Libye: les médias sarkophobes.

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S’il fallait un nouvel indice pour valider définitivement la thèse selon laquelle Nicolas Sarkozy a un vrai problème avec des médias qui l’ont pris ostensiblement en grippe, il suffit d’examiner pour cela le traitement réservé au chef de l’Etat depuis le début des évènements en Libye.

Et s’il fallait un nouvel exemple de l’état de déliquescence intellectuelle de certains organes de presse, en France -journaux, télés ou radios- pris au piège d’une  rhétorique «sarkophobe» devenue le pain quotidien, il suffit, là aussi, d’écouter ce qui se dit, de lire ce qui s’écrit.

Il n’est pas un observateur, pas un diplomate, pas un politique, pas un journaliste étranger et à pas un libyen à fortiori, aujourd’hui, pour constater et saluer le role moteur qu’aura joué Nicolas Sarkozy dans la mise en oeuvre d’une opération salutaire destinée à abbatre un régime honni. C’est ainsi. On peut essayer de tordre, par tous les moyens, la réalité, de s’adonner à toutes les contorsions, user de tous les artifices, on ne parviendra pas à masquer une évidence criante: le locataire de l’Elysée restera dans cette affaire le principal instigateur d’une mobilisation internationale. Quelle qu’en soit l’issue, elle porte son estampille.

Mais là où, par exemple, l’opinion et les médias anglo-saxons, auraient salué à l’unisson et sans réserve, au-delà des clivages et des différences de sensibilité, l’initiative de leurs dirigeants, une très grande partie des médias français ont choisit, soi par pure idéologie ou réflexe répulsif, soi par simple paresse coupable, d’oblitérer ou de minorer le rôle de Nicolas Sarkozy, (réduit à quelques rodomontades), au risque de piétiner les règles les plus élémentaires de la profession.

Nicolas qui ? Nicolas quoi ? Cette propension à la caricature a pris de telles proportions qu’on a vu, par exemple,  Libération parvenir, dans les premières heures de ces évènements – et au lendemain du vote de la résolution de l’ONU- à ne jamais citer l’intéressé, auquel on a substitué quelques images: « La France », « L’Etat français», « Les autorités françaises»…Ainsi vont les médias, à plat ventre sans réserve devant le locataire de l’Elysée, en 2007, et vautrés sans retenue dans une détestation qui a atteint des sommets, quatre ans plus tard.  On est passé du règne de l’encensement aveugle à celui de la critique sans nuances. Dans un bourdonnement quasi unanime, nos principaux organes de presse déroulent ainsi à propos de la Libye et avec une persévérance méritoire des commentaires pour le moins biaisés. Par peur d’apparaître tel un chaouch de l’Elysée,  la presse rechigne ainsi à crier «Vive Sarko», préférant édulcorer la réalité que d’apparaître tel un suppôt du pouvoir.   

Beaucoup, depuis 2007, parmi les intellectuels et les journalistes, ont voulu stigmatiser l’imbrication de groupes industriels avec des médias mis au service du candidat devenu président de la République. Que n’a t-on dit sur une « médiasphère » définitivement affermée, tout acquise, au chef de l’Etat, rangée comme un seul homme derrière le fanion élyséen. Foutaise! L’épisode libyen démontre bien l’inverse. Exception faite du Figaro, dernier sanctuaire d’un sarkozysme échevelé, les médias français ont peu à peu  pris leurs distances. Idées uniformes, réflexes identiques, le mimétisme est de mise, la connivence est de règle : l’anti-sarkozysme, voilé ou affiché, est devenu la norme, une mode, un rituel. Un toc.

Que ne disait-on en 2007 à propos des « cardinaux de la pensée unique », cette oligarchie composée d’éditorialistes de renom et de patrons de médias puissants qui devait accompagner le quinquennat de Nicolas Sarkozy jusqu’aux rivages de la présidentielle de 2012 ! Que reste t-il de cette phalange d’hagiographes, si ce n’est une troupe en lambeaux? Dassault, Lagardère, Bouygues, cette troïka, affermée au chef de l’Etat, devait, nous disait-on, protéger à travers les médias qu’il contrôle, «Sarkoland» : l’axe de fer est aujourd’hui en ruine. Même TF1, autrefois thuriféraire en chef du sarkozysme et machine à propagande, a rangé ses calicots et replié son tapis rouge.        

Il m’est souvent arrivé de brocarder sur ce blog telle ou telle initiative de Nicolas Sarkozy, dés lors que celle-ci m’apparaissait inappropriée ou maladroite, à l’instar de la réforme du mode de nomination des PDG de chaînes de service public. Mais je ne crois pas être allé jusqu’à nier, le concernant une réalité ou une évidence. Or la Libye en est une.

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16 Comments
  • duquesne
    mars 24, 2011

    enfin un commentaire éclairé sur la « beni dit non » attidude de tous les médias

    Ce pourvoir est ENORME mais aucun controle ni contre pouvoir!! du jamais vu dans l’hisoire!

    ces médias auront la respabilité de la déroute démoscratique qui est en cours dans tous les pays occidendaux!!

    reste le net! et encore……….c’est souvent le « niet »!!

