Télévision: Afrique, terre de contrastes? Non, de conflits.

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Imaginons l’actualité française, traitée par les chaînes, si elle se réduisait à un chapelet d’images anxiogènes, si elle se polarisait sur ce que la société sécrète de plus violent et de plus insupportable. 

Imaginons des «JT» où les banlieues ne seraient que guerre des bandes et crimes de sang, nos provinces des enclaves miséreuses à la criminalité galopante. Il y aurait sans doute de quoi se flinguer. Si les chaînes françaises s’attachent à équilibrer, à diversifier, leurs journaux afin d’éviter au téléspectateur une surdose de tranquillisant en fin de JT, _ avec un Jean-Pierre Pernaut méritant, qui s’attache à pousser l’exercice en nous proposant, quotidiennement, une version féerique et chatoyante de l’actualité _, il n’en va pas tout à fait de même quand nos journaux braquent leurs projecteurs sur un continent observé tel un volcan en perpétuelle éruption: L’Afrique.

Quelques chiffres d’abord, fruit d’une étude de l’Institut Nationale de l’Audiovisuel, (INA). Avec un total de 1475 sujets, concernant 36 pays, la couverture de l’actualité africaine a représenté 4,6% de l’offre total des JT, en 2010.  Elle était de 3,4% en 2009, (1078 sujets), pour urne actualité couvrant 39 pays. Il y a dix ans, elle représentait 2,2% (713 sujets) de l’offre d’information et concernait 31 pays. Plutôt maigre.

Et à regarder de plus prés, on note que 3 pays ont concentré, l’an passé, 65% de l’information dispensée par les chaînes françaises: l’Afrique du Sud, (615 sujets, 41,7% de l’ensemble), en raison principalement du Mondial de football : La Côte d’Ivoire, ( 201 sujets et 13,6% de l’ensemble), et son élection présidentielle ; et le Niger, (147 sujets et  9,9% de l’ensemble), avec la prise d’otages de Français.

Loin derrière, 39 pays se partagent les 512  sujets restants:  on y trouve, ainsi, la Mauritanie (39 sujert),  Le Nigéria, ( 37 sujets), et naturellement l’Egypte ( 44 sujets), ou la Tunisie, au Magrehb, ( 20 sujets), à l’occasion des évènements qui secouérent ces deux pays.

C’est ainsi qu’au hit parade des pays africains les plus médiatisés depuis 2005, on trouve, en tête de gondole et sur l’échelle de Richter des drames, troubles ou conflits, qui secouent périodiquement ce continent africain : La Somalie, en 2009 et 2008, avec toute une suite d’actes de piraterie et d’affrontements, (dont 79 sujets consacrés à l’attaque du bateau français Le Ponant), le Kenya, avec les violences liées à l’élection présidentielle et, en 2007,  le Tchad, ( sa guerre civile, son Arche de Zoé), le Soudan, (la Guerre du Darfour), ou la République du Congo et le Togo, encore, en 2006 et 2005, avec des émeutes, lors d’élections présidentielles.

Ainsi va l’Afrique vu d’ici : Une fois passé par le tamis de chaînes qui ne retiennent qu’une lecture abrasive de ce continent, que reste t-il dans l’esprit d’une opinion que cette approche, exclusive et minimaliste, ne peut qu’ébranler? Toutes les thématiques liées à l’économie, la santé, l’environnement, la démographie ou la culture sont passées sous silence. Ne restent que les images en boucle d’un continent regardé uniquement comme une poudrière et une source de flux migratoires. Les peuples n’existent pas. Ne subsistent que les bruits de bottes et les images de pick-up chargés jusqu’à la gueule de miliciens en treillis. D’un bout à l’autre de l’Afrique, un même film et une même litanie. Scandaleusement réductrice, univoque et sanguinaire.

