War game

par 7commentaires No tags 0

Les images sont les mêmes – des flèches luminescentes déchirant le ciel et au sol des explosions abrasives consumant des sites qualifiés forcément de « stratégiques ». Et le vocabulaire guerrier, un copié collé – « Armada », frappes chirurgicales », « dommages collatéraux »… Dans un même élan, les médias français ont rechaussé leurs rangers, ressorti l’attirail et aligné une armée de reporters aux accents martiaux. Sans plus de nuances et de distance que lors des précédents de la guerre du Golfe, quand les avions alliés bombardaient  l’aveuglette – et détruisaient – l’ancienne Mésopotamie, la télévision se grime et se transforme en classe de recyclage pour officiers au rancart: elle fait chorus avec une classe politique alignée au garde-à-vous.

Que se passe-t-il en Libye? On va vous l’expliquer, nous serinent depuis 72 heures une légion de reporters en treillis qui, confinés dans leurs studios à Paris ou sur des terrasses d’hôtel de Tripoli, répercutent sans sourciller et dans une bouffée de ferveur les communiqués minimalistes, accompagnés d’images de destruction tout aussi énigmatiques, d’un état-major fantôme installé à Stuttgart, nous dit-on, là où une poignée de généraux « aux taquets » pilotent à distance une guerre semblable à un jeu vidéo.

Il est assez ahurissant de constater, une nouvelle fois, combien les médias, confortés dans leur certitude d’appartenir au Parti du Bien, tentent de nous faire vivre par procuration cette équipée impériale, le tout sous la forme d’un feuilleton dont le « pitch » est l’oeuvre d’une poignée de généraux technophiles claquemurés en Allemagne!

Nous vivons ainsi deux guerres en parallèle: celle que tente de nous faire partager, avec les mêmes images diffusées en boucle et les mêmes sources d’informations, des télévisions exclusivement dépendantes d’une communication formatée et verrouillée par une coalition. Et l’autre, la vraie, dont nous ne savons en fait que peu de choses.

Pris dans une logique non pas de propagande, mais de marché, les médias sont malgré eux le premier relais de commanditaires: terroristes hier, politiques ou généraux aujourd’hui.

« De l’exaltation de la guerre au chauvinisme le plus franchouillard, en passant par les pitreries de journalistes qui rêveraient d’être des GI’s, le traitement médiatique des prémisses de l’expédition militaire contre la Libye nous rappelle cruellement que l’information est, souvent, parmi les premières victimes de la guerre. Et ce n’est, malheureusement, qu’un début… » résume ainsi et assez bien le site d’Action critique des Médias (Acrimed), dans un long article consacré à la question. Si le terrorisme ne peut exister sans les médias, la surexposition médiatique d’un conflit le légitime et autorise toutes les surenchères. Télé et journaux sont pris dans un étau.

Cette guerre de Libye ainsi ressuscitée aiguise l’esprit de meute médiatique. Un conflit qui tombe à pic pour des chaînes en mal d’audiences et d’adrénaline, que le drame du Japon commençait à lasser et à inquiéter, car trop anxiogène pour la ménagère de moins de 50 ans.

Ce décalage entre la réalité d’un conflit, destiné à abattre le régime de Kadhafi et dont on sait en vérité peu de choses, et sa traduction journalistique, s’est magnifiquement illustré hier, à travers le télescopage des propos, contradictoires, tenus ce week-end par Alain Juppé et l’ambassadeur de Grande Bretagne en France.

S’appuyant sur le contenu de la motion des Nations-Unis, où il est dit que les forces en présence impliquées dans cette guerre ne seront aucun cas des forces « d’occupation », Alain Juppé a rejeté l’idée que des troupes puissent intervenir sur le sol libyen.

Ce qu’a démenti, du bout des lèvres, l’ambassadeur, en expliquant que la non « occupation » du sol libyen ne voulait pas dire non-intervention. Il y aura donc bien, donc dans une seconde phase, des troupes envoyées en Libye.

Communication d’un côté, réalité politico-militaire de l’autre, diplomatie, ici, pragmatisme et réalisme là: bourde ou non, le diplomate britannique traduit bien les tombereaux de non-dits derrière lesquels s’abritent les artificiers d’une guerre en trompe-l’œil. Tout cela laisse perplexe. Voilà ainsi les médias tenus à bout de gaffe par un appareil politico-militaire qui ne lâche que des miettes. Sus à Kadhafi! L’argument humanitaire et démocratique est pour les médias un substitut facile à l’absence de connaissance d’enjeux géopolitiques à l’évidence complexes. Reste un « War Game » et son corollaire: des JT aux audiences exponentielles. S’il est un objectif atteint, c’est d’abord celui-ci.

