Le Monde cherche kamikaze.

par 4commentaires No tags 0

Atypique, corseté et complexe, le processus qui doit conduire à la désignation du successeur d’Eric Fottorino aux commandes du Monde risque de déboucher sur un malentendu. En obtenant cet été un droit de regard absolu sur cette nomination, (puisqu’il faudra aux candidats en lice le feu vert de 60% des rédacteurs du quotidien pour l’emporter, soit un quasi plébiscite pour l’intéressé(e)), les journalistes du Monde ont pour ainsi dire entravé les nouveaux propriétaires du titre, (le fameux trio Bergé-Niel-Pigasse) : ramenés au rang de simple observateur, le trio BNP n’a guère de marge de manœuvre au sein d’un processus de désignation cadenassé.  Situation inédite, en effet, ceux là même qui viennent de sauver ce journal d’un dépôt de bilan programmé se voient aujourd’hui condamner à entériner le choix d’une rédaction soucieuse avant tout de préserver ses statuts et son indépendance.

 

Voilà qui est parfaitement honorable, -et qui le lui reprocherait ?-,  mais vouloir tenir à distance des actionnaires décidés à mettre de l’ordre dans les finances d’un journal au train de vie jugé trop conséquent, risque de créer demain de vives tensions. Voilà des semaines, en effet, que la presse se fait l’écho des premières mesures d’économies, -dont  la suppression d’une quarantaine de voitures de fonction- décrétées par une nouvelle équipe aux pratiques musclées, type «Cost-killers ». Le message se veut limpide: l’avenir du Monde passera inévitablement par un plan d’assainissement draconien et des mesures d’économies qui risquent fort de se révéler de grande ampleur.

Mais qui pour  mener ce plan? Qui pour appliquer la feuille de route d’un triumvirat décidé à faire de ce groupe de presse une entreprise florissante? Qui pour accepter d’aller saigner à blanc une rédaction à qui le nouvel élu devra tout simplement son mandat? De quelle marge de manœuvre disposera le prochain patron du Monde ? Ecartelé entre les exigences d’actionnaires décidés à porter le fer et à réformer profondément l’entreprise et des journalistes soucieux de protéger leur outil de travail, le successeur d’Eric Fottorino devra naviguer sur la ligne de crète. Avec le risque d’y laisser des plumes, au fil de conflits sociaux inévitables.

 

Reste maintenant à trouver parmi les récents vainqueurs de l’émission Koh Lanta  un Rambo new-look capable d’endosser le costume et de relever le défi. On sait déjà que les candidatures extérieures ne pourront émaner que de journalistes sur la touche ou au rancard, des figures de la presse forcément sur le déclin: En effet, quel patron de rédaction aujourd’hui en poste se risquerait-il à sortir du bois pour aller affronter les suffrages d’une rédaction imprévisible, avec peu de chance d’un retour à la case départ en cas d’échec? Aucun.

 

Quel journaliste en vu et occupant de hautes responsabilités dans un autre titre, aura le culot d’aller défendre son projet devant un jury composé de représentants de la rédaction et d’actionnaires du Monde avec, là aussi, le risque de se faire renvoyer dans ses foyers en cas de refus? Personne, là encore.

 

Voilà qui limite le choix, ligote les ambitions et risque de condamner les gens du Monde à se rabattre sur des candidatures extérieures forcément moins flamboyantes ou sur des profils venues cette-fois-ci  de l’interne: On sait déjà qu’au sein du Monde certaines vocations ont vu le jour : «Plusieurs hypothèses circulent », écrivait ainsi le Journal du Dimanche, le 12 décembre: « Robert Solé, 64 ans, directeur du Monde des livres, pourrait être un bon pape de transition. Le grand reporter quadragénaire Arnaud Leparmentier se verrait occuper le poste. Le choix le plus consensuel pourrait être celui de l’actuelle directrice de la rédaction, Sylvie Kaufmann, 54 ans. Un candidat – qu’il soit interne ou externe – qui doit être approuvé à 60% par la rédaction », rappelait ainsi le JDD…Autre nom un temps évoqué, celui de Christophe Barbier, l’homme à l’écharpe rouge et le patron de ma maison a été flatté de voir son nom apparaître. Une rumeur démentie ce matin et de manière enlevée par l’intéressé sur son blog. C’est clair et net. Lisez-le.

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4 Comments
  • carole
    décembre 28, 2010

    Vous ne pourriez pas lui dire qu’il est ridicule avec son écharpe rouge, votre copain? Si encore elle lui avait été donnée par…je cherche un nom honorable…
    Là il fait vraiment petit chevalier du Moyen Age portant les couleurs de sa belle.

  • Laurent
    décembre 28, 2010

    Je suis toujours amusé par votre vision modulable des situations.

    Vous semblez ici reprocher aux journaslites de vouloir préserver leur indépendance vis à vis du trio actionnaire. Or Pierre Bergé a dit publiquement que l’un de ses objectifs en achetant Le Monde était de contribuer à la victoire de la gauche en 2012.Dans ce cas, vous soutenez les actionnaires. Une première, est ce lié à la finalité ?

    P.S. : Je m’étonne que vous rebondissiez pas sur l’article de Capital sur les privilèges des journalistes de France 3.

  • yvon louvain
    décembre 28, 2010

    Moi, je vois un candidat à ce poste: le sieur Plenel….

  • Claire
    décembre 29, 2010

    Qui peut encore lire sérieusement les propos de Renaud Revel?
    Ne trouvez-vous pas qu’il s’est suffisamment discrédité?
    Le peu de commentaires tend, Dieu merci, à le démontrer…