On nous dit n’importe quoi: La chronique de Philippe Gavi

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Ségolène Royal, mal servie par les sondages, fustige la « petite élite politico-médiatique ». C’est un positionnement misérable, et elle n’est pas la seule. Tout les ténors se réclament des vrais français, du peuple. A les entendre, aucun ne fait partie du petit cercle parisien, aucun n’est membre du club de  la sphère médiatique. L’anti PEP-M est devenu le premier parti de France, rassemblant Ségolène Royal, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Bayrou, Coppé, en fait presque tous.  Tous font bien sûr partie de cette élite, qui n’est petite que pour les autres. Je crois qu’il a danger quand des mots à priori positifs (élite, politique et médias) sont rassemblés par trait d’union (toujours renforcé par un « o » stigmateur : socialo, facho, politico, démago, populo, intello) pour désigner d’un doigt accusateur un groupe maléfique, forcément arrogant, dominateur, manipulateur, détournant les institutions et le bien public.

Macro Esotérisme. Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, revient dans « Le Monde » sur les dettes publiques et sur le contrôle des flux de capitaux.  Je livre cette phrase : « Le champ des instruments potentiels est beaucoup plus large qu’on ne le percevait avant la crise, allant des outils traditionnels tels que les taux d’intérêt à de nouveaux instruments de politique budgétaire et aux mesures qu’on appelle macroprudentielles telles que des ratios cycliques de capital ou des limites sur le rapport de la dette au revenu ». Je ne sait pas qui ce « on » désigne, mais je doute que beaucoup de lecteurs aient compris ce que voulait dire l’éminent spécialiste  Pourtant Olivier Blanchard est un homme important, talentueux, un chef. Je comprends qu’il y a des choses compliquées, complexes. Aujourd’hui, il faut avoir un bon niveau en maths pou faire les écoles de commerce. Quand même n’y a t-il pas danger quand les enjeux échappent au commun des mortels, quand les décisions se prennent sans nous, sans nous puisque nous ne les comprenons pas. Attention à la gonflette. On a eu maints exemples de spécialistes hyper pointus parlant le javanais économique qui se sont  plantés.

La police toute l’année ? Je ne discute pas les statistiques de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, et de son « préfet Kârcher », Christian Lambert, mais je suis étonné : il y aurait eu en un an 18.440 immeubles fouillés et hall visités. Sur la base d’une police qui ne ferait jamais relâche, même pas les jours fériés, opérationnelle 365 jours non stop, cela donne une moyenne de 50 opérations par jour, deux par heure, dont on doit supposer qu’elles n’ont pas été menées à la va-vite. Même si les effectifs ont été renforcés,  cela reste énorme 

Les soulèvements arabes auraient entrainé des flux migratoires vers l’Europe et particulièrement la France. Qu’on m’explique ! Passe pour ceux qui auraient voulu fuir la violence. C’est ce qu’on nous a dit, au premier afflux de Tunisiens, il fallait les considérer comme des réfugiés, leur offrir un havre de paix. Mais, aujourd’hui, ça ne tient plus debout. Ben Ali et sa famille ont dégagé, la démocratie a été restaurée, la situation économique et sociale devrait s’améliorer, avec l’aide de l’Europe. On pourrait donc imaginer que les Tunisiens n’ont plus envie d’aller tenter la chance ailleurs, voire même qu’il y en a qui vont revenir au pays. Pas du tout, et bien au contraire, jamais il n’y a eu autant de candidats au départ. 

L’émission de Frédéric Taddéi va devenir hebdomadaire et aussitôt les soupçons fusent : encore un coup de Sarkozy, « Ce soir ou jamais ! » déplairait au pouvoir. Une fois de plus le PDG de France Télévisions, Rémy Pfimlin, nommé par Sarkozy, a cédé.

