Pflimlin cible Médiapart, Sarkozy veut le Parisien: la presse sous tensions

par 6commentaires No tags 0

La charge du PDG de France Télévisions, Rémy Pflimlin, contre le site Médiapart, accusé dans sa bouche de dérives et de manquements graves en matière d’éthique journalistique, à propos du traitement de l’affaire Woerth-Bettencourt, (voir vidéo), a soulevé un tollé dans la profession. Cette levée de boucliers a obligé l’intéressé à faire machine arrière en fin de semaine dernière, Pflimlin ayant convenu d’une maladresse de langage. Mais en est-ce vraiment une?

Car cet incident est intéressant à plus d’un titre. Qu’un dirigeant aussi roué que cet ancien patron des Dernières Nouvelles d’Alsace s’autorise à mettre ainsi en cause l’honnêteté journalistique d’un site devenu la bête noire du pouvoir, ne relève pas de la simple bévue, mais plutôt d’un propos réfléchi. Nommé par le chef de l‘Etat, Rémy Pflimlin savait que le site piloté par Edwy Plénel, à l’origine des premières révélations sur l’affaire Woerth, était devenu l’une des cibles d’un Nicolas Sarkozy particulièrement attentif à la manière dont la presse a relaté ce feuilleton politico-financier.

L’incident est d’autant plus condamnable qu’il intervient dans un contexte tout particulier, qui voit la presse non seulement sous pressions, mais plongée dans de grandes manœuvres. La reprise du Monde par un trio d’investisseurs, (Bergé, Niel, Pigasse), proche de la gauche, a achevé de crisper l’Elysée, où Nicolas Sarkozy est décidé à ne pas laisser tomber en de mauvaises mains, un autre quotidien, Le Parisien, cette fois-ci: promis, sauf surprise, au sénateur UMP et propriétaire du Figaro, Serge Dassault, ce titre est l’objet de toutes les attentions de la part du président de la République. Et son adossement au Figaro ferait de cet ensemble une belle machine de guerre en vu de la présidentielle de 2012 : c’est en tous les cas l’analyse du locataire de l’Elysée, qui n’a jamais caché son intérêt pour le quotidien du groupe Amaury devant les quelques journalistes qu’il a rencontré récemment.

On peut d’ailleurs comprendre le raisonnement et accepter que ce dernier finisse par perdre ses nerfs. Car jamais Président de la République n’a essuyé un tel tir de barrage! Jamais locataire de l’Elysée n’a été à ce point étrillé par les médias écrits ou audiovisuels. Jamais, aussi, la presse n’a été aussi libre, aussi décomplexée et acérée. Bref, jamais les journalistes de ce pays ont à ce point piétiné la fonction présidentielle.         

Voilà en tous les cas un beau clivage à la Française : d’un côté, un front médiatique de gauche, incarné par le Monde et  Libération et de l’autre, son pendant de droite, avec un axe  composé demain du Figaro et du Parisien. Bloc contre bloc. Que la presse quotidienne nationale devienne ainsi l’enjeu de stratégies d’appareils ou de calculs politiques est tout simplement désastreux. Non seulement pour les journaux en question, qui n’ont rien à gagner à faire le lit de tel ou tel parti politique. Mais également pour leurs journalistes que l’opinion  aura beau jeu de montrer du doigt. Les Français qui jugent sévèrement les journalistes, en raison des liens que cette profession entretiendrait avec les puissances de la politique et de l’argent, _un vieux cliché racorni qui perdure_, trouveront dans ces manœuvres d’appareils de quoi alimenter leurs réquisitoires.

Il est dommageable que les nouveaux propriétaires du Monde cachent à peine leur volonté de mettre ce quotidien au service d’une idéologie, au risque d’abîmer durablement l’image d’un journal qui sort tout juste d’une longue crise. Et il est tout aussi absurde et illusoire d’imaginer que ralliés aux thèses de l’UMP, Le Figaro et Le Parisien pèseront d’un poids déterminant le moment venu, lors du scrutin de 2O12. Si depuis Valérie Giscard d’Estaing, en 1981, la télévision, sous la Cinquième République, n’a jamais fait gagner une seule élection, que dire de la presse, dont l’influence n’est pas plus grande à l’heure des grands rendez-vous! Que pèsera l’affaire Woerth-Bettencourt à l’heure où les électeurs pénétreront dans l‘isoloir? Rien, peanuts! C’est la raison pour laquelle Rémy Pflimlin aurait pu s’éviter une sortie qui n’a fait que crisper des rédactions de France Télévisions prêtes à en découdre avec leur nouveau PDG au premier faux pas, le moment venu.

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6 Comments
  • CP
    septembre 27, 2010

    « Il est dommageable que les nouveaux propriétaires du Monde cachent à peine leur volonté de mettre ce quotidien au service d’une idéologie… ». Là, qu’il soit permis de rigoler doucement. Un canard de plus au service de la ploutocratie, fût-elle hédoniste et pseudo émancipée, cela ne changera guère de l’évolution de ce journal vivant sous la perfusion de banques depuis des lustres, ce qui assure de très gros salaires à des dirigeants complaisants et pas très offensifs vis à vis du monde de l’argent…

  • Jean
    septembre 27, 2010

    Non mais vous rigolez ou quoi ? Qui piétinne allègrement la fonction présidentielle ? Les médias ou le Président ?? Allons allons, un peu de sérieux svp.

  • Asfodel
    septembre 27, 2010

    Pauvre Giscard, le voilà féminisé ! Ne serait-ce pas plutôt Valéry ?

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    février 15, 2011

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