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7 Comments
  • Antoine Garde
    mars 21, 2011

    Entierement d accord avec votre analyse. Les medias complaisants nous resservent les memes sornettes qu au debut des deux guerres du Golfe, de l intervention au Kosovo… Je n arrive pas encore a comprendre comment le gouvernement francais a la legerete d entrainer la France dans une guerre (osons appeler les choses par leur nom) hativement et mal preparee au plan diplomatique, qui va fatalement deboucher sur un flop, peut etre sur un nouvel Irak a nos portes. La France joue les suppletifs des USA, engage des depenses militaires importantes (en a t elle les moyens, en plein crise economique, avec des budgets au bord de la faillite) et sera forcement le dindon de la farce.
    Nicolas Sarkozy n arrive pas a gerer correctement la France, pourquoi nous entraine t il dans une telle galere? On en reparlera dans quelques semaines…

  • Lorenzo
    mars 21, 2011

    Comment peut on faire la guerre à un pays sans demander l’avis de son peuple (la France) lors des éléction en 2007 ce n’était pas dans le programe de faire LA GUERRE EN LYBIE un référendum aurais du avoir lieu pour demander l’avis du peuple Français ( à moin que les cantonales font figure de référendum ?) Ou est la DEMOCRATIE dans tout ça ?
    Au moins CHIRAC lui ne c’est pas engagé en Irak RESPECT POUR CE MONSIEUR !!!

  • MAXIME
    mars 21, 2011

    J’approuve votre analyse sur l’interprétation que l’opinion publique est forcée de croire sur cette guerre.

    Je pense que les médias notamment nationaux sont pris dans une logique de propagande voulue et imposée par les pouvoirs publiques. Aujourd’hui tous approuvent l’intervention militaire et hier (en IRAK) au vue de la position gouvernementale, tous étaient contre une intervention militaire.

    La logique de cette intervention est masquée par des interprétations partielles des politiciens.

    La meilleure des diplomaties serait celle menant les belligérants à une dialogue front et dans l’issue devrait être la démocratie voulue et acceptée par tous les libyens.

  • ZED
    mars 21, 2011

    Merci d’appeler les choses par leurs noms!!

    De quelle ligue arabe vous voulez parler; dites plutot la succursale des americains et europeens.

    Les dirigeants de cette succursale sont tous nés de mere Americaine; française ;suisse ou Anglaise de confession hébraique…

    Donc bien lire messieurs des médias français :: Succursale occidentale!

    «Ils avaient à choisir entre la guerre et le déshonneur. Ils ont le déshonneur et ils ont la guerre»

    Et notre Sarkozy national a raté la guerre de l’Irak ;le voila maintenant faire joujou avec la Lybie ….

    Il vat rentrer dans l’histoire des criminels comme Bush

  • Dume
    mars 21, 2011

    Mais vous n’avez pas encore compris que le Petit Nicolas n’avait pas bien fait sa rédac sur le thème « la Tunisie », il a eu « peut mieux faire » sur celui « L’ Egypte » alors il fait du zèle sur le petit dernier !

    Il n’a pas tout compris le Petit Nicolas, faut pas être vache en lui collant un bonnet d’ âne !

    Là dessus .. « Pace e salute » comme on dit chez moi où, parait-il on est mas trop bien placé dans le bulletin en ce qui concerne la violence!

  • Chris
    mars 21, 2011

    Curieuses réactions !!
    les mêmes qui vilipendent aujourd’hui l’action militaire, il est vrai très ressemblante à celle de la première guerre du Golfe, auraient été les premiers à crier au génocide si rien n’avait été fait. C’est la faute à Sarkozy, aux américains, et plus généralement au complot des forces judéo-maçonniques 😉

    Alors, c’est vrai que dans le monde des Bisounours, le méchant dictateur réalise soudain ses erreurs passées et se décide enfin à dialoguer avec le peuple longtemps opprimé mais pas rancunier !!
    Et dans une concorde nationale, au son des trompettes de la réconciliation, tous les libyens, unis, par-delà les clivages ethniques, religieux et politiques, retroussent leurs manches et reconstruisent leur pays, en chantant !!

    Les médias se nourrissent de l’air du temps, et le temps est à la guerre, à qui la faute? A nous tous, égoïstes et casaniers, belliqueux mais lâches, et surtout totalement indifférents au monde qui nous entoure, pourvu qu’il y ait match samedi soir 🙂

  • Jean888
    mars 24, 2011

    Et si on arrêtais de regarder les nouvelles des médias tous court, fini les mauvaises nouvelles du monde, parce que les médias ce nourris exclusivement que de mauvaise nouvelles.
    Je croie bien que tous le monde ce porterais mieux en santé, finis les angoisses de tous les jours que nous souffle à l’oreille tous les médias pour faire finalement que du fric.
    Regardé seulement notre réalité et jugée lors de mettre le vote dans l’urne c’est le plus important des choses.
    Savoir combien de morts les médias on conte aujourd’hui en oubliant tous les centaines de milliers tous les jours pour cause différente qui ne sont pas intéressant parce que ce n’est pas un scoop, me laisse complétement indifférent de ce cynisme des médias.
    A bon entendeur