Une douche de thé froid: la chronique de Philippe Gavi.

par 3commentaires No tags 0

La défaite d’Obama devrait ramener nos docteurs Knock de la communication à plus de modestie. Rappelez-vous, la victoire d’Obama. Comme il fallut expliquer ce miracle (l’explication est ce qui distingue une démocratie d’une théocratie), les experts en marketing politique, toute la classe politique, et nous autres rêveurs, poètes, humanistes fervents vîmes dans les nouveaux réseaux sociaux et ce que les Américains appellent le grassroots (ce «  au ras de l’herbe » est difficilement traduisible : terrain, base, proximité ?) le sésame de la nouvelle démocratie.

Ségolène Royale, préceptrice de la démocratie participative, triompha. Jacques Séguéla, Stéphane Fouks  et autres disciples de l’école Jacques Pilhan se sentirent rajeunir. Ils avaient trouvé le media idéal, populaire, branché, efficace et gratuit. Quel publicitaire n’a pas rêvé d’une communication virale où les clients font eux-mêmes la pub de la marque ! Veux-tu être mon ami ?

Novembre 2010, Obama est battu. Cette fois ci, les réseaux sociaux, le web marketing, le mouvement  « grassroots » ont boosté les adversaires les plus acharnés du Président. Ils ont su mobiliser leurs réseaux sociaux en manifestant une époustouflante inventivité.

Aux images émouvantes des jeunes disséminant le « Yes we can » sur le web, et sur le terrain  succèdent celles des candidats du Tea Party et d’une foule de crétins obtus, méchants, hargneux, réacs, bondieusards. Trois sur dix croient à la vérité littérale de la Bible, plus de la moitié voient en Obama un socialiste (il n’y a pas pire injure), un raciste, un Antéchrist,  une ordure qui veut transférer la souveraineté des Etats-Unis à un gouvernement unique mondial. Ils vomissent l’Etat, la sécurité sociale, l’assurance maladie universelle, l’évolutionnisme, et feraient passer un Sarkozy pour un dangereux bolchevique.

L’Amérique cauchemardesque et néanmoins populaire que la victoire de Barrak Obama avait mis à l’ombre, a retrouvé toute sa virulence. Les nouveaux réseaux sociaux  l’ont hystérisée. Même les KKK peuvent tomber la cagoule.

En plus, ce sont des femmes qui ont tiré le mouvement, Sarah Paulin et ses amies. Des femmes odieuses, détestables, mais ni moins mères ni moins féminines que le commun des femmes. L’idée que la femme est plus juste, plus douce, plus attentive à l’autre, moins va-t-en-guerre que l’homme est sérieusement battue en brèche.

En ramenant tout à la communication, nos spin doctors se gonflent d’importance comme les grenouilles d’Aristophane. Il n’y a pas de méthode gagnante, pas de martingale. Les électeurs sont des chameaux : on ne les force pas à boire s’ils n’ont pas soif. Les nouveaux réseaux sociaux  peuvent amplifier un mouvement d’opinion, le fertiliser, mais, comme la langue d’Esope, ils sont neutres

Je laisse aux générations futures le soin de se poser cette question : alors qu’on encense Face Book, Twitter, la révolution numérique, pourquoi les dépenses des partis politiques n’ont-elles jamais été aussi élevées ? Les budgets de campagne ont carrément explosé, à la limite du supportable. Question subsidiaire, pourquoi les vieux médias grand public restent-ils plus que jamais un enjeu de pouvoir. Les ténors politiques ont beau avoir tous leur blog, ils continuent de se battre pour occuper le prime time.

Dimanche, Jean-Luc Mélenchon expliquait dans son blog que la lutte continuait ; son bouquin « se vend comme un feu dans l’herbe » et s’il n’a rien écrit ces derniers jours, c’est qu’il était occupé à préparer son passage chez Michel Drucker. En fin de journée, sur le divan rouge, le chef du Parti de gauche a pu dire tout le mal qu’il pensait des médias, des journalistes, de la société du spectacle. « Je veux pousser dans les médias une révolution citoyenne. » Les « pauvres » (techniciens, intermittents du spectacle, journalistes de base) chasseront un jour les « riches ». Ouf, son hôte échappera à la purge. Un animateur star qui, avant d’entrer sur le plateau salue gentiment ses techniciens et leur présente son invité ne peut être qu’un type bien. Jean-Pierre Coffe, d’un humour désarmant par sa bonhommie, lui a répliqué que lesdits techniciens, qu’il ne manque jamais de saluer, lui avaient dit en riant que c’était le moment de demander une augmentation au patron. PG

0
3 Comments
  • Michael
    novembre 8, 2010

    J’ai été censuré sur le blog de Mélenchon. J’y avais posté un commentaire peu reluisant sur l’état actuel de la politique et je disais que je ne croyais pas plus en lui qu’aux autres. Qu’il faisait du buzz, de la comm pour qu’on parle de lui. Mon message est resté 5 minutes affichés et puis il a disparu….

  • Sébastien
    novembre 8, 2010

    Merci Renaud Revel pour vos analyses pertinentes qui éclairent nos esprits en ces temps embrumés.
    Grâce à la finesse de vos réflexions, le monde me paraît plus facile à appréhender.
    Monsieur Revel, vous êtes le Christophe Colomb du XXI° siècle car nous découvrons chaque jour de nouvelles choses grâce à vous.

  • zabeillon
    novembre 9, 2010

    cher renaud revel
    mais ou donc avez vous pris qu’une femme au pouvoir est plus douce , plus attentive et moins va t’en guerre?? trois des grands chefs d’etat du 20emme siecles etaient des femmes et ont gouverné sans etats d’ame: Margaret Thatcher l’anglaise ,Golda Meyer l’israelienne, Indira Ghandi l’indienne ont fait preuve d’une determination, d’une autorité , d’une tenacite voire d’une brutalité bien superieure à certains hommes. Et croyez moi si Segolene Royal est élue (ou bien Martine Aubry) les socialistes( et avec eux nombres de français ) pleureront des larmes de sang! rien qu’à l’idée qu’une Eva Joly puisse acceder au pouvoir j’en ai déja des frissons.
    Et on ne peut pas m’accuser de machisme car je suis moi même une femme et que je connais bien mes pareilles!
    bien à vous