Confusions dans la sphère médiatico-intellectuelle ! La chronique de Philippe Gavi

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 « Le Monde ».  Jamais « Le Monde » n’a soutenu Ben Ali, ni ne s’est aligné sur la raison d’Etat. Alors pourquoi ce titre stupéfiant de l’édition datée du mercredi 19 janvier : « Maghreb : les risques de la contagion tunisienne ». Le mouvement démocratique serait une maladie dont il faut redouter la contagion!  Et si les autres pays du Maghreb suivaient l’exemple tunisien, ce serait un risque !  Pour le pays, le peuple, les despotes ? Je lis, toujours en Une. : « Au Maroc et en Algérie, le pouvoir et les medias suivent l’évolution de la situation avec la crainte d’une contagion notamment dans la jeunes ». Que « le pouvoir » craigne une « contagion »,  c’est normal, et les démocrates s’en réjouissent. « La révolution en Tunisie, source d’inspiration pour la Méditerranée », signe un collectif en page « débats » de la même édition. Mais « les médias » ? Il faut aller en page intérieure pour comprendre qu’il s’agit des seuls médias officiels, à la botte du pouvoir marocain et algérien.

Le contre sens saute aux yeux ;  beaucoup de lecteurs ont réagi comme moi .Etant donné  l’importance qu’a prise la Tunisie, la polémique sur le soutien des occidentaux à Ben Ali, on peut s’alarmer : y a-t-il encore quelqu’un qui relit  le journal avant parution ?

Ce n’est pourtant pas le moment d’être laxiste. Pierre Bergé, Mathieu Pigasse et Xavier Niel, qui s’apprêtent à nommer le successeur d’Eric Fottorino à la tête du « Monde », ne ménagent pas leurs critiques. Le « Monde », disent-ils, doit redevenir le « journal de référence », celui que Pierre Bergé a aimé dans sa jeunesse.

Le populisme.. « Libé »  titre: « les anti-Le Pen ont-ils échoué ? » La question  est centrale. Le cauchemar d’avril 2002, quand 16,86 des électeurs ont porté Le Pen au second tour, peut se reproduire en 2012. Si les voix de gauche se dispersent trop. D’où la violence du dessin de Plantu, paru dans l’ « Express », _ «  l’ascension des néo populismes »_ où Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen portent un brassard et lèvent le bras droit, le gauche tenant un manifeste « Tous pourris »..Tous deux en effet exaltent le peuple et invectivent les  politiciens,  intellectuels et journalistes. Il faut croire que c’est payant..Marine Le Pen  est redoutable, par les voix qu’elle peut gagner et Mélenchon, par les voix qu’il peut faire perdre.

Ce qui oblige à s’interroger sur ce qu’on appelle le populisme, Si  c’est flatter les bas instincts du peuple,  c’est que le peuple a de bas instincts, et n’a pas forcément raison. Que faire si la mauvaise réponse à une bonne question est électoralement majoritaire ? Finalement, c’est à chacun son peuple, en fonction des valeurs qu’on veut lui faire incarner. On remarquera qu’il a fallu la chute de Ben Ali pour que les émeutiers de la rue deviennent le peuple tunisien.  

L’antisémitisme. Un journaliste de France 24 est expulsé de la salle du Congrès de Tours du FN, tabassé par le service d’ordre. Réponse gouailleuse de Le Pen : « Le personnage en question a cru pouvoir dire que c’est parce qu’il était juif qu’il avait été expulsé. Ca ne se voyait ni sur sa carte, ni sur son nez, si j’ose dire ».  

Tout de suite, cela a été la curée :: le dérapage verbal, la vraie face des Le Pen, son antisémitisme viscéral. Pas d’accord. Le Pen sait qu’il est présumé antisémite (ce qui sert sa popularité) ; les antisémites primaires représentent les Juifs avec un gros nez et rêvent d’une étoile jaune sur la carte d’identité. Le Pen dit le contraire. Comme a corrigé Marine Le Pen, il aurait fait mieux de dire que « ça ne se lisait pas sur son front ».

Normale Sup. L’interdiction d’une conférence à Normale Sup animée par Stéphane Hessel est consternante. Elle devait débattre de l’interdiction, par la loi, de l’appel au boycott des produits israéliens, en solidarité avec les palestiniens de Gaza. Je comprends que le président du CRIF, Richard Pasquier, veut torpiller toute initiative anti israélienne. Mais je ne comprends pas que Bernard Henri-Lévy, Alain Finkielkraut et Claude Cohen-Tannoudji soutiennent cette censure universitaire. Ce que représente Normale Sup, _ la liberté d’expression jusqu’à l’outrance dans l’enceinte universitaire conquise après 1968, la confrontation des idéologies et des engagements (sauf racistes) _ devrait primer sur toute polémique. Interdire aux  pro-palestiniens de s’exprimer dans cette enceinte quasi asilaire, manque d’élégance.

Céline. Dans le texte de présentation des personnalités proposées pour les célébrations de l’année 2011, il est écrit : « Il n’est pas facile mais il est passionnant d’établir une liste des individus dignes d’être célébrés ; c’est-à-dire de ceux dont la vie, l’œuvre, la conduite morale, les valeurs qu’ils symbolisent sont, aujourd’hui, reconnues comme remarquable ». Il est évident que Céline ne pouvait être célébré.sur ces critères Il me semble tout aussi évident que ce genre de célébration culturelle officielle, sur le critère de la dignité, sera toujours douteux, dés lors qu’on associe l’œuvre à la personnalité de l’auteur, à ses postures politiques et personnelles. PG

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3 Comments
  • Loone
    janvier 25, 2011

    Tout à fait d’accord avec vous sur chacun des points. Normalien – de province – j’ai été particulièrement peiné par la prise de position de BHL.

    Cette phobie de l’islamisme va devoir être sérieusement analysée car elle devient un mal profond de notre société. En son nom, qui défend des régimes autoritaires et corrompus au Maghreb, qui des régimes d’occupation militaire et brutaux au Machrek…

    Pourtant BHL sait bien que si tout le monde était prêt à laisser mourir les Bosniaques c’est parce qu’ils étaient musulmans… C’est vraiment désolant cette prise de position.

  • Lopez Matthias
    février 16, 2011

    Je viens de finir votre billet et suis d’accord sur tout les points… ou presque!
    En effet parlons de Normale Sup! En parlant de Normal Sup, vous stigmatisez une grande école française, comme si ce « tri » des conférenciers était l’apanage de l’ENS. Les grandes écoles et les universités sont des lieux de débats, d’échange d’idées. Une conférence est davantage un exposé qu’un débat. Comment peut-on se réclamer homme de savoir/homme de science si notre exposé est déjà biaisé ?
    La question ici n’est pas d’être pro-palestinien ou pro-israélien, c’est un faut débat!

    Cette conférence a été annulée parce-qu’elle ne respectait pas les règles élémentaires d’impartialité que réclame le monde académique. Pour preuve immédiate la conf’ est contesté par des pro-israéliens, donc son contenu est biaisé.

    Bien à vous!

  • Lopez Matthias
    février 16, 2011

    pardon: fauX débat!