La mort de l'ami Mazières

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« Tentative de cambriolage, dispute qui tourne mal ou mauvaise rencontre ? La brigade criminelle qui a été chargée de l’enquête n’excluait hier aucune hypothèse après la découverte du corps de Bernard Mazières, tué dans son appartement du VIe arrondissement parisien. L’alerte a été donnée vendredi après-midi par sa femme de ménage qui l’a retrouvé inanimé dans sa chambre… » Ainsi débute l’article consacré, hier dimanche par Le Parisien, à la disparition brutale d’un confrère et ami dont la mort émeut une grande partie de la profession. Les conditions tragiques de la mort de ce délicieux garçon, qui avait fait sa carrière au sein d’un grand nombre de services politiques, dans des médias très divers -de RMC à l’Express, en passant par Le Parisien- sont d’autant plus insupportables qu’elles sont tout le contraire de cet homme doux, drôle, enjoué, confraternel et attentif aux autres comme rarement: Les premiers éléments de l’enquête attestent en effet d’une agression à son domicile parisien particulièrement sordide et dramatique.

Bernard avait 60 ans et il laisse derrière lui un jeune garçon et une légion d’amis qui garderont le souvenir d’un être dont la  causticité, la fidélité, la loyauté et la joie de vivre, toujours teintées d’une douce ironie et d’une profonde mélancolie, étaient quelques-uns uns des principaux traits de caractère.

La classe politique, qu’il fréquentait assidûment depuis des lustres, lui rend hommage depuis quelques heures: à gauche comme à droite, on salue celui qui savait s’amuser des travers d’un personnel politique épinglé toujours avec tact et élégance. La salle des Quatre colonnes à l’Assemblée résonne encore de ses bons mots.

Bernard nous réjouissait d’autant plus qu’il donnait le sentiment d’avoir fait du journalisme moins une profession qu’un passe temps, dont il aurait été un amateur éclairé: il semblait ainsi butiner avec une sorte de panache dans ce métier qui le voyait traverser les rédactions en badaud, un pardessus froissé négligemment jeté sur l’épaule et un mot pour chacun, le tout  avec une nonchalance naturelle qui nous déconcertait. Ses élégantes flâneries qu’il savait agrémenter de quelques jolies philippiques, décochées  au détour d’un couloir ou d’une conférence de rédaction, en faisaient une sorte de dandy terriblement attachant: un aristocrate du journalisme disparu salement.

Il nous manque.

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3 Comments
  • GP
    décembre 30, 2010

    M. Revel,

    J’ai eu la chance d’avoir Bernard comme parrain (et mentor !) pour le concours « l’Express-Grandes écoles ». J’ai été frappé par sa grande disponibilité, son attention et sa gentillesse. Nombre de mes camarades qui avaient pris part à l’aventure, sous la houlette de l’ami Bernard, ont poursuivi leur route dans le domaine des médias. Pour ma part, j’aimerais lui rendre hommage, car il fut le premier à m’encourager dans mes choix professionnels. Il fut également, pour moi, une icône du journalisme, dandy, charismatique et un tantinet romanesque avec ce faux-air d’un Grégory Peck tout droit sorti du film « Vacances romaines ». Pour l’avoir vu plusieurs fois par la suite, j’ai eu la joie de constater que l’homme, fondamentalement humaniste et humble, n’avait pas changé…
    Au Revoir l’ami et merci.
    Merci M. Revel pour votre billet.
    Cordialement,
    GP

  • Patriste
    janvier 1, 2011

    Merci GP pour votre hommage et témoignage qui n’accuse personne.

  • fighting video game
    janvier 15, 2011

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