Pourtant, il n’en est rien. L’intéressé, loin de se plaindre, dit se réjouir de passer à un rythme moins éprouvant. Il a toujours été libre de ses sujets et de ses invités, et il le restera. D’ailleurs, a-t-il confié, il a rencontré Sarkozy en janvier, à l’Elysées, et celui-ci lui a dit qu’il adorait son émission, en toute sincérité

Au demeurant, les débats chez Taddéi n’ont jamais gêné personne, puisqu’il a fait parler tout le monde. Chacun a eu sa chance, et le temps de s’expliquer, même Raspail, même Dieudonné. Laïcs et croyants, droite et gauche et centre et les extrêmes, poètes, écrivains, philosophes de toutes tendances, écolos et pas écolos, hommes, femmes, homos, humoristes, éditorialistes. La parole est si libre, Taddéi est si poli, si respectueux (Taddéi ou Pivot, les grands animateurs ne se mettent pas en valeur) qu’aucun invité ne s’est jamais piqué de jouer la provocation. Donc, que ce soit clair, il n’y a pas d’affaire Taddéi. PG

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9 Comments
  • Air One
    avril 26, 2011

    Bonjour,
    Jean-Luc Mélenchon parle dans toutes ses interviews d’ oligarchie et non d’ élite puisque selon sa définition,l’ élite c’ est le peuple.
    Merci de corriger votre article au plus vite afin de sortir de la catégorie de ceux qui en effet « nous disent n’ importe quoi ».

  • Martino
    avril 26, 2011

    Les sondeurs pris à leur propre piège !

    Comment peut-on imaginer, en faisant un sondage auprès des Français, qu’ils connaissent bien un certain François Hollande et déclarent davantage voter spontanément pour lui que pour Ségolène Royal, qui a obtenu près de 16,8 millions de voix en 2007 ?

    Après l’avoir totalement minimisée et suite à ses remarques auprès des médias, comme par hasard, le score de Ségolène est « réajusté » en quelques jours à peine !

    Depuis de longs mois, on a tenté de promouvoir DSK (surnommé « Sarko-bis » au PS !). Désormais on veut nous imposer Hollande.

    Mais les Français détestent qu’on leur impose un choix…

  • footile
    avril 26, 2011

    Vous écrivez : »Sur la base d’une police qui ne ferait jamais relâche, même pas les jours fériés, opérationnelle 365 jours non stop, cela donne une moyenne de 50 opérations par jour, deux par heure, dont on doit supposer qu’elles n’ont pas été menées à la va-vite. Même si les effectifs ont été renforcés, cela reste énorme  »
    Votre calcul n’est, à mon avis, pas exact car il laisse supposer qu’un seul policier ferait toutes ces opérations.
    Si on suppose qu’il y a 200 policiers et que chaque opération nécessite 10 d’entre eux et si on limite la journée à 8 heures il faut diviser votre résultat par 10/3. Nous arrivons alors à une opération toutes les 100 minutes ce qui devient raisonnable.
    Cordialement

  • Le Petit Nicolas (mais en Plus Grand)
    avril 26, 2011

    Et une affaire semaine critique, non ?
    Tout le monde sait que l’UMP avait cette émission dans le nez, et la raison « pas assez d’audience » ne tient pas la route, surtout quand on voit qu’il est annoncé en même temps que ce motif le fait que l’émission serait remplacée par un programme « plus culturel ». Pas sur que l’audience aille en s’améliorant, alors.

  • titine69
    avril 27, 2011

    Bonjour!
    Il n’y a pas que ceux qui ont été cités qui en ont marre de la petite « élite auto proclamée politico-médiatique » qui se croit en droit de choisir et de penser pour nous; ce sont des millions de français lassés par des sondages manipulateurs à répétition qui empêchent tout débat politique.Actuellement, tout débat politique part des sondages, et non plus des actions politiques concrètes ou des idées concrètes.
    Remarquez ces derniers temps, Ségolène Royal a parlé du blocage des prix de l’énergie et de 50 produits de consommation essentiels, elle a invité à la résistance à la fermeture des clases, elle dénonce la mainmise de la petite élite autoproclamée politico-médiatique sur l’information et sur les choix politiques des électeurs: pourquoi ne fait-on pas des sondages à partir de ces cas concrets pour demander aux français s’ils approuvent ou pas? Pourquoi ne parler que des personnes? Nous voterons pour des projets, pas pour des personnes.