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3 Comments
  • SB
    avril 8, 2011

    Votre article est maladroit : vous dénoncez la partialité des médias, passez plus de la moité de votre article a justifier qu’on ne parle d’Afrique que pour des sujets sanglants, mais vous n’expliquez pas ce que les médias ont oublié…

    Ayant vécu plusieurs années en Afrique, il y a 2 axes qui me semblent largement oubliés dans les médias occidentaux et occultés de votre article :
    1. les sujets positifs ne sont pas abordés, car même s’il y a des coups d’état cela peut être légitime,
    2. en cas de conflit (émeutes, répression des libertés), la situation sur place est rarement aussi critique que ce qui est décrit dans les médias.

    Pour détailler ces points par des exemples :
    1. Les sujets positifs :
    Sur le cas du Niger, en 2010, il y a eu 1 coup d’état et l’enlèvement de 7 personnes dont 5 français.
    Le coup d’état visait à rétablir la constitution et empêcher un président de s’accrocher au pouvoir.
    La « junte » a organisé des élections en 2011 et un président a été élu, à priori sans heurts. Qu’on dit les médias français ?
    C’est un pays qui, même s’il commence à être rongé par la menace aqmi, que c’est l’un des plus pauvres de la planète, a su restaurer une démocratie sans aide extérieure ! Cela ne s’est pas fait simplement, il y a eu des tentatives de détournement du mouvement (pour garder le pouvoir), mais le pays s’en est sorti seul.
    Là c’est positif et si des journalistes veulent être loyaux, certes il y a le problème d’aqmi et de pauvreté, mais ce pays devrait être mis en avant pour cette prouesse !

    2. La situation exagérée
    Ce sujet se décline en 2 points :
    2.1 le fait que la situation ne soit pas identique pour tout le pays, ou toute une ville,
    2.2 le fait que certains faits sont « habituels » en Afrique, alors que ce n’est pas le cas en Europe.

    2.1 la généralisation
    Quand un palais présidentiel est attaqué, il ne fait pas bon vivre en face, certes.
    Mais c’est ce cas qui est relaté dans nos journaux.

    On peut vivre à plus d’1km de là et n’entendre que des bruits sourds, tels des feux d’artifice éloignés, sans que la situation nous semble si dangereuse.
    Dans ce cas là, c’est la famille (résidant en France) qui nous avertit et nous appelle en nous demandant si on est sous une table ou si on porte un gilet pare-balles.

    2.2 la relativité
    « Toutes les rues principales sont surveillées ».
    Oui, c’est le cas en Afrique, et en tout temps.
    Souvent, on croise des militaires ou des policiers, et cela en temps normal. C’est une différence majeure par rapport à l’Europe : oui les gars sont là, ils ne sont pas toujours sur le qui-vive (comprendre éveillés) mais ils sont là.
    Le jour où il y a un évènement, les journalistes « fraîchement débarqués » remarquent immédiatement que « la ville est quadrillée », et ils le reprennent dans leurs directs.

    Non, c’est le cas habituel. Éventuellement, certains vous diront que les gars sont plus éveillés, mais « ceux qui connaissent » savent que les troupes sont toujours de sortie.
    Certains pays sont coutumiers de tirs en l’air, comme chez nous de klaxon ou de vrombissements de moteur. D’autres pays ont une présence militaire imposante, quelle que soit l’ambiance…
    Mais cela ne veut pas dire que le pays est à feu et à sang ; c’est un fait classique.

    En conclusion, pour répondre à votre cible initiale, les journalistes devraient :
    – tenir compte des faits positifs des pays, et les promouvoir,
    – relativiser l’incidence des évènements cités sur la ville ou le pays,
    – décrire précisément ce qui change par rapport à la situation normale (éliminer l’exagération).

  • Christelle
    avril 9, 2011

    voici un sujet et un commentaire très intéressants. Merci à vous.

  • teniba
    avril 24, 2011

    Mr Revel je crois que vous confondez république Démocratique du Congo et République du Congo.

    En RDC ancienne colonie Belge dont la capitale est Kinshassa il y a eu des émeutes

    EN RC ancienne colonie Francaise dans la capitale est Brazzaville il n y a eu aucune émeutes pendant les elections car l’opposition y est tres faible!

    le billet est vieux mais une correction reste nécessaire… Si vous doutez de mon propos consultez Antoine Glaser de la lettre du continent il vous confirmera!