  • phiver
    mars 24, 2011

    L’évidence pour moi c’était de déclarer la guerre depuis 2007 à la montée du chômage,à l’exclusion de nombreux citoyens.L’évidence, c’est qu’il fallait encourager le monde arabe à résoudre le problème Libyen.Et celui de Bahreïn aussi pourquoi pas la Syrie tant qu’à faire, de rendre à l’Afrique son auto détermination ( j’ai cru que c’était le sens du discours de Dakar). A l’évidence, Monsieur, je ne comprends rien à ces manigances, ces gesticulations sanguinaires et il est acquis que contrairement à 2007 , 2012 sera pour moi TSS! L’emploi des armes ne redorera pas toutes les couleuvres ou vipères (ca fait plus mal)que j’ai avalé depuis mai 2007 sur le parvis du fou-quai!Enfin une guerre on sait quand ca commence.On sait pas quand ca termine…Et pour quoi la Libye plutôt que le Congo de Babgo, confortable président non élu? C’est pourquoi toutes ces sarkoseries se doivent, comme vous l’avez souvent fait, d’être brocardées et vite qu’on passe à un ou une président plus calme et plus discret. TSS!

  • jean
    mars 24, 2011

    Sarko n’a agit que par pur calcul politique, il est tellement bas dans les sondages, il a été tellement mauvais sur les révolutions arabes qu’il n’avait pas d’autre choix que de jouer les « zorro », mais franchement il ne faut pas y voir ni du courage ni un quelconque sens moral, il n’a ni l’un ni l’autre…

  • Le Petit Nicolas (mais en Plus Grand)
    mars 24, 2011

    Ceci étant, quand on voit comme Nicolas Sarkozy a traité les journalistes depuis des années (la photo des journalistes tirés dans une charrette derrière un tracteur ?), les humiliant et les faisant virer pour des papiers ayant déplu, on peut comprendre que aujourd’hui, alors que l’opinion a définitivement basculé contre Nicolas Sarkozy, ils saisissent cette opportunité de lui renvoyer la balle.

    Personnellement, c’est plus 2007 et la manière dont il a été encensé que 2011 qui me choque.

  • ged
    mars 24, 2011

    J’aimerai bien connaître l’avis de Paul Desmarais et Albert Frères? Qui je le rappelle sont grâce à notre Illustre Président les principaux actionnaires de Total.

  • bertrand maleau
    mars 25, 2011

    Français vivant aux Etats-Unis, je n’en reviens pas de votre chronique visant à accréditer l’idée que N. Sarkozy soit l’homme qui a entraîné le monde dans l’intervention en Libye.

    La décision s’est bien prise dans le bureau oval 48 heures avant le sommet à Bruxelles du week-end dernier et l’intervention de Juppé à l’ONU.

    Heureusement, il reste quelques journalistes un peu sérieux en France…

    http://www.lepost.fr/article/2011/03/20/2440446_libye-pourquoi-la-television-francaise-cache-t-elle-que-sarkozy-est-sous-commandement-americain.html

    • Aquarius74
      mars 25, 2011

      Bien vu.
      J’ai suivi cet article du Post, d’ailleurs comment ne pas s’y intéresser lorsqu’on constate que l’aviation libyenne a été éliminée non pas par les avions français, mais par les missiles US. La prudence d’Obama contraste tellement avec l’agitation de Sarkozy que l’on sent bien d’où vient le vent. Non pas des ventilateurs excités de l’Elysée, mais de la brise efficace des américains. Non pas que je sois atlantiste, loin de là. Mais sur ce coup-là, Sarkozy est plus bas que terre (comme sur d’autres d’ailleurs). Heureusement qu’il a Juppé pour maintenir un semblant d’honneur.

    • russo
      mars 31, 2011

      eh bien, si pour contrer cet excellent article vous n’avez comme référence que le Post….cela me fait bien rire.
      Quoique, en citant le Post, on devine les raisons qui vous font critiquer notre Président…