  • azise b
    avril 27, 2011

    Monsieur Gavi

    Vous avez dressé la liste de la société française actuelle et vous avez raison; mais une question me taraude; avons nous déjà muté dans la société populiste? Une société populiste ou l’étranger est un ennemie, ou le réfugié devient un profiteur, ou un présentateur va chez le président; ceci dit entre nous, il devrait ce méfier Taddéi après avoir entendu que Sarkozy aimait son émission.

    L’émission  » ce soir où jamais » de Taddéi, est une émission qui a échoué, car elle est cacophonique, ou la parole, la pensée, n’a jamais le temps de dire, de pensée quelque chose, elle est toujours coupée, déchirée par l’abrutit de service. Pour tuer la pensée, il faut au moins six personnes convaincu de penser quelque chose. Pour moi l’émission de Taddéi, c’est le cirque de la parole, car il ne peut pas y avoir de pensée quand on fait le mélange de genre; ici un humoriste, la un philosophe, un danseur de tango, l’autre un dompteur de fauve et pour finir, un travestie d’extrême droite etc…
    Si on veut que quelque chose se passe, que quelque chose soit donné a celui ou celle qui regarde qui écoutes, il ne faut pas être dans la discutions du bistro du coin, mais dans la chance de la parole, des mots, des idées. C’est pour cela que l’émission » ce soir ou jamais  » n’a jamais été un lieu de la parole, mais le contraire; un lieu de la non parole, de la non pensée, un lieu du médias: dites moi monsieur Gavi: depuis quand la télévision est là pour rendre les gens plus intelligent, plus libre, plus autonome? La télévision est un lieu de la mascarade, du maquillage ou le but est de faire croire qu’il y a quelque chose pour vous, alors que c’est le contraire.
    Le lieu de la parole, comme de la pensée qu’elle soit politique ou philosophique est dans la marge dans la sous culture. Même le politique depuis longtemps déjà parle télévision, c’est a dire parle faux, car son but, on le connais, vous l’avez très bien analysé dans votre article.

  • gavi philippe
    avril 28, 2011

    D’abord, je suis navré d’avoir écrit coppé et non copé.
    A Air One, oligarchie et élite, d’accord, ce n’est pas pareil, mais le sens du propos est le même.
    A Footile: j’imagine mal que 20 équipes de policiers (20 fois dix policiers) menent les opérations en simultané. Et la fouille d’un immeuble, si elle est minutieuse, doit prendre quelques heures. Et s’il n’y avait qu’une opération toutes les 100 minutes, cela reste énorme.
    A Azisse B: que nous soyons dans une société populiste, c’est possible, dés lors que notre société est démocratique, fondée sur un parlement dont les membres sont élus. Mais cette majorité de voix considère t-elle l’étranger comme un ennemi? Est-elle à priori réactionnaire, régressive? Je ne le crois pas, et d’ailleurs les sondages en attestent: la mentalité frontiste, même dans sa version Claude Guéant, est minoritaire. Et je crois qu’on a plus dechance de gagner des élections avec un programme concret d’amélioration du social, des conditions de vie, de l’emploi qu’à faire le coup de l’étranger dehors.
    Sur l’émission de Taddéi, je vous trouve bien sévere. Si il y a eu quelques séances de cirque et quelques abrutis de service, ce n’est pas la tonalité générale. Je persiste à dire que les invités ont le temps d’argumenter. Et je pense également au spécial Umberto Eco ou au spécial Hessel.
    Il est vrai qu’il y a des invités dont je ne partage pas les opinions, purs moulins à paroles, et que je percois comme des zozos, mais d’autres et eux-mêmes ne se perçoivent pas ainsi, et c’est ça la démocratie: cacophonie? Non, pluriphonie.

