 2007 ?
    Si ces versements étaient avérés, N. Sarkozy aurait donc été élu grâce à une fraude et ça ce ne serait pas grave ???

    Et l’affaire Karachi, encore une pécadille même avec des ingénieurs français morts ?

    Il règne aujourd’hui en France un sale climat, que des journalistes ne trouvent pas grand-chose à redire quand une affaire comme l’affaire Woerth-Bettencourt éclate ne m’ étonne pas tant que ça, HELAS !

  • Shannon Obiesie
    février 8, 2011

    There is perceptibly a bundle to realize about this. I feel you made various good points in features also.