  • Frankreich
    mars 25, 2011

    @ BERTRAND MALEAU : L’article du Post me paraît être le bon exemple pour illustrer les propos de Renaud Revel. Si c’est ça du « journalisme » d’investigation, je rigole. On nomme deux articles, dont celui du NYT qui s’intéresse de près au basculement psychologique d’Obama, et l’autre du Washington Post, pas vraiment pro-français, et qui pourtant ne vient jamais nier la thèse d’une diplomatie française, mais insiste seulement sur le rôle prépondérant des américains en terme militaire. A partir de ces 2 articles, pas vraiment convaincants, on brode une histoire de story-telling à la française, où le petit Sarko agite ses petits bras pour faire gober qu’il part en guerre tout seul. On se demande où est la caricature et où sont les « vrais journalistes ».
    Certes, Obama a été convaincu par ses proches conseillers, rien d’étonnant, mais aussi par l’implication de la France qui a mené les pourparlers diplomatiques auprès de ses alliés et de la Chine+Russie pour faire passer le vote de la résolution auprès des nations-unies. Obama a été convaincu la veille du vote ? Quel scoop ! Moi qui pensait qu’il avait pleuré en écoutant le discours émouvant de Juppé.
    La France n’aurait pas bougé, on aurait pu lire sur le Post le nouvel échec et l’immobilisme de la diplomatie française. La France bouge et agit, on lit que Sarko nous a fait un coup d’intox et que par bienveillance, les USA ont laissé les Français tirer les premiers. Par bienveillance aussi, l’administration Libyenne pro-Kadhafi dénonce l’axe franco-américano-anglais.

    Ceci étant, je crois que Sarko a bien cherché cette opprobre générale, à force de se mettre personnellement en avant en toutes circonstances sur la scène internationale, à force de s’attribuer les mérites des autres, cette suffisance insupportable engendre je pense la défiance actuelle de la presse.

    2007 est pour moi une autre histoire, les critiques n’ont pas manqué dès le jour de son élection avec l’affaire du Fouquet’s, le yacht de Bolloré, etc. Les médias ont, je crois, subit l’état de grâce et le rythme réellement innovant de Sarkozy. Les médias peinaient à prendre la distance de l’analyse et de la réflexion à force de s »épuiser à suivre speedy gonzales. Ils s’en sont bien remis je crois, et on ne leur fera pas le coup une nouvelle fois je pense.

  • carole
    mars 27, 2011

    Quand on parle de « déliquescence intellectuelle » avec un tel article, ça fait peur.

    Car après l’Irak et l’Afghanistan (et toutes les autres guerre de libération, Kosovo y compris), comment peut-on saluer une autre guerre au nom de la « démocratisation » ?

    Car dans un contexte où des pays comme le Bahrein, le Yémen, la Syrie, etc., font face à une répression féroce, sans même parler des exactions commises jour après jour en Palestine par Israël, comment peut-on interdire comme illégitimes les questions évidentes que l’on se pose sur la position de la France plus qu’ambiguë ?

    Et c’est ça, le renouveau intellectuel de la France ! La pauvre, elle est tombée bien bas !

    On aurait aimé pendant les présidentielles un article sur la sarkophilie et l’amour passionné et sans recul de tous les médias (sauf Marianne) pour Sarkozy.

  • dédé
    mars 27, 2011

    C’est la nouvelle antienne à la mode, appartenant aux éléments de langage UMP : haro contre les journalistes. C’est censé retourner les citoyens comme une crêpe et les ramener dans le giron sarcosien. Mais c’est mépriser profondément ces mêmes citoyens en occultant toutes les étapes de la chute élyséenne. Le prince Jean, ça n’a jamais existé, Hadopi itou, le divorce et le mariage idem, les nominations abusives, etc…etc…
    La nouvelle ligne : c’est une victime, vous dis-je. Son rôle préféré.

  • BODINEAU
    mars 31, 2011

    Bonjour,
    Les médias Sarkophobes ? C’est un pléonasme !
    Les médias sont plus que cela, c’est de la haine du racisme…
    De là à penser que ses origines, hongroises par son père et JUIVE par sa grand-mère, sont la cause de cela, il n’y a qu’un pas.
    Les campagnes de diffamation, de haine, de racisme sont dignes des heures noires des années 30, de triste mémoire.

    • annie
      mars 31, 2011

      Enfin quelqu’un qui ose parler autrement que la meute de la pensée unique ! Il faut être aveugle ou sourd pour ne pas voir la haine , à mon avis bassement politique, contre le président de la république. On dirait que, pensant que la messe est dite et que N Sarkozy ne sera pas réélu, tous nos chers pseudos bien pensant se liguent contre lui afin d’être bien vus du futur ( espèrent-ils ) président, et oublient toute retenue et honnêteté intellectuelle.

  • Laurence
    mars 31, 2011

    Enfin un journaliste autocritique. Il y a en a marre effectivement de cet hallali permanente. Dès qu’une initiative est annoncée, on assiste à une entreprise de démolition systématique. Comme lectrice, auditrice, spectatrice, je suis complètement écœurée et la désaffection des français, pour la démocratie et donc le fait de voter, est bien une conséquence de cette ambiance nauséabonde. Il me revient en mémoire une émission dans laquelle la plupart des anciens premiers ministres étaient interviewés et à la question « qui exerce le pouvoir en France » ils ont tous été unanimes à dire « les médias ». Que ces derniers soient conscients de leur pouvoir et œuvrent plutôt à la promotion de la France et de ses entreprises pour la création d’emplois et de richesses pour tous.

  • annie
    mars 31, 2011

    Entièrement d’accord avec Laurence

    • russo
      mars 31, 2011

      entieremnt d’accord avec Laurence et Annie