    • azise b
      avril 30, 2011

      Monsieur Gavi

      J’ai bien aimé votre dernier commentaire et j’espère que vous ai répondu convenablement. Mais, j’ai cherché a savoir qui vous étiez; je suis désolé je ne connais pas beaucoup les intellectuels ayant une culture limitée. J’apprends donc, que vous avez été l’un des fondateurs de Libé. Et bien, je vous tire ma casquette de rappeur et je serais encore très heureux de vous lire. Merci par avance pour vos idées.

  • azise b
    avril 28, 2011

    Monsieur Gavi

    Je serais d’accord avec vous, mais le diable, comme vous le savez très bien se cache dans les détails. Vous me parlez de spécial Umberto Eco et bien, il a écrit un bouquin  » Le vrai du faux  » Vous vous souvenez que la thèse d’Umberto Eco était que l’original disparait et que sa copie, donc le faux le remplace et devient un original a son tour, un faux; On regarde la copie de la Joconde, car l’original est fragile etc. Et bien, je pense que notre époque est justement dans ce vrai du faux, car l’original a disparu, il a été capté, souvent acheté, remplacé par ici le moulin a parole, là par l’idée choisi a défaut de l’émigré. Je dis ça, car notre époque s’inscrit justement dans le vrai du faux et comme disait Guy Debord » le vrai n’est qu’un moment du faux  » sage parole de celui qui a pensé la société du spectacle. C’est le spectacle que je critique. Car dans le spectacle il n’y a pas de pensé, il n’y a que de l’émotion et l’émotion c’est l’ennemie intime de la pensé. Il n’y a qu’a voir le gros délire lorsqu’il y a un fait divers dans le pays, où notre président pour ne pas le citer, tourne sa langue comme le , les moulins de Don Quichotte et prés a pendre tout ce qui bouge. Je crois qu’il n’y a pas de lieu de la parole a la télévision, elle ne peut pas exister, ce n’est pas le lieu et même si certain peuvent développer un  » comment-taire  » souvent agréable , mais en dehors.
    La télévision a tué la parole, car elle a trop misé sur l’image – moi, je préfère la radio, car le son va plus vite que l’image et il se dit plus de chose dans le son que dans l’image, en une heure. Et puis la radio, est faite pour la pensée, car deux secondes sans parole dans le son, c’est énorme, on ressens le vide, le rien, jamais dans l’image; l’image s’inscrit souvent dans le trop plein; c’est pour cela qu’il y plusieurs invités, entouré de spectre-acteurs qui applaudissent comme des pingouins, souvent. La télévision, c’est l’endroit du remplissage du rien, du vide, avec ou sans Humberto Heco.
    Quand on pense que la télévision est la vrai productrice du cinéma, son fianciée, il ne faut pas s’éttoné que le cinéma Français est pris une voie de la parlote, de la sacralisation de l’acteur, là aussi le moulin a parole  » il y a toujours un moulin quelque part. Je parle du cinéma, car là aussi il y a une destruction métodite, car on a éliminé le producteur, celui, celle qui se positionnait comme objet dans le désir et qui donnait souvent par passion un auteur, un original.
    Le vrai du faux, s’inscrit là aussi. Je pense que si vous avez parlé d’Humberto Heco ce n’est pas par hasard et vous avez bien pointé l’affaire, et il est pour moi un génie d’intelligence; Ceci dit, pour conclure AU delà de  » ce soir où jamais  » titre évocateur a méditer et bien, je dirais qu’il faut sortir non pas de la bien pensente, comme le martelle les Ménards et compagnie, mais sortir du faux, non pas pour le vrai, mais pour l’original, qui est souvent ailleurs.
    ps: En ce qui concerne la pluriphonie, je me demande toujours s’il y a trop de cœurs ou